Cyclisme : pourquoi 2023 va être une saison capitale pour Julian Alaphilippe

Victime de beaucoup de malchance et de chutes en 2022, le double champion du monde va débuter sa saison, mercredi, avec une grande envie mais aussi beaucoup de pression.
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France Télévisions
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Julian Alaphilippe au départ de Liège-Bastogne-Liège, le 24 avril 2022. (ERIC LALMAND / BELGA)

Après une année noire, souvent passée hors des routes pour cause de chute ou de maladie, Julian Alaphilippe est de retour. Dépossédé par son coéquipier Remco Evenepoel de la tunique irisée de champion du monde qu’il portait depuis deux ans, le Français va lancer sa saison au Challenge de Majorque, mercredi 25 janvier.

Avec le Tour des Flandres en premier objectif principal, puis le Tour de France et bien sûr dans la foulée les Championnats du monde à Glasgow (3-13 août), le puncheur français souhaite se rappeler au bon souvenir du public après deux petits succès en 2022. Mais il lui faudra aussi composer avec une concurrence dense et un manager qui lui met la pression.

Parce qu’il est dans ses meilleures années

A 30 ans, Julian Alaphilippe vient de subir la pire saison de sa carrière, et ce dans ses meilleures années. Même si Tadej Pogacar (24 ans) et Remco Evenepoel (22 ans) cassent les codes classiques de progression, la plénitude pour les cyclistes intervient autour de l’âge d’Alaphilippe, au croisement de l’expérience et des qualités physiques.

Alors qu’il sortait de quatre saisons exceptionnelles depuis 2018 (31 de ses 39 victoires en carrière), Alaphilippe n’a glané que deux bouquets en 2022. Sur une pente très ascendante jusque-là, le Français a subi un coup d’arrêt violent, dont les conséquences peuvent être parfois plus sévères à 30 ans qu’en début de carrière.

Julian Alaphilippe lors de sa chute aux Strade Bianche, en mars 2022. (MARCO BERTORELLO / AFP)

Avec plusieurs chutes violentes sur le Tour des Flandres 2020, puis aux Strade Bianche, Liège-Bastogne-Liège et sur la Vuelta en 2022, dans quelles conditions mentales et physiques le téméraire Alaphilippe va-t-il revenir ? "Ca fait partie des risques du métier, mon approche n’a pas changé. Ce serait dommage de changer sa façon de courir à cause d’une chute, qu’elle soit grave ou non, Je suis dans les clous, mon état d’esprit est complètement différent de ces dernières saisons. J’ai vraiment envie de repartir avec toujours la même envie de bien faire et de retrouver mon meilleur niveau", explique le Français.

Parce que la concurrence l'a rattrapé à toute vitesse

Lors de son éclosion aux yeux du grand public en 2018, les adversaires de Julian Alaphilippe se nommaient Alejandro Valverde, Greg van Avermaet ou Jakob Fuglsang. Une concurrence féroce, mais que le Français avait su mater. Ces dernières années, un glissement s’est opéré avec l’arrivée de coureurs à la vitesse folle et capables de dompter au moins autant de terrains qu’Alaphilippe.

Le Français doit donc désormais composer avec des coureurs exceptionnels comme Mathieu van der Poel, Tadej Pogacar et surtout Wout van Aert, qui l’ont privé de plusieurs bouquets depuis 2019, notamment sur ses principaux objectifs : les Strade Bianche, La Flèche Wallonne, le Tour des Flandres, et bien sûr les étapes du Tour de France.

Mathieu van der Poel (à gauche), Wout van Aert (au centre) et Julian Alaphilippe au départ du Tour des Flandres, le 4 avril 2021. (AFP)

En pleine forme en 2022 (Pogacar 1er au classement UCI, Van Aert 2e, Van der Poel 7e), ils seront à nouveau sur sa route en 2023, et sans doute avec un temps d’avance. Pas de quoi inquiéter le Français pour autant. "J’ai des objectifs qui me donnent encore beaucoup de motivation. Il y a de quoi faire cette saison, et j’ai envie de donner le maximum", ambitionne le coureur de Soudal-Quick-Step, avec qui il est lié jusqu’à 2024.

Parce que son manager lui met la pression sur son avenir

C’est sans doute la pression la plus importante pour Julian Alaphilippe, puisqu'elle vient de sa propre équipe. Son manager, Patrick Lefevere, l’a récemment taclé dans la presse sur ses résultats, pas en adéquation avec son statut et son salaire. "Je lui ai dit que je n'étais pas content du tout. Je comprends ses maladies et ses chutes, mais tu ne peux pas continuer à te cacher derrière ça. L'année dernière, il a gagné deux fois, les années précédentes trois et quatre fois. Je ne l'ai pas pris dans l'équipe pour ça", a lâché le manager belge mardi.

Le Français, qui a encore deux ans de contrat, avait déjà tenté d’éteindre l’incendie il y a une semaine face aux critiques répétées de son manager. Une ligne qu’il a maintenue mardi, à l’aube de sa reprise. "Je suis concentré dans ce que j’ai à faire, comme je l’ai toujours été. Je ne m’arrête pas aux dernières saisons qui n’ont pas toujours été à la hauteur de mes attentes. Je suis dans un super bon état d’esprit, très content de commencer la saison, avec une grande motivation pour tout ce qui va arriver", a répondu le puncheur français.

Parce que Remco Evenepoel a pris le pouvoir chez Quick-Step

Enfin, et s'il y a largement de la place pour deux chez le mastodonte Soudal-Quick-Step, c’est désormais sur le local Remco Evenepoel que la formation belge mise en premier lieu. Après sa victoire sur la Vuelta en septembre et son titre de champion du monde, le "Petit Cannibale" est entré dans la sphère des stars du vélo où était déjà présent Alaphilippe.

Alors, pression ou avantage pour le Français ? "C’est vraiment une belle situation pour l’équipe et pour moi d’être co-leader, même s’il a pris la place de numéro 1 sur certaines courses. Prendre le départ de Liège-Bastogne-Liège en étant leader avec Remco, c’était génial : on savait qu’on pouvait être tous les deux dans le final. Moi j’ai fini dans un arbre, mais lui a gagné et j’étais super content pour lui", souligne Alaphilippe.

Impériale ce dimanche sur les routes de Wollongong, en Australie, le Belge Remco Evenepoel, après un raid solitaire de près de 30 km, devient champion du monde de course en ligne, succédant au Français Julian Alaphilippe. C’est lui qui va maintenant porter le légendaire maillot arc-en-ciel, dix ans après son compatriote Philippe Gilbert.

Un changement de paradigme chez Quick-Step, qui misait en premier lieu sur Alaphilippe pour les victoires de prestige entre 2018 et 2023. Le Tricolore sera leader sur ses objectifs habituels, mais il ne jouit plus du même sceau d’impunité qu’auparavant auprès de Patrick Lefevere. Collectif, le Français y voit d’abord un bénéfice pour l’équipe plutôt qu’une vraie concurrence en interne. "Pour moi ce n’est pas un problème, au contraire. En interne, ça se passe très bien, il n’y a pas de guerre ou de jalousie, on a tous les deux un statut différent." A lui de montrer que deux loups alphas peuvent parfaitement cohabiter au sein du "Wolfpack".

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