JO 2021 : jouer au volley masqué, est-ce vraiment une bonne idée ?

Trois joueurs brésiliens se sont illustrés en portant une protection respiratoire lors de leurs rencontres. Un choix très commenté.

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Le Brésilien Lucas Saatkamp lors de la rencontre contre l'Argentine, le 27 juillet 2021 à Tokyo (Japon). (YURI CORTEZ / AFP)

Ce sont les champions olympiques des passes sanitaires. Les volleyeurs brésiliens Mauricio Borges, Lucas Saatkamp et la volleyeuse Macris Carneiro ont une particularité étonnante, celle de jouer avec un masque. Bien entendu, rien dans le réglement des Jeux olympiques ne leur impose un tel choix : leurs coéquipiers jouent d'ailleurs à visage découvert. Mais ces exemples ont inspiré le secrétariat à la Santé de l'Etat de Rio de Janeiro, qui a relayé ces images pour encourager la population : "Ils n'enlèvent pas leurs masques, ni à l'intérieur ni à l'extérieur du terrain. Faites comme eux, protégez-vous et ceux que vous aimez."

Ce zèle n'est pas lié au contexte japonais, puisque Macris Carneiro a commencé à porter le masque en fin d'année dernière, lors d'une rencontre de championnat contre Pinhais. Cette équipe venait d'affronter une formation de Sao Paulo, zone fortement touchée par l'épidémie. "Par mesure de précaution, j'ai préféré utiliser le masque et je compte l'utiliser le plus possible", expliquait-elle au quotidien O Tempo (en portugais). La joueuse, par ailleurs, avait été marquée par une expérience douloureuse. Malade du Covid-19, son oncle avait été plongé dans le coma et hospitalisé pendant 40 jours.

Même chose pour "Luçao". En novembre, le joueur a eu peur de transmettre la maladie à sa femme et à son fils de 4 ans, qui souffrait de bronchite. Par ailleurs, il était en pleine préparation pour les JO. "J'essayais de ne pas attraper le virus, car je savais que si ça arrivait (...), je perdrais en partie le bénéfice de la préparation physique", expliquait-il à la chaîne brésilienne G1 (en portugais). Le joueur a tout de même contracté la maladie, sans trop de symptômes, puis sa femme est tombée enceinte. Pas le moment de tomber le masque.

"Je ne ressens plus de difficultés. C'est pareil de s'entraîner avec ou sans masque. Pourquoi ne pas l'utiliser, puisqu'il me protège moi et mes coéquipiers ?"

Lucas Saatkamp, joueur de l'équipe brésilienne de volley

à la chaîne G1

En observant attentivement les rencontres, il est possible de le voir retirer son masque, très brièvement. "Luçao" concède en effet une petite gêne lors des "rallye", quand les échanges s'éternisent autour de quinze secondes. "Cela dérange un peu, surtout pour le cardio", a-t-il déclaré sur Radio Jornal (en portugais). "Heureusement, notre sport réclame surtout de l'explosivité" et des efforts brefs. En tout cas, il n'a constaté aucune baisse de ses performances durant le championnat. Une nouvelle fois, ses qualités sportives lui ont donc ouvert les portes de l'équipe nationale, où il évolue depuis 2007.

Les muscles respiratoires davantage sollicités 

Le masque chirurgical ne pose aucun problème en temps normal. Mais les efforts intenses et prolongés peuvent démultiplier la résistance du tissu. "Quand vous respirez normalement, le volume courant d'air est de 600 ml, multiplié par 12 fois chaque minute. Cela donne environ 8 litres, explique à franceinfo le pneumologue Bruno Crestani, vice-président de la Fondation du souffle. Mais lors d'un effort, cela peut monter à 40 à 50 litres par minute." Le masque oppose une résistance au flux aérien et l'organisme doit s'adapter en conséquence. "Les muscles respiratoires perçoivent cette résistance au flux aérien et doivent augmenter leur travail pour maintenir l'oxygénation nécessaire, poursuit Bruno Crestani. C'est ce qui doit donner cette sensation désagréable au joueur que vous évoquez."

Ce n'est pas vraiment le taux d'oxygène qui pose problème, mais plutôt l'effort musculaire supplémentaire fourni pour parvenir à la bonne ventilation. L'humidité, elle aussi, peut être source de désagrément. "L'air que voux exhalez est à 37 degrés et il est saturé en humidité, ce qui va saturer les orifices du masque et augmenter encore la résistance." En cas de phases de jeu trop longues, nos Brésiliens doivent sans doute augmenter le travail ventilatoire, et donc fournir un effort supplémentaire. Mais lors d'échanges brefs, avec des temps de récupération, cet aspect est moins critique. Par hypothèse, la physionomie d'une partie de volley-ball offre cette marge de manœuvre.

La joueuse brésilienne Macris Carneiro lors de la rencontre contre la Corée du Sud, dimanche 25 juillet 2021 à Tokyo (Japon). (YURI CORTEZ / AFP)

Le sujet est assez "anecdotique", estime Bruno Crestani, et la littérature scientifique sur le sujet peu fournie. En septembre, des chercheurs israéliens avaient tout de même écrit qu'une "activité physique modérée à intense [était] possible et sûre", dans un article (en anglais) dans le Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports. Lors de cette étude basée sur des tests à l'effort, ils avaient observé des "changements mineurs de certains paramètres physiologiques", et notamment une lègère augmentation du niveau de dioxyde de carbone chez les participants équipés de masques chirurgicaux et FFP2.

L'an dernier, en France, le port du masque avait d'abord été jugé (format PDF) "incompatible avec l'activité physique" par le ministère des Sports. Puis, au mois de février, la ministre Roxana Maracineanu avait dévoilé une norme AFNOR de "masque barrière pour le sport", à l'attention des fabricants. Cette étape a permis à de nombreuses sociétés de se lancer sur le marché, et de nombreux produits sont aujourd'hui disponibles à la vente. Le mois dernier, l'association UFC-Que Choisir avait été plutôt convaincue par les quatre produits testés, mais dans le cadre d'une activité en extérieur d'intensité moyenne. Entre joggeur du dimanche et champion olympique, il y a tout de même un monde.

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