Mondiaux de cyclisme : histoire, design, malédiction… Les secrets du fameux maillot arc-en-ciel

Dans le monde du vélo, le graal n’est pas une médaille d’or, mais un maillot arc-en-ciel.
Article rédigé par Adrien Hémard-Dohain, franceinfo: sport - De notre envoyé spécial
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 4 min
Le maillot arc-en-ciel de champion du monde, ici porté par le Belge Remco Evenepoel, sacré sur route en 2022. (AFP)

Sans surprise, il pleut beaucoup à Glasgow en ce début de mois d’août. Mais peu importe la météo, à vrai dire, on sait que c’est l’arc-en-ciel qui va rythmer les prochains jours dans la cité victorienne. Du 3 au 13 août, la troisième ville du Royaume-Uni organise les championnats du monde de cyclisme. Et, au royaume de la petite Reine, plus qu’une médaille d’or, on rêve d’être couronné par le fameux maillot irisé. Une tradition propre au vélo, depuis plus d’un siècle.

Que l’on soit forçat de la route, sprinteur sur piste, artiste du BMX ou pilote de VTT, la récompense pour un champion du monde est la même : un maillot blanc, ceinturé de cinq liserés horizontaux bleu, rouge, noir, jaune et vert, que l’on appelle, à tort, le maillot arc-en-ciel.

En vérité, il manque deux des sept couleurs du fameux phénomène météorologique, mais qu’importe. Ces cinq couleurs sont celles de l’Union Cycliste Internationale (UCI), qui les a elle-même empruntées aux anneaux olympiques. Par extension, ces liserés renvoient ainsi aux cinq continents, comme imaginé par le baron Pierre de Coubertin à la fin du XIXe siècle. 

Un siècle d'histoire

L’apparition de ce maillot dans le peloton n’a pourtant rien à voir avec le père des Jeux modernes. Son intronisation date de 1922, lors de championnats du monde de cyclisme sur piste démarrés sous la pluie anglaise, interrompus, et finalement achevés un mois plus tard sous le soleil du Parc des Princes, à Paris. Une coïncidence météorologique, comme un clin d’œil, qui marque le début de l’histoire irisée du cyclisme car, dès 1927, cette récompense est étendue au cyclisme sur route, comme elle le sera ensuite aux autres disciplines.

Chez les hommes, c’est l’italien Alfredo Binda qui reste le premier porteur du maillot arc-en-ciel sur route, en 1927, tandis que la Luxembourgeoise Elsy Jacobs est devenue en 1958, à Reims, la première championne du monde sur route. Plus qu’une médaille, ce maillot devient alors la tunique officielle du champion du monde pour un an, jusqu'à la prochaine édition des Mondiaux.

Mais cet arc-en-ciel n’est pas éphémère, lui, puisqu'une fois le maillot rendu, le coureur conserve les liserés irisés au bout des manches du tricot de son équipe pour le reste de sa carrière (seulement dans la discipline concernée). Ainsi, Julian Alaphilippe les arbore lors de chaque course sur route, même s’il a perdu son titre en septembre 2022, mais pas en contre-la-montre.

De cette façon, un titre de champion du monde reste visible à vie chez un cycliste, peu importe la discipline, à l’image des étoiles brodées sur les tuniques des équipes championnes du monde de football, et contrairement aux maillots jaune, à pois, vert ou blanc du Tour de France. Ces maillots distinctifs sur les courses sont d’ailleurs les seuls à pouvoir recouvrir la tunique irisée. Dans tout autre cas, si un champion du monde ne porte pas son maillot arc-en-ciel, il s’expose à une amende de 2 500 à 5 000 francs suisses. Ce qui, en pratique, n’arrive jamais du fait du prestige de ce Graal.

Une malédiction fantasmée

Si beau et si mythique soit-il, le maillot arc-en-ciel peut toutefois effrayer, notamment dans le cyclisme sur route masculin, où l’on lui prête une malédiction. Cette dernière est née de plusieurs mésaventures survenues à des porteurs de la tunique, notamment Isaac Galvez et Jean-Pierre Monseré, tous deux décédés en course alors qu’ils le portaient… Autre exemple, moins dramatique : champion du monde en 1987 après avoir gagné le Giro et le Tour de France, l’Irlandais Stéphen Roche a connu une saison blanche en 1988, comme Julian Alaphilippe après son deuxième sacre planétaire. Une semaine après son sacre de 2012, le Belge Philippe Gilbert avait ironisé sur cette malédiction, après une violente chute sur le Tour de Lombardie, sa première course avec ce maillot.

Démontée par une étude britannique, cette malédiction résulte en réalité d’un changement simple : le maillot de champion du monde rend son porteur plus reconnaissable, visible et donc surveillé par les adversaires, comme peut l’être le maillot jaune sur le Tour. Il est ainsi plus dur de s’échapper par surprise lorsque l’on porte la tunique la plus reconnaissable du peloton. Plusieurs exemples montrent d’ailleurs qu’on peut briller avec l’arc-en-ciel sur le dos, à l’image de Louison Bobet, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Greg Lemond, tous vainqueurs du Tour avec le fameux maillot maudit sur les épaules. 

Comme tout objet mythique, le maillot arc-en-ciel traîne une part mystique, mais reste la quête absolue de tout cycliste. À Glasgow, deux cents seront distribués aux futurs champions du monde. Pour l’heure, le record appartient aux frères Pospisil, des jumeaux tchèques sacrés vingt fois champions du monde de… cycle-ball [un sport proche du football mais joué sur des vélos et opposant des équipes de deux cyclistes seulement]. Le Suisse Nino Schurter, spécialiste du VTT (en lice à Glasgow), en compte lui 16.

Côté Français, avec 13 tuniques dans son dressing, Pauline Ferrand-Prévot fait figure de collectionneuse. Et la Rémoise pourrait bien en ajouter quelques-unes à sa collection dans les prochains jours, en Ecosse. Car s’il pleut dans le ciel de Glasgow, on n’est pas à l’abri d’une éclaircie dans le ciel tricolore, et donc, de l’apparition d’un arc-en-ciel.

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