Paris-Roubaix : Mathieu van der Poel se pave une voie royale dans la légende

A 29 ans, le champion du monde a remporté Paris-Roubaix pour la deuxième fois de suite, une première depuis quinze ans. Le tout une semaine seulement après sa troisième victoire sur le Tour des Flandres.
Article rédigé par Adrien Hémard-Dohain - Envoyé spécial
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 5 min
Mathieu van der Poel avec le trophée de vainqueur du Paris-Roubaix, aux côtés de son coéquipier Jasper Philipsen, deuxième, le 7 avril 2024. (AFP)

Un triomphe romain. Après soixante kilomètres d'échappée solitaire - du jamais-vu à Roubaix depuis treize ans -, Mathieu van der Poel s'est offert un privilège rare : celui d'entrer seul dans l'arène du vélodrome André-Pétrieux. Devant une foule euphorique, le champion du monde a eu un tour et demi pour savourer sa victoire du jour sur Paris-Roubaix 2024, dimanche 7 avril, un an après la première. Le Néerlandais devient ainsi le premier roi du Nord à conserver sa couronne depuis la légende Tom Boonen en 2009. Et s'offre un sixième Monument.

"C'est difficile à croire. J'étais sans doute plus fort que l'an dernier", a estimé le héros du jour, à l'arrivée. "Ce n'était pas prévu de partir seul à 60 km de l'arrivée, mais je voulais rendre la course difficile. C'est ma force, ma façon de faire. Quand j'ai vu qu'il y avait un petit écart, j'ai continué. J'étais dans un grand jour aujourd'hui. J'avais des jambes incroyables, et avec le vent dans le dos, je savais que je pouvais y aller. L'équipe a fait un incroyable travail, encore meilleur que l'an dernier."

Un triomphe collectif 

Car s'il a signé un authentique exploit en s'échappant aussi tôt dans la course, Mathieu van der Poel sait qu'il le doit aussi à ses coéquipiers, qui ont sauté dans chaque roue derrière lui, pour le protéger. Il n'y avait qu'à voir l'étreinte entre le Néerlandais et son coéquipier Jasper Philipsen - deuxième, comme l'an passé - à l'arrivée pour s'en rendre compte.

Il fallait voir, aussi, la joie des autres membres de l'écurie Alpecin-Deceuninck, qui haranguaient un à un la foule à leur entrée dans le vélodrome, avant même de descendre de leur selle. Contagieuse, cette joie de l'équipe néerlandaise faisait suite à une démonstration tout aussi collective dans l'Enfer du Nord. En effet, dès les premiers secteurs pavés, Mathieu van der Poel et ses coéquipiers ont durci une course que personne n'a jamais semblé pouvoir leur contester.

"Mathieu jouait dans une autre cour aujourd'hui", a d'ailleurs reconnu l'autre favori du jour, Mads Pedersen (Lidl-Trek), incapable de revenir sur le Néerlandais après son attaque dans le secteur pavé d'Orchies. Vainqueur avec trois minutes d'avance - là encore, du jamais-vu depuis plus de vingt ans -, Mathieu van der Poel offre ainsi à son équipe son troisième Monument de la saison, après avoir aidé Jasper Philipsen à conquérir Milan-San Remo, et une semaine après son sacre sur le Tour des Flandres.

Dans la légende flandrienne

Le champion du monde en titre devient ainsi le dixième coureur à réussir le doublé Flandres-Roubaix, une première depuis Fabian Cancellara en 2013. "Je voulais montrer mon maillot de champion du monde, mais c'est au dessus de mes attentes. Gagner le Tour des Flandres et Roubaix, c'est un rêve !", a confié le Néerlandais, sur la ligne du vélodrome, avant d'aller fêter cela au pays du houblon : "Je vais profiter de ce moment, on va faire une bonne fête ce soir avec l'équipe."

Grand favori du jour, notamment après le forfait de son meilleur ennemi Wout van Aert (Visma-Lease a bike), le tenant du titre a tenu son rang et dompté l'Enfer du Nord d'une main de maître. Comme l'an passé, "MVDP" a certes été épargné par les crevaisons et soucis techniques, qui ont notamment coûté de l'énergie à Mads Pedersen. Mais lorsqu'il a attaqué, le champion du monde a cloué la concurrence sur place en quelques kilomètres, avant de gérer sereinement pendant une grosse heure.

"Sur Paris-Roubaix, on peut toujours crever, mais j'avais ma voiture derrière moi, et pas mal d'écart avec les autres donc j'étais assez confiant. La semaine dernière sur le Tour des Flandres, j'étais à la limite, mais aujourd'hui, j'étais vraiment en grande forme."

Mathieu van der Poel

Seul au monde pendant soixante kilomètres, l'empereur des pavés s'est offert un triomphe rare dans la carrière d'un cycliste, et d'autant plus sur l'Enfer du Nord. "Je ne pouvais rêver de cela petit, c'est magnifique. J'ai essayé d'en profiter sur les derniers kilomètres, ce que je n'ai pas pu faire la semaine dernière. C'était un moment spécial, et ça ne dure pas éternellement", a apprécié Mathieu van der Poel, qui n'a pourtant pas de souci à se faire concernant sa postérité. 

A 29 ans, le petit-fils de Raymond Poulidor occupe déjà une place de choix au panthéon du cyclisme. Avec désormais six Monuments à son actif, il est déjà une légende des Flandriennes. Et ce n'est sûrement pas fini. En attendant les Jeux olympiques cet été, qui le verront participer à l'épreuve de VTT, le champion du monde sera au départ de l'Amstel Gold Race à domicile, dimanche prochain, avant de s'aligner sur Liège-Bastogne-Liège, un Monument qui ne figure pas encore à son palmarès.

Ce qui pourrait vite changer - à condition de se défaire de Tadej Pogacar - vu l'état de forme de celui qui vient de signer sa 3e victoire en 5 jours de course cette saison. Sachant que les deux courses qu'il n'a pas gagnées l'ont été par son coéquipier Jasper Philipsen, en grande partie grâce à lui. Autant de chiffres qui permettent de penser que le règne du nouveau roi du Nord n'est pas près de s'achever. 

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