Cyclisme : course aux droits télé entre les grosses équipes et l'UCI

D'un côté, les équipes, qui veulent créer leur propre ligue pour enfin bénéficier de la manne des retransmissions. De l'autre, la fédération internationale, qui souhaite garder le contrôle. Qui l'emportera ?

Le cycliste britannique Bradley Wiggins lors de la 6e étape du Tour de France 2007, à Attignat, dans l\'Ain.
Le cycliste britannique Bradley Wiggins lors de la 6e étape du Tour de France 2007, à Attignat, dans l'Ain. (BAS CZERWINSKI/AP/SIPA)

Alberto Contador qui participe au Tour du Turkménistan en juillet plutôt qu'au Tour de France, parce que son équipe est fâchée avec la fédération internationale. Une hypothèse farfelue ? Pas forcément. Le petit monde du vélo bruisse de rumeurs de sécession des meilleures équipes du peloton. On récapitule. 

• La situation actuelle : peu de pouvoir pour les équipes

Pour participer à de grandes courses, les équipes cyclistes sont soumises au choix des organisateurs qui les invitent sur les épreuves. Ainsi, les équipes françaises sont favorisées sur le Tour de France, idem avec les italiennes lors du Tour d'Italie, etc. Pour exister au niveau mondial, les formations sont dépendantes du classement de l'Union cycliste internationale (UCI), qui a bâti un système de divisions : les meilleures courses sont réservées aux meilleures équipes. Et en ce qui concerne l'argent, le nerf de la guerre, les équipes ne touchent presque rien des droits télé, la majorité du gâteau allant aux organisateurs de courses, comme Amaury Sport Organisation, qui organise le Tour de France, Paris-Roubaix ou Paris-Tour. Bref, les cyclistes sont entièrement dépendants de leurs sponsors pour exister. 

• Le rêve des grosses équipes : récolter les deux tiers des droits télé

C'est le projet de World Cycling Series (WCS) : une ligue privée avec les meilleures équipes du monde, et donc les meilleurs coureurs. Les équipes possèderaient 64% de la structure et se partageraient directement les droits télé et le sponsoring. 

Le projet de WCS envisage de créer à partir de 2013 des courses de quatre jours un peu partout sur la planète, d'après le site cyclingnews.com. Mais pour s'assurer de l'intérêt du public, WCS tente d'englober dans son calendrier les grands tours (France, Espagne, Italie) et six classiques majeures (Paris-Roubaix, Milan-San Remo, Tour des Flandres...) dans le lot. Ce qui est loin d'être gagné.

Si ça vous rappelle ce qu'ont tenté de faire les plus gros clubs de foot européen avec une sorte de Coupe d'Europe permanente au début des années 2000, c'est normal. Le cabinet Gifted Group, qui avait cherché à promouvoir cette Super League, travaille désormais avec les équipes cyclistes "frondeuses".

• Le rêve de l'UCI : un cyclisme toujours plus mondialisé

C'est le projet Global Cycling Promotion (GCP). Un circuit de courses avec toujours plus de compétitions orientées vers les "nouveaux marchés". La F1 a tenté de s'implanter en Inde, le cyclisme s'est risqué en Chine, avec un Tour de Pékin au succès limité. On parle de la Russie et de l'Amérique du Sud pour bientôt. "Faire du cyclisme un sport global est une des priorités de l'UCI", explique Alain Rumpf, directeur de GCP, sur cyclismtipsblog.com. Ce n'est pas un hasard si l'UCI, organisation à but non-lucratif, a lancé cette filiale GCP qui, elle, peut faire des bénéfices.

C'est exactement le modèle de la Formule 1, avec la Fédération internationale de l'automobile en caution morale et la Formula One Administration, de l'homme d'affaires Bernie Ecclestone, pour la partie business. Avec la puissance de frappe de ce tandem, aucune vélléité de créer une compétition concurrente n'a jamais été bien loin. 

Reste à voir comment vont réagir les organisateurs d'épreuves. Pour eux, il est urgent d'attendre et de voir comment la situation se décante. Très peu d'informations ont filtré sur les intentions des principaux organisateurs du calendrier. Tout juste sait-on qu'Amaury Sports Organisation a décliné, le 27 janvier 2012, l'offre de l'UCI, qui lui proposait d'investir dans Global Cycling Promotion, explique cyclingnews.com