"C'est un monument du vélo" : Christian Prudhomme "a du mal à imaginer le Tour de France" après la mort de Raymond Poulidor

Le directeur du Tour de France a réagi à la mort de Raymond Poulidor. 

Christian Prudhomme en octobre 2019. 
Christian Prudhomme en octobre 2019.  (J?R?MIE FULLERINGER / MAXPPP)

"'Poupou' c'était un géant du vélo", a réagi sur franceinfo mercredi 13 novembre Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France, après la mort de Raymond Poulidor à l'âge de 83 ans. "C'était quelqu'un que tout le monde aimait, c'est celui qui m'a donné petit la passion du Tour de France. Poulidor, c'est l'époque d'Eddy Mercks, Luis Ocaña, Bernard Thevenet. Un champion qui a couru avec Jacques Anquetil", raconte le patron de la Grande Boucle.

Christian Prudhomme explique à franceinfo qu'il avait eu au téléphone samedi dernier l'une des filles de l'ancien coureur. "Elle m'a dit qu'il n'y avait pas d’autre issue", raconte-t-il. 

"L'éternelle jeunesse" 

Christian Prudhomme a rendu hommage à Raymond Poulidor et ses 18 ans de carrière commencée tard après être parti à l'armée en Algérie. "Poupou" c'était "l'éternelle jeunesse, le deuxième du Tour à 38 ans, le troisième à 40 ans. Ce sourire, cette bonhommie et "cette gloire sans maillot jaune", raconte le directeur du Tour de France. "C'est vraiment un monument du vélo, le Tour sans lui on a du mal à l'imaginer. Poulidor, c'est ce "maillot jaune" effleuré à 8 dixièmes en 1973, ses chutes aussi qui étaient pour les gens de la malchance... Lui disait que c'était au contraire avoir beaucoup de chance de ne pas avoir de chutes sérieuses".

Sans victoire sur le Tour de France, Raymond Poulidor a tout de même gagné plus de 180 courses, précise Christian Prudhomme. Il a notamment été champion de France, vainqueur du Tour d’Espagne, la Vuelta en 64, du Paris Nice en 72 et 73. Il a aussi remporté huit étapes sur le Tour de France. "C'est vrai que face aux géants Eddy Mercks, Jacques Anquetil, il a loupé le coche, poursuit Christian Prudhomme. Symbole absolu de sa malchance : il était sûr de gagner et il a été renversé par l'arrière, par une moto qui lui happé la roue arrière", explique le directeur du Tour.

C'était un monsieur très drôle. Pour le centenaire du maillot jaune : il est monté sur scène avec Eddy Mercks, Bernard Hinault et Miguel Indurain et il a dit 'à nous quatre nous avons gagné 15 Tours de France', lui qui n'avait jamais gagné le Tour et jamais porté le maillot jaune, tout le monde a ri. Christian Prudhommeà franceinfo

"Il disait à juste titre d'ailleurs que c'est ça, son absence de victoires, qui avait fait sa renommée", poursuit Christian Prudhomme. "Après chaque Tour de France perdu, il y avait une légitime déception, mais il savait aussi que c'était grâce à ça qu'il était aussi connu : l'éternel second". 

Son nom entré dans le langage commun

Etre toujours deuxième lui a permis de rentrer dans le langage commun, estime Christian Prudhomme. "Il avait complètement dépassé le monde du sport et du Tour de France. 'Le Poulidor de la politique, de l'écriture', c'est presque devenu un nom commun Poulidor. Il a quitté le monde pro en 1977 et il signait toujours des autographes ! Et le plus important, toujours avec un mot pour les gens qui étaient devant lui".

C'était "le paysan du Limousin qui avait choisi le vélo pour ne pas tout le temps travailler dans la terre. Parce que c'est quelque chose de très très dur cette France rurale, qui est aussi l'expression de l'amour du TDF dans les années 60 et aujourd'hui bien sûr, continue Christian Prudhomme. Sur le bord des routes du Tour de France vous aviez encore des pancartes pour Poulidor ! J'ai toujours vu sur le bord du Tour des pancartes à la gloire de Raymond".