Athlétisme français en crise : "La relève n'est pas là" pour les JO 2024, regrette l'ancien champion Stéphane Diagana

Le spécialiste du 400 mètres haies est inquiet pour les Jeux de Paris, il y a selon lui "un trou de génération important" dans l'athlétisme français.

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Radio France
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L'athlétisme français n'a remporté qu'une médaille aux Jeux olympiques de Tokyo. (ALEXANDRE DIMOU / MAXPPP)

"La relève n'est pas là" pour les JO 2024, a regretté mardi 12 octobre sur franceinfo Stéphane Diagana, ancien champion du 400 mètres haies, consultant pour France Télévisions, alors qu'une réunion se tient mardi pour tenter d'apaiser les tensions entre la Fédération française d'athlétisme (FFA) et l'Agence nationale du sport (ANS). Claude Onesta, manager de la haute performance, avait pointé les mauvais résultats de l'athlétisme français aux Jeux olympiques de Tokyo, une seule médaille, celle en argent de Kevin Mayer au décathlon. Il existe un "trou de génération important" dans l'athlétisme qui ne permet pas d'envisager les Jeux de 2024 à Paris avec optimiste. "Ça va être difficile", selon Stéphane Diagana.

franceinfo : La situation est grave pour l'athlétisme français ?

Stéphane Diagana : ll y a une situation qui est difficile, effectivement, qui s'est matérialisée avec le résultat que l'on a connu sur les Jeux olympiques de Tokyo. Il y a des choses qui sont conjoncturelles liées à l'organisation, sans doute, mais il y a des choses qui sont de plus long terme et qui vont bien au-delà du mandat actuel du président. On avait identifié un trou de génération important. Et depuis 2019 et les Championnats du monde de Doha, cela se retrouve dans les résultats. La relève n'est pas là. Si on regarde les finalistes présents à Tokyo, on avait deux finalistes sur 110 mètres, de 29 et 30 ans. Si vous vous projetez à 2024, cela reste compliqué, même si le champion olympique jamaïcain cette année sur cette discipline a plus de 30 ans.

Il manque une génération intermédiaire entre les jeunes et les anciens ?

On a des athlètes qui sont plus que trentenaires ou qui auront plus de 30 ans en 2024 et qui étaient finalistes ou plutôt bien classés dans le championnat. Mais on a peu d'athlètes qui auront entre 25 et 30 ans. On a un manque de densité à ce niveau-là. Et la moyenne d'âge des médaillés à Tokyo en athlétisme, c'est un peu plus de 27 ans. On va être dans une situation un peu difficile. Ce qui va faire que les responsabilités risquent d'être portées sur des jeunes qui, normalement, devraient être un peu protégés de la lumière et de l'exposition médiatique par une génération. Cette génération qui devrait avoir autour de 25-28 ans, en pleine force de l'âge sur les JO de 2024.

Est-ce qu'on peut rattraper notre retard ?

Ça va être difficile. Il va falloir vraiment être capable de faire de l'accompagnement sur mesure, mais surtout bien identifier les potentiels. Les plus jeunes, il faudra les accompagner aussi avec un accompagnement spécifique parce que cela va être des Jeux à domicile et qu'il risque d'y avoir des attentes plus importantes. D'autant plus importantes qu'ils vont devoir porter les espoirs et avoir une exposition médiatique qui n'aurait pas été celle-là si on avait cette génération 25-28 ans, assez dense, qu'on n'a pas, malheureusement. Il va y avoir des départs à la retraite. Yohann Diniz l'a déjà signalé. Renaud Lavillenie, il aura plus de 30 ans. Mahiedine Mekhissi aura près de 40 ans, Christophe Lemaitre aura 34 ans. Mélina Robert-Michon, 42 ans. Sur les Jeux depuis 2008, ces cinq athlètes représentent 60% des médailles françaises.

Il n'y a pas de temps à perdre ?

Cette réunion est urgente pour revoir l'organisation, voire ce qui ne va pas et pour valider le modèle d'organisation et de gestion de la performance à la Fédération. Il faut revoir le projet d'accompagnement, puis avoir les hommes et les femmes pour mettre en œuvre ce projet. Mais il y a vraiment trois enjeux : l'organisation, le projet et les hommes et les femmes en dernier une fois que tout ça a été réglé.

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