Paris 2024 : comment le projet de taxis volants se dégonfle à l'approche des Jeux

Article rédigé par Audrey Abraham
Radio France
Publié Mis à jour
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L'entreprise qui fabrique les taxis volants n'aura pas obtenu la certification à temps. (STEPHANIE BERLU / RADIOFRANCE)
Annoncés comme la vitrine de la mobilité en Île-de-France pour les Jeux de Paris 2024, les taxis volants n'auront pas obtenu leur certification à temps pour des vols commerciaux.

"Taxis Potemkine", "bling-bling", "inutiles", "au détriment du quotidien"... Valérie Pécresse a, une nouvelle fois, été invectivée par l'opposition au sujet du projet de taxis volants financé en partie par la région Ile-de-France, mercredi 29 mai en assemblée du Conseil régional. Des aéronefs électriques à décollage et atterrissage vertical surmontés d'hélices et pouvant accueillir deux personnes dont le pilote. Si la polémique occupe les débats des élus, et même si le gouvernement a donné, mardi 9 juillet, son autorisation pour la création d'un "vertiport" sur la Seine, l'objectif initialement affiché d'une certification pour des vols commerciaux s'éloigne à mesure que les Jeux de Paris 2024 approchent.

Un "vertiport", mais pas de certification avant l'automne

L'entreprise allemande Volocopter, qui fabrique le Volocity, espérait obtenir une certification de l'engin avant les Jeux olympiques. La nouvelle échéance est fixée "à l'automne" ont expliqué les responsables, en marge du salon des technologies VivaTech à Paris mercredi 22 mai. "Des fois, on découvre des choses en avançant. Donc oui, ça a été un petit peu décalé", a reconnu Jean-Christophe Drai, responsable de Volocopter pour la France. 

Or, sans certification de l'Agence européenne de sécurité aérienne (AESA), le Volocity n'est pas autorisé à effectuer des vols commerciaux et devra se contenter de vols de démonstration gratuite pendant les Jeux olympiques. C'est le sens du feu vert accordé mardi par le gouvernement. Le ministère des Transports a autorisé la création d'une "hélistation" ou plateforme permettant le décollage et l'atterrissage de ces taxis volants située sur la Seine au niveau d'Austerlitz. Les horaires d'exploitation seront limités "entre 8 heures et 17 heures" et le nombre de vols "à deux mouvements par heure et à 900 vols sur la totalité de l'expérimentation", qui prendra fin fin le "31 décembre 2024 au plus tard". La mairie de Paris va étudier la possibilité d'un recours en justice contre l'arrêté et David Belliard a dénoncé "un déni démocratique et écologique".

Des essais sans passager payant

Si des taxis volants sont observés dans le ciel francilien cet été, ce ne seront donc que des "essais". À bord, seul le pilote et éventuellement "un observateur utile au vol si les autorités donnent leur feu vert", précise à franceinfo Alban Negret, responsable du projet pour ADP (Aéroports de Paris) qui est associé dans le projet.

"On n'aura pas de passagers payants pendant les Jeux olympiques et paralympiques, confirmait début juin Edward Arkwright, directeur général exécutif d'ADP. Mais notre objectif reste bien d'avoir un passager payant avant la fin de l'année." La promesse d'une innovation technologique qui permettrait le transport rapide, propre et abordable pour des clients potentiels n'est donc, pour l'instant, pas d'actualité. Pas pour les Jeux de Paris 2024 en tout cas.

Des simulations de transports sanitaires

En Conseil régional, Valérie Pécresse s'est obstinée, fin mai, vantant "une expérimentation mondiale qui va avoir lieu dans le cadre des Jeux olympiques et paralympiques." Et d'insister sur un aspect jusqu'ici à la marge : le transport sanitaire d'urgence, pour des blessés ou des médecins. Un recours qu'elle présente désormais comme le premier cas d'usage du Volocity, en opposition au "deuxième cas d'usage" qui serait celui du transport de particuliers depuis les aéroports parisiens. Pourtant l'objectif qui était encore mis en avant, le 20 juin 2023 dans un communiqué d'ADP, était celui de "services accessibles au grand public" qui viendraient "compléter les modes de transport existants en Île-de-France"

"L'image d'Épinal, qui était vendue initialement, ressemble à ce taxi volant mais un chemin a été mené vers la découverte de nouveaux usages."

Alban Negret, ADP

à franceinfo

Désormais, ce sont bien les transports sanitaires qui sont mis en avant. ADP précise qu'ils seront uniquement "simulés" à partir du dernier trimestre 2024 au moment de la certification pour "générer des données" et comparer le temps de parcours de l'aéronef avec celui d'une ambulance terrestre ou d'un hélicoptère. En l'état actuel, rien n'est donc prouvé quant à leur pertinence en la matière. "La vérité c'est que le Volocity, appliqué au transport sanitaire, peut sauver des vies", martèle néanmoins Valérie Pécresse. Alban Negret, lui, envisage une "mise en service pérenne [des transports sanitaires] d'ici la fin de la décennie."

La promesse d'une plus grande capacité de transport

En ce qui concerne le transport de particuliers pour la desserte des aéroports, Valérie Pécresse assure que "l'objectif des promoteurs de ce projet, ce n'est pas de faire un taxi volant, c'est de faire une navette volante avec six à huit personnes dedans qui paieraient le même prix qu'un taxi qui se rend à l'aéroport." Et d'ajouter "si on arrive à mettre huit personnes dans un Volocity silencieux et non polluant plutôt que de mettre huit taxis sur la route de l'aéroport, nous aurons atteint un des objectifs de la région qui est de limiter la pollution atmosphérique."

Là aussi, Volocopter semble plus nuancé et évoque la préparation d'un nouvel appareil de quatre places pour début 2027. "C'est là qu'il y a le vrai business case", convient Dirk Hoke le patron de l'entreprise allemande car avec un unique passager le modèle commercial du Volocity ne peut être rentable. Par ailleurs, "plusieurs constructeurs dans le monde travaillent sur des appareils d'une capacité de trois à quatre passagers", confirme Alban Negret d'ADP. Cela reste loin des six à huit passagers évoqués par la présidente de région et à une échéance qui paraît pour l'instant lointaine.

L'hypothèse d'un survol du cœur de Paris

Les promesses d'itinéraires sont elles aussi contrariées. Le vertiport du quai d'Austerlitz a été aménagé sur une barge flottante, dans le cadre d'une convention signée avec Haropa Port. En février dernier, le commissaire chargé de l'enquête publique avait délivré un avis défavorable. Reste à savoir si l'autorisation délivrée le 9 juillet par le ministère des Transports permettra d'expérimenter pendant les Jeux l'un des parcours envisagé à Paris, avec une escale en plein cœur de la capitale –ce qui faisait l'audace du projet. C'est pour la création de cette barge sur le quai d'Austerlitz que la région Île-de-France a accordé une subvention d'un million d'euros via le dispositif GLI (Grands lieux d'innovation France 2030). Début mai, en signe de protestation, des militants d'Extinction Rebellion avaient aspergé de peinture le siège de la Direction générale de l’aviation civile à Paris.

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