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Comment Sebastian Vettel vous a conduit à détester la F1

Le gendre idéal de la Formule 1 s'est mué en "bad boy" en quelques années. Et comme il écrase son sport de façon outrageuse, son comportement n'est pas sans conséquence.

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France Télévisions
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Le pilote allemand Sebastian Vettel après sa victoire au Grand Prix d'Abu Dhabi, le 14 novembre 2010.  (STEVE CRISP / REUTERS)

Quand on lui demande si Sebastian Vettel manque de charisme, l'ancien champion du monde de Formule 1 Jacques Villeneuve ne prend pas de gants : "Pour un Allemand, ce n'est pas mal." N'empêche. Alors que le championnat du monde de F1 reprend, dimanche 16 mars, avec le Grand Prix d'Australie (le départ est donné à 7 heures du matin, heure française), les audiences télé mondiales sont en nette baisse (en anglais).

Bien qu'il ait dominé la discipline durant presque une décennie, Schumacher avait réussi à maintenir l'engouement des spectateurs. Mais cette fois, c'est un coureur moins charismatique qui règne. Pire, Vettel, quadruple champion du monde en titre, n'est plus le jeune homme sympathique du début de sa carrière. Retour sur un dérapage d'image non-contrôlé.

Vettel jeune, presque le gendre idéal

Lorsque Sebastian Vettel entre en piste, en 2007, les médias ont les yeux de Chimène pour le jeune Allemand de 20 ans. "Comme Schumacher, en bien plus sympathique", écrit The Times en 2010. "Un humour narquois et une personnalité chaleureuse", décrit The Guardian. A l'époque, le pilote explique aller encourager son équipe de foot favorite, l'Eintracht Francfort, dans les tribunes, au milieu des supporters, et surtout pas en loges. "A la mi-temps, j'aime bien faire la queue avec les supporters pour m'acheter une saucisse, comme tout le monde", ajoutait-il.

Ce fan des Beatles - il a dépensé 3 500 euros pour un vinyle signé des quatre membres du groupe, raconte The National - protège sa petite amie des griffes des paparazzis, et roule en combi Volkswagen à ses heures perdues. Oui, comme Jean-Marc Ayrault

Le jeune Vettel sait se faire aimer. Quand il franchit en tête la ligne d'arrivée à Melbourne, en 2012, il lance, dans sa radio : "Les mécanos ont bien mérité une pizza." Ce ne sont pas des paroles en l'air. Régulièrement, Vettel invite toute son équipe à manger italien. 

Appelez-le "baby Schumi"

Sebastian Vettel obtient son premier point en Grand Prix à 19 ans, un record ; sa première victoire, à Monza (Italie), en 2008, à 21 ans, autre record. Il est sacré champion du monde à 23 ans, idem. Une précocité qui lui vaut rapidement le surnom de "baby Schumi", référence à Michael Schumacher, septuple champion du monde. "Je n'aime pas, mais je comprends pourquoi", reconnaît Vettel. Outre la nationalité, les deux pilotes partagent une sainte horreur de la défaite : "La place de second, c'est la pire. Je ne veux plus jamais terminer deuxième. Jamais." 

Malgré son sacre en 2011, son image de jeune premier n'en souffre pas. Pour preuve, cette mésaventure lors du Grand Prix de Grande-Bretagne, à Silverstone : "Un paparazzi m'a carrément poussé pour ne pas que je sois dans le champ, Bernie Ecclestone [le grand argentier de la F1] allait arriver !"

Depuis, Vettel réalise, côté sportif, un sans-faute, avec quatre titres de champion du monde. Une série en cours. Côté image, c'est moins réussi. La domination de l'équipe Red Bull, qui envoie régulièrement ses deux pilotes sur le podium, ennuie. "La meilleure façon de devenir impopulaire, c'est de gagner tout le temps", reconnaît dans The Telegraph (en anglais) le patron de l'équipe, Christian Horner.

Sebastian Vettel sur le podium du Grand Prix du Japon, le 9 octobre 2011.  (TORU HANAI / REUTERS)

Champion du monde, mais "sale gamin"

Lors du Grand Prix de Malaisie 2013, Vettel dépasse son équipier, Mark Webber, alors en tête de la course, ignorant délibérément les instructions de son directeur d'écurie. Le garçon sympathique a tombé le masque. Le grand public ouvre les yeux, et découvre que, comme d'autres grands champions (Prost, Senna, Schumacher...), Vettel est prêt à (presque) tout pour gagner. Les magazines spécialisés le dépeignent en Dark Vador, comme F1 Racing, ou en "baby-faced killer", comme Autoweek. "Je n'ai tué personne", élude Vettel sur le site du magazine.

Vettel le nouveau bad boy souffre de la comparaison avec son équipier, le gentleman Mark Webber, très apprécié du paddock. Et le malaise ne date pas d'hier. En 2007, la Toro Rosso du tout jeune Vettel percute la Red Bull de Webber, qui chassait un podium. "Les gamins, il faut toujours qu'ils gâchent tout", lâche Webber. Six ans plus tard, après l'incident en Malaisie, Webber parle de Vettel, désormais son équipier, dans les mêmes termes. "On m'a toujours dit de ne pas frapper les petits garçons", répond-il à un journaliste du Sydney Morning Herald (en anglais) qui lui demande s'il compte s'expliquer avec les poings.

"Ils sont jaloux de mes victoires"

"Baby Schumi" grandira-t-il ? Pas sûr. Beaucoup pointent, au sein de l'écurie Red Bull, le rôle joué par l'ancien pilote Helmut Marko. Sans titre précis dans l'organigramme, il a la confiance du grand patron de Red Bull, le richissime Dietrich Mateschitz. Et Marko adore Vettel. Ce dernier incarne le succès de la filière de formation de jeunes pilotes estampillés Red Bull, dirigée par le même Marko. L'écurie lui passe tous ses caprices. 

Le public, non. Depuis la mi-saison 2013, Vettel se fait huer quand il grimpe sur la plus haute marche du podium. Même par le très policé public de Spa Francorchamps, en Belgique. "Ils sont jaloux de mes victoires", réplique-t-il. Le grand patron de la F1, Bernie Ecclestone, reconnaît : "Il manque un peu de charisme." De plus, la star de la F1 en Allemagne, c'est toujours Michael Schumacher, qui accumulait les contrats publicitaires avant son accident de ski. Et le pilote actuel préféré des Allemands, c'est Nico Rosberg, qui court chez Mercedes. 

La ligne de défense de Vettel ? C'était plus facile d'être "cool" avant, quand les pilotes avaient des caractères bien trempés et buvaient des bières sur la grille de départ. "Le dernier vainqueur à Austin, au Texas, c'était Keke Rosberg, en 1984, et il avait fumé une clope sur le podium, explique-t-il, cité par The Independent (en anglais). Je ne sais pas comment les gens auraient réagi si j'avais fait pareil." Ecclestone est d'accord sur ce point : "Les pilotes d'aujourd'hui ne peuvent plus s'exprimer", "la FIA [Fédération internationale de l'automobile] leur met une muselière".

Ce n'est pas plus mal pour Vettel, au langage très cru. Le jour de sa première victoire, un reporter lui a demandé s'il s'agissait du plus beau jour de sa vie. La réponse fuse, rapportée par l'édition britannique de GQ (en anglais) : "Vous n'étiez pas là le jour où j'ai perdu ma virginité". En revanche, le public était bien présent le jour où il a lâché un "fuck" sur un podium. 

Pas de trempette le vendredi

Vettel est à l'opposé des pilotes iconiques des années 1970-80, et ne pense qu'à la victoire. "Moi, je ne trempe pas mes couilles dans la piscine le vendredi. On travaille dur pour préparer une course difficile", lâche-t-il dans le Daily Mail avant le Grand Prix de Singapour, en octobre 2013. Il vise sans les citer Lewis Hamilton et Kimi Raïkkönen, l'un des pilotes les plus populaires du paddock. Volant au secours de son compatriote, l'ancien pilote allemand Hans-Joachim Stuck déclare dans le journal allemand Abendzeitung que "ces deux pilotes sont des caricatures". "Le premier a toujours des nanas incroyables [principalement la chanteuse des Pussycat Dolls Nicole Scherzinger], le second finit souvent bourré sous la table."

N'empêche, le déficit de popularité de Vettel est en train de jouer contre lui. Selon une étude du cabinet de marketing sportif Repucom, le pilote de F1 le plus bankable est Fernando Alonso (Ferrari), qui n'a plus décroché de titre mondial depuis 2006. Pas sûr que les vidéos tournées par Red Bull mettant en scène Vettel en moto vintage et tout de cuir vêtu dans les Alpes parviendront réellement à redorer son image. 

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