JO 2022 : des Jeux à l'image de sa saison décevante, Alexis Pinturault traîne son spleen depuis son Globe en Coupe du monde

Alexis Pinturault n'est pas monté sur le moindre podium olympique à Pékin, une première dans la carrière du skieur français.

Article rédigé par
De notre envoyé spécial à Yanqing - Quentin Ramelet
France Télévisions
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Temps de lecture : 5 min.
Alexis Pinturault, ici à l'issue d'un entraînement à la veille du géant olylmpique de Pékin, samedi 12 février 2022. (JEFF PACHOUD / AFP)

Bredouille et épuisé. Cinq courses, un abandon, et aucune médaille autour du cou : c'est le triste bilan du chef de fil de l'équipe de France de ski alpin, Alexis Pinturault. Le skieur de Courchevel s'avançait pourtant comme le leader naturel des Bleus, celui qui devait montrer la voie sur les pistes périlleuses de Yanqing. Car le natif de Moûtiers (Savoie) comptait déjà trois médailles olympiques dans sa besace, avec ses deux bronzes en géant (2018 et 2014), et l'argent en combiné (2018). Surtout, il se présentait comme le meilleur skieur de la planète après avoir remporté le gros Globe de cristal de la Coupe du monde de ski alpin, la saison précédente.

Mais depuis cet exploit historique (troisième Français à remporter le classement général, le premier depuis Luc Alphand en 1997), un mal-être profond s'est emparé de lui. Ce petit grain de sable venu enrayer la machine n'est rien d'autre qu'une "profonde fatigue". De celle qui plombe tout simplement la saison et les espoirs d'un grand champion. Que ce soit au quotidien, en Coupe du monde, ou à l'occasion d'un grand rendez-vous comme les Jeux olympiques.

"Quand je prends du recul vis-à-vis de la situation, je crois qu’en fait, c’est sur toute la saison que je n’avais pas les armes pour me battre au meilleur niveau (...) J’ai réattaqué cet hiver en étant énormément fatigué mais je ne m’en suis pas rendu compte."

Alexis Pinturault

à Franceinfo: sport

Celui qui aura 31 ans dans un mois s'est ainsi essayé à une auto-psychanalyse au matin de son anonyme seizième place sur le slalom olympique. On a senti un skieur, et surtout un homme, véritablement touché par son incapacité à rivaliser avec les Marco Odermatt, Johannes Strolz ou même Clément Noël, ses rivaux habituels. Ereinté, éprouvé, pas tant par la succession des portes franchies durant cette quinzaine olympique, mais plutôt par le poids de ce Globe qu'il porte quotidiennement depuis sa consécration en mars 2021. Depuis, le Savoyard n'a plus jamais goûté à la victoire (sa dernière remontant au 20 mars 2021, lors du géant des finales de Lanzerheide).

Essoré par la quête du Globe

"Mon bilan [à Pékin] est décevant, on peut le dire, concédait-il, lucide malgré l'effort intense produit juste avant entre les piquets, j’ai certainement fait des erreurs en termes de récupération l’année dernière. C’est-à-dire que je n’ai pas suffisamment coupé à l’issue de cette grosse saison et la quête de ce gros Globe qui était un objectif extrêmement important pour moi." De sa propre analyse, Alexis Pinturault a donc bel et bien identifié ce qui a certainement éteint, ou du moins atténué, la flamme. Et la récupération, au plus haut niveau, est absolment primordiale.

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Pour Luc Alphand, consultant pour France Télévisions, "une soupape a explosé" à l'issue de cette saison forte en émotions autant pour lui que pour son successeur. Et le triple médaillé olympique l'a payé cash dès le début du nouvel exercice : "Je suis arrivé à Sölden [1re étape de la Coupe du monde, en octobre 2021], je me suis pris une claque dans la tête en me disant que je n’étais plus au niveau en matière d'implication mentale (...) Et derrière, ça a toujours été difficile car cette énergie met des semaines, voire des mois à revenir."

Au fil de ses places d'honneur - mais frustrantes - en géant, et de ses déconvenues en slalom (quatre abandons sur sept courses disputées), Pinturault n'a finalement jamais pu retrouver ce "second souffle qu'il était venu chercher" ici à Yanqing. "J’espérais pouvoir bénéficier de l’esprit des Jeux qui donne toujours la banane, avouait-il désabusé. Même si psychologiquement j’étais fatigué, j’étais heureux d’être là. Pour autant, l’implication mentale, pour aller chercher des médailles, doit être à 100%. Et quand on est à 70%, c’est déjà difficile, mais là, au niveau où j’étais, ça l’était encore plus."

"Prendre du recul"

Tout au long de ces Jeux de Pékin, et sans même évoquer cette blessure à l'épaule, nous avons ainsi senti un Alexis Pinturault de plus en plus fataliste. Au fil des jours qu'il passait devant notre micro, et même s'il ne ratait pas la moindre zone mixte avec ce sourire et cette empathie qui le caractérisent, on pouvait percevoir la détresse du champion, et la tristesse de l'homme. "Une fois que cette saison sera terminée, l’objectif sera de vraiment prendre du recul par rapport à tout, a-t-il conclu lui-même. Couper deux mois, voire même quatre s’il le faut ! Et revenir uniquement quand j’aurai envie de revenir." Une annonce forte de conséquences, et qui prévoit un changement radical dans sa préparation. Habituellement, le géantiste de Courchevel ne s'arrête pas plus d'un mois et demi. Or, là, si l'on en croit ses paroles, il pourrait repousser sa reprise à juin voire à juillet, soit une première dans sa carrière. Risqué, mais nécessaire ?

"Alexis a raison, il faut couper complètement. Il va juste s'entretenir physiquement, on est obligé dans ce cas, mais un vrai break est nécessaire. Cela va lui faire du bien. Car si on sent qu'on en a besoin, qu'on est cuit, comme 30% à 40% de notre performance provient de la tête, de notre envie et de notre grinta, il faut vraiment couper, c'est primordial !"

Luc Alphand, consultant France Télévisions

L'ancien descendeur et vainqueur du globe de la spécialité à trois reprises (1995 à 1997) ne s'inquiète pas pour autant. Pour lui, "Alexis n'est pas devenu un skieur lambda et reste un immense champion", et sa remise totale en question ici à Yanqing démontre "qu'il est très intelligent dans l'analyse de ses performances et qu'il sait maintenant comment rectifier le tir". Si cette fin de saison ne semble plus être la priorité d'Alexis Pinturault, comme il a pu nous le confier, il s'agit dès maintenant de préparer la prochaine.

Et surtout des Mondiaux qui se disputeront à la maison. "Alexis est loin, très loin d'être fini", prévient Luc Alphand. "Et en plus, il y a cette échéance importante, les championnats du monde à Courchevel [mars 2023]. C'est chez lui." Rien de mieux pour Alexis Pinturault pour retrouver sa soif de vaincre. Celle qui lui a permis de remporter 34 courses en Coupe du monde, et de devenir le neuvième skieur le plus prolifique de tous les temps.

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