91 bateaux au départ malgré la crise

Depuis le début de la semaine, des milliers de spectateurs affluent chaque jour sur les quais de Saint-Malo pour admirer les bateaux qui participeront à la Route du Rhum. Un véritable succès populaire, pour une course mythique depuis 36 ans.

(Kito de Pavant © Radio France)

Le succès de Mike Birch avec son trimaran jaune avec 98 secondes d’avance sur le monocoque de Michel Malinowski en 1978, la disparition l’Alain Colas, la même année, ont été le point de départ de la légende de cette course, terreau de multiples exploits sportifs.

 

Depuis, le succès de l’épreuve ne se dément pas tous les quatre ans au point d’atteindre ce record en nombre de participants, 91, six de plus qu’en 2010. Un record qui ne peut occulter les effets de la crise économique.

La crise n’est pas loin

Si l’on regarde d’un peu plus près, on s’aperçoit que les difficultés financières sont bien présentes. Certains concurrents, qui évoluaient sur des monocoques « Imoca » de 18 mètres, les bateaux du Vendée Globe, il y a encore deux ans, à l’image d’Arnaud Boissières ou Kito de Pavant, ont été contraints de descendre de catégorie pour continuer à naviguer.

 

Ils prendront le départ sur des monocoques de 12 mètres. Kito de Pavant est à la tête d’un projet baptisé Otio-Bastide médical, Made in Midi. "Quand on va demander des millions à des décideurs, en ce moment, avec la crise économique, le doute qui persiste sur notre avenir dans notre pays, on a clairement une réponse négative tout de suite, alors que si l’on propose des solutions, on va dire facile, un peu moins onéreuse, on a beaucoup plus de chances d’embarquer ces gens-là sur des trucs qui sont très pertinents parce que les petits partenaires s’y retrouvent."

"Je pense que la route du Rhum est un marchepied"

Le succès de la classe 40 illustre parfaitement ces propos. Il y aura 43 monocoques de 12 mètres au départ. C’est la catégorie qui recense le plus de concurrents, loin devant les Ultimes 8 représentants, ou les Imoca 11, les multi 50 ou la classe Rhum.

Il est plus facile de constituer un budget dans cette catégorie confirme Pierre-Yves Lautrou le skipper de l’Express-Trepia. "Pour nous les petits projets, le salut vient des projets multipartenaires. Là c’est plus facile à trouver. On va demander des sommes plus faibles à des petites PME. C’est ce qui explique en partie que malgré la crise on bat le record d’inscriptions. La deuxième chose, c’est que moi j’ai été confronté, pendant ma campagne de levée de fonds, à des réactions qui sont arrivées très souvent et qui étaient : Ah vous allez nous faire rêver en cette période où tout le monde est morose, où c’est la crise, on nous le répète tous les jours et c’est pour ça qu’on va investir dans votre projet. "

Les budgets pour cette classe 40 peuvent aller de 50.000 euros à 400.000 euros, loin des millions demandés par les grosses catégories.

Les grands sponsors sont toujours là

Il reste des sponsors pour les bateaux du Vendée Globe et pour les grands trimarans qui sont les stars de cette Route du Rhum.

On pense à Macif, sponsor de François Gabart et à Banque Populaire qui célèbre ses 25 ans de sponsoring dans la voile en tant qu’armateur et partenaire de la fédération française et de l’association Pen Duick.

 

La voile reste très intéressante pour les communicants, explique Thierry Bouvard, responsable du pôle programmes éditoriaux et sponsoring à la banque populaire. "Il y a une grande différence entre un sponsor qui a le courage d’armer un bateau pour la Route du Rhum et celui qui finance un panneau autour d'un terrain de foot. Nous notre philosophie c’est plutôt de nous engager, de prendre des risques, de les assumer et d’accompagner les gens qui portent ce projet-là. Les communicants ont l’habitude de parler de REI, le retour sur investissement. La voile, quand on s’y engage avec un certain investissement, est un sport qui a un REI très intéressant. Nous, on n'évalue pas la notion publicitaire au sens propre du terme. On ne cherche pas à savoir qui nous a vu mais qui nous a retenu. Et en gros, il y a un français sur trois qui sait que la Banque Populaire c’est la banque de la voile. "

Cette banque dit investir chaque année environ quatre millions d’euros dans la voile. Loïck Peyron portera ses couleurs à bord du maxi-trimaran de 31 mètres qui avait permis à Franck Cammas de s’imposer en 2010.