Giro : "Un coureur comme Romain Bardet y va peut-être pour retrouver le goût de l'aventure", estime le journaliste Pierre Carrey

"Le Giro a eu ce parfum de liberté", estime sur franceinfo le journaliste Pierre Carrey, auteur du livre "Giro".

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Radio France
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Romain Bardet de l'équipe DSM le 27 février 2021 à Ninove (Belgique). (LAURENT LAIRYS / MAXPPP)

Le 104e Tour d'Italie (Giro) commence samedi 8 mai à Turin. Cette année, le Français Romain Bardet participe à ce Tour, après avoir changé d'équipe (DSM). Pierre Carrey, journaliste, auteur de Giro, estime sur franceinfo que Romain Bardet y va peut-être pour "retrouver le goût de l'aventure."

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franceinfo : C'est une démarche qui vous étonne qu'il y ait cet attrait du Tour d'Italie en plus du Tour de France ?

Pierre Carrey : Clairement, un coureur comme Romain Bardet n'y va pas seulement pour asseoir sa notoriété qui est déjà bien constituée, mais peut-être pour retrouver le goût de l'aventure. Parce que longtemps et encore aujourd'hui, le Giro a eu ce parfum de liberté. On a en tête des théâtres de roches, des éboulis, des paysages d'un romantisme achevé, comme dans les Dolomites, par exemple, où cette année, une montagne effroyable qui s'appelle le Zoncolan et qui présente un passage à 27% de pente maximale. Le Giro, c'est une difficulté qui se trouve partout et une aventure qui est nichée partout. Ça peut être sur des chemins où il n'y a pas de bitume. Ça, c'est une caractéristique des Giro. Avec de la poussière quand il fait chaud et avec de la boue quand il pleut, les coureurs de l'époque pouvaient mourir de tuberculose. Aujourd'hui, dans la grande tradition du Giro à l'ancienne, les organisateurs tiennent à remettre ces chemins de terre. On a aussi des alliances entre les équipes italiennes, ce qu'on appelle la 'combinazione'. Cela a beaucoup contribué à la légende du Giro.

"L'aventure est totale de la ligne de départ jusqu'à l'arrivée."

Pierre Carrey, journaliste

à franceinfo

C'est cela qui a fait l'hégémonie italienne sur ce Tour...

Au début, le Tour d'Italie ne sait pas s'il doit être une course italo-italienne ou une course internationale. Pendant longtemps, c'est vrai qu'il a été chasse gardée des coureurs italiens, parce que c'était les marques de vélo de la Péninsule qui équipaient les coureurs et avaient assez peu intérêt à ce que les coureurss étrangers viennent. En France, qui est un pays beaucoup plus développé à l'époque, économiquement, les routes étaient déjà en bon état. Donc, on roulait plus vite alors qu'à l'époque, sur le Tour d'Italie, il n'était pas rare qu'un arbre tombe en travers de la route, qu'une crue ait emporté un pont et que les coureurs doivent prendre leur vélo à l'épaule. Ces images aventurières du Giro ont effrayé les coureurs étrangers, sans parler parfois de certaines manigances qui se sont dressées en travers de leur route. Tous les étrangers ont eu des difficultés, sauf quand ils couraient pour des équipes italiennes. En réalité, si Eddy Merckx remporte le Giro, c'est parce qu'il est membre d'une équipe italienne. Peut-être que l'exemple le plus connu qui est resté dans les mémoires, c'est celui de Laurent Fignon.

Il s'agit du dernier vainqueur français en 1989 ?

Oui, mais c'est un coureur très déçu en 1984. Il vient et se heurte à Francesco Moser. Moser en majesté. Le coureur italien, l'homme qui parle l'italien, ne manque pas de rappeler ses racines paysannes. Disons que l'organisateur a absolument intérêt à ce que ce soit lui qui gagne, alors ils vont laisser Moser dans la montagne, s'accrocher à des voitures. Ils vont laisser Moser se faire pousser. A l'époque, c'était bien organisé, des bus entiers de supporteur étaient déversés le long des lacets de la route et à tour de rôle, ils poussaient des coureurs. Moser a passé les montagnes à la force de ses partisans. Et puis, il y a eu la légende d'un hélicoptère de la télé italienne qui serait venu contrarier par la poussée du rotor Laurent Fignon dans le contre-la-montre final. Cette hypothèse n'est pas très probante, elle fait davantage partie de la légende. Mais il y a une réalité : cette année-là, il fallait que ça soit un Français qui perde, Fignon, et un Italien, Moser, qui l'emporte.

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