Mondiaux de cyclisme : comment la France est devenue une place forte du VTT

Forte de plusieurs stars candidates à l’or, l’équipe de France de VTT entame ses Mondiaux ce mercredi, à Glasgow, avec beaucoup d’ambition.
Article rédigé par Adrien Hémard-Dohain, franceinfo: sport - De notre envoyé spécial
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 5 min
Pauline Ferrand-Prevot et Loana Lecomte aux championnats d'Europe 2022, à Munich. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

La ruée vers l’or des Tricolores. À partir de mercredi 9 août, l’équipe de France de VTT pose ses roues sur la piste de Tweed Valley, au cœur de l’Ecosse, avec un objectif clair et assumé sur ces Mondiaux : ramener de l’or et des maillots arc-en-ciel. Entre le relais mixte, le short track et le cross country, les Bleus disposent de cinq courses pour aller chercher un maximum de breloques à un an des JO de Paris. Et ils ont toutes les armes pour cela.

C’est simple : sur chaque épreuve, la France aligne plusieurs candidats au titre, ou a minima au podium. Chez les femmes, Pauline Ferrand-Prévot (déjà titrée 11 fois) et Loana Lecomte (3e de la Coupe du monde actuelle, lauréate de celle de 2021) seront les grandes favorites en cross-country et en short track. Chez les hommes, Jordan Sarrou (titré 5 fois) sera la figure de proue d’une équipe qui compte aussi plusieurs outsiders de choix (Joshua Dubau, Titouan Carod, Victor Koretzky…). 

La France et la Suisse au sommet

Une densité d’athlètes qui fait logiquement des Bleus les grands favoris pour le relais mixte de mercredi, une course que la France a remportée 7 fois depuis 1999. Seule la Suisse, l’éternelle rivale des Bleus, fait aussi bien. Tout sauf un hasard puisque les deux nations dominent copieusement le monde du VTT depuis trente ans, que ce soit aux Jeux olympiques, aux Mondiaux ou en Coupe du monde. 

Médailles mondiales et olympiques confondues, depuis 1990, en cross-country, cross-country short-track et relais mixte. (Franceinfo: sport)

Une moisson de médailles qu’Yvan Clolus, manager de l’équipe de France de VTT, entend bien prolonger ces prochains jours : “On est ambitieux à tous les niveaux : chez les élites, bien sûr, avec Paris 2024 en ligne de mire, mais aussi chez les juniors et les espoirs pour préparer l’avenir.” Une récolte qui aurait dû être initiée par les collègues du VTT Descente, malheureusement passés à côté de leur course vendredi, sous la pluie de Fort William, en dehors du bronze pour Marine Cabirou

“Que ce soit en cross ou en descente, on est une des meilleures nations mondiales”, résume Julian Absalon, double champion olympique et quintuple champion du monde de VTT Cross Country, “Notre pays s’y prête avec ses montagnes, sa diversité de paysages : c’est un terrain de jeu incroyable. Ajoutez à cela une fédération de qualité, et une culture du vélo sous toutes ses formes, et voilà un début d'explication.”

“On a toujours été présent dans le top 3 des différentes disciplines du VTT, que ce soit en cross-country, en descente et en trial. La France est un des grands pays du VTT, avec beaucoup de champions.”

Yvan Clolus, manager des Bleus

à franceinfo: sport

Depuis les années 1990 qui ont vu le VTT exploser et entrer aux JO, la France a toujours été représentée au plus haut niveau, là où la Suisse a par exemple comblé son retard grâce au légendaire Nino Schurter (15 titres mondiaux à lui seul). Cette longévité n’a rien d’un hasard, assure Yvan Clolus : “Historiquement, on a toujours été tourné vers le VTT, avec des structures mises en place dans nos massifs, une vraie culture de la performance, et des clubs solides. La Fédération a aussi mis en place un circuit efficace dès les jeunes catégories.”

Même son de cloche du côte d’Emmanuel Huber, en charge des équipes de France de VTT Descente et qui prenait part à ses trentièmes Mondiaux en tant que coach, à Glasgow : “La Fédération a toujours considéré notre discipline, établi un cadre dédié, un budget propre. On s’appuie aussi sur les équipes professionnelles dont font partie nos athlètes, comme ça, nous, on peut se concentrer sur nos jeunes.” 

Une culture cycliste et montagnarde

Venu du ski, Emmanuel Huber a contribué à bâtir cette organisation, n’hésitant pas à s’inspirer de sa première carrière : “On a introduit l’analyse vidéo dès les années 1990, avec des VHS à l’époque. Maintenant, on a des caméras embarquées. On essaye aussi de rester le plus ouvert possible aux équipes de France. Un athlète qui perce sur le tard, sans avoir brillé en jeunes, peut tout à fait venir aux Mondiaux.”

Ce travail de fond a permis l’éclosion régulière de talents depuis trente ans : Miguel Martinez, Julien Absalon, Julie Bresset hier, Jordan Sarrou, Pauline Ferrand-Prevot et Loana Lecomte aujourd'hui… À tel point que la France peut se targuer d’avoir obtenu au moins une médaille entre les JO de 1996 et ceux de 2012. Et ce même si les deux dernières éditions manquées de Rio et Tokyo restent des accidents. “Toutes ces médailles créent un cercle vertueux, puisqu’elles donnent envie aux jeunes de s’y mettre”, apprécie Julien Absalon.

"Tout le monde connaît le VTT, mais pas le VTT de compétition. Les médailles aux JO le font connaître, attirent des jeunes. Les médailles d’aujourd’hui préparent celles de demain."

Julien Absalon

à franceinfo: sport

Pour définitivement s’installer sur le toit du monde, la France doit toutefois encore progresser au niveau des équipes professionnelles. “On travaille bien au niveau national avec la fédération, mais la plupart de nos pros se tournent vers des équipes étrangères. On n’a pas de grosses écuries françaises, pour le moment…”, regrette Julien Absalon. Car si les Bleus dominent historiquement le VTT, d’autres nations prennent leur part du gâteau.

“La Suisse, évidemment, est notre meilleur adversaire. Ils ont une vraie culture VTT. Ce sont ceux qu’on aime battre, on se concentre souvent sur eux.”

Yvan Clolus

à franceinfo: sport

Mais les voisins helvètes ne sont plus les seules menaces dans une discipline qui s’internationalise de plus en plus. Champion olympique en titre, et coureur sur route à l’année au sein d’Ineos Grenadiers, Tom Pidcock sera ainsi l’épouvantail de ses Mondiaux, estime Clolus : “Lui et Van der Poel, qu’on a très peu vu sur le circuit VTT ces derniers temps, sont à surveiller. Mais c’est bien pour le VTT de voir des champions de la route venir retrouver des sensations sur VTT, ça met notre discipline en lumière.”

En dehors de ces ovnis, Yvan Clolus se méfie de plusieurs noms : “On est une nation forte, historique, mais ce n’est pas ça qui rapporte des médailles. Surtout que le VTT s’internationalise, à l’image du Roumain Vlad Dascalu ou du Chilien Martin Vidaurre.” Un phénomène qui se vérifie également du côté du VTT Descente, assure Emmanuel Huber : “Le Canada a fait de gros progrès ces dernières années, avec un travail intéressant. Pareil pour les Autrichiens, qui ont développé leurs infrastructures et commencent à en récolter les fruits.” Longtemps en avance, le VTT Tricolore se sait aujourd’hui pris en chasse. Logique, car la ruée vers l’or attire toujours de nouveaux aventuriers.

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