JO Paris 2024 : quel est le bilan de l'opération "30 minutes de sport par jour à l'école", généralisée depuis la rentrée ?

Article rédigé par Florence Morel
France Télévisions
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Temps de lecture : 6 min
Des élèves d'une école primaire de Bruyères-le-Châtel (Essone) pratiquent le sport dans la cour, le 19 janvier 2021. (MYRIAM TIRLER / HANS LUCAS / AFP)
A l'occasion de la semaine olympique et paralympique organisée de lundi à samedi, franceinfo revient sur le dispositif initié par le comité d'organisation des Jeux de Paris 2024.

"Bouger plus pour mieux apprendre." Telle était l'ambition affichée par le gouvernement lors de la présentation en 2020 du dispositif "30 minutes d'activité physique quotidienne à l'école". Rapidement rebaptisée "APQ" par les personnels de l'Education nationale, cette demi-heure d'activité physique a été généralisée depuis la rentrée 2022 dans toutes les écoles maternelles et primaires françaises, et doit être mise à l'honneur durant la semaine olympique et paralympique, organisée du lundi 3 au samedi 8 avril.

Sans prétendre former une génération de futurs champions olympiques, cette demi-heure sportive quotidienne entend d'abord lutter contre le surpoids et de l'obésité, devenus des problèmes de santé publique depuis de nombreuses années. La situation s'est même aggravée depuis la crise du Covid-19 : entre les années scolaires 2018-2019 et 2020-2021, le taux de surpoids est passé de 8,6% à 11,2% chez les enfants de quatre ans scolarisés dans le Val-de-Marne, et dont les données ont été scrutées dans le cadre d'une étude publiée par Santé publique France en avril 2022 (document PDF). Durant cette période, le taux d'obésité a également bondi de 2,8% à 4,6% au sein de cette population.

De manière générale, l'état de forme des plus jeunes ne va pas en s'améliorant : "trois enfants sur cinq qui entrent en 6e ne savent pas enchaîner quatre sauts à cloche-pied", s'alarmait en février dans les colonnes du Parisien François Carré, cardiologue et médecin du sport exerçant au CHU de Rennes (Ille-et-Vilaine). 

Un dispositif inégalement appliqué

Pour remédier à ces problèmes, l'une des solutions invoquées par SPF et l'Organisation mondiale de la santé consiste à pratiquer une activité physique régulière, ce qui correspond à 60 minutes de sport quotidiennes pour les enfants. C'est dans ce contexte, mais aussi dans le cadre de l'arrivée des Jeux à Paris à l'été 2024, que le dispositif des "30 minutes d'ATQ" s'est répandu dans les écoles françaises, porté par 154 sportifs de haut niveau en guise d'ambassadeurs de prestige. 

Mais à moins de 500 jours de l'échéance olympique, cette figure imposée n'a pas encore trouvé un écho dans tous les établissements français. Avant la généralisation de la mesure en septembre, seules 9 211 écoles sur les 48 580 que compte la France avaient reçu le label "30' APQ" en juin 2022. Et depuis ? Interrogé par franceinfo, le ministère de l'Education nationale n'était pas en mesure de livrer de bilan chiffré de l'élargissement du dispositif.

Faute de contrôles et de bilan actualisé, les enseignants s'interrogent. "Que font vraiment les collègues ? S'ils font ces 30 minutes d'activité à la place de l'EPS [éducation physique et sportive], on aura tout perdu. En revanche, s'ils en ont profité pour demander un équipement ou faire une activité en plus, c'est bénéfique", observe Claire Pontais, responsable des questions de formation en éducation physique et sportive à l'école primaire au Snep-FSU, le syndicat national de l'éducation physique.

Une course d'obstacles

Evaluations en maths, en français, multiplication des nouvelles directives ministérielles… D'après les témoins interrogés par franceinfo, ces 30 minutes de bougeotte trouvent difficilement leur place dans un programme scolaire déjà chargé. "On a toujours une bonne excuse pour ne pas en faire ce jour-là", comme le mauvais temps ou un exercice de maths venu s'ajouter en dernière minute, admet Thierry Pajot, secrétaire général du syndicat des directrices et directeurs d'école. "Ce dispositif est plus suivi dans les classes de CE1 et CE2, car en CP, la pression est très forte sur les maths et le français", ajoute celui qui occupe le poste de directeur d'une école à Nice (Alpes-Maritimes). 

"Le directeur n'étant pas le supérieur hiérarchique [des professeurs], je ne peux rien dire si un enseignant refuse d'appliquer ce dispositif. Ce sera à l'inspecteur de faire des retours."

Thierry Pajot, directeur d'une école à Nice

à franceinfo

Mettre en place cette nouvelle habitude sportive est d'autant plus délicat que, selon les directives ministérielles, cette demi-heure active ne doit pas remplacer, mais s'ajouter aux trois heures d'EPS déjà obligatoires. Or, les instituteurs avaient "déjà du mal" à intégrer ces heures d'EPS aux plannings, regrette Claire Pontais, qui souligne que l'éducation physique et sportive est pourtant "une discipline à part entière" avec des objectifs pédagogiques précis, comme apprendre à sauter, courir, se repérer. "Au ministère, on me disait que c'était bien de bouger entre deux activités", abonde Guislaine David, co-secrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU, le syndicat des instituteurs et professeurs des écoles. "Sauf que pour bouger, il faut une tenue adaptée. On ne demanderait pas à des adultes de faire des montées de genoux entre deux réunions."

Manque de matériel et d'infrastructures

Aux contraintes de temps, s'ajoutent en effet le manque de matériel et d'infrastructures disponibles. Même si les élèves sont invités à se dépenser 30 minutes, quel que soit l'endroit, tous les établissements ne disposent pas d'un préau pour transpirer les jours de mauvais temps, ou d'une cour de récréation suffisamment grande pour l'effort collectif. Dans l'école niçoise de Thierry Pajot, qui compte neuf classes, neuf créneaux horaires sont définis pour occuper la cour. "La difficulté, c'est que tous les enseignants souhaitent avoir les mêmes : à 16 heures, juste avant la sortie de l'école, ou 11h30, avant la pause-déjeuner", regrette-t-il, tout en essayant de contenter tout le monde. 

Par ailleurs, "très peu d'écoles ont les moyens d'acheter du matériel", dénonce le directeur d'établissement. Pour pallier ce manque, le ministère a promis aux écoles volontaires l'envoi de kits composés notamment de sifflets, de ballons, de maillots et de foulards de jeu. A ce jour, "17 000 écoles" en ont bénéficié, assure le ministère à franceinfo, qui précise que cette distribution est toujours en cours. "Les déséquilibres pouvant exister actuellement entre les différents territoires seront gommés d'ici à la fin de l'année 2023", promet le gouvernement.

Plus globalement, "il y a de réelles tensions entre les collèges, les lycées et les écoles concernant [la mise à disposition] des installations [comme les gymnases, les piscines, les stades]", pointe Benoit Hubert, secrétaire général du Snep-FSU. Un constat partagé par Thierry Pajot, dont l'école est située à vingt minutes des stades et des gymnases. "J'ai la chance d'avoir une piscine à 100 mètres de mon école, précise-t-il, ce qui permet à mes élèves d'apprendre à nager. En revanche, beaucoup d'écoles n'y vont pas, faute de bassin à proximité ou de créneaux disponibles." 

Même si les enseignants s'accordent sur la nécessité d'augmenter l'activité physique des plus jeunes, ils regrettent le manque de moyens et de vision à long terme. "On sait qu'il y a une pression avec les JO, que tout le monde veut dire qu'on est une nation sportive", dénonce Véronique Moreira, présidente de l'Union sportive du premier degré. "On mobilise toujours les mêmes écoles, déjà convaincues et dynamiques sur la question, mais on n'arrive pas à aller chercher les autres, les plus éloignées du sport." Ce qui doit ressembler à une course de fond prend plutôt l'apparence d'une épreuve de sprint. "Après les Jeux, on ne parlera plus" de cette mesure, prédit Benoît Hubert. "Mais la santé des jeunes, la nécessité qu'ils pratiquent, bougent et se sentent mieux dans leur tête, mériterait qu'on s'y attarde plus sérieusement."

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