JO 2021 : les "Barjots-samouraïs" Stéphane Stoecklin et Frédéric Volle, pionniers du handball français au Japon

Vingt ans avant le voyage olympique des Bleus, les anciens internationaux Stéphane Stoecklin et Frédéric Volle sont devenus les premiers Tricolores à jouer au Japon. L'occasion pour le duo de transformer le handball japonais.

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France Télévisions
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Stéphane Stoecklin, a porté les couleurs du club japonais de Honda Suzuka de 1998 à 2003. (DR)

Le deuxième match de préparation des Bleus face au Japon, dimanche 18 juillet à Koshu (à 11h00, heure française) et les JO disputés à Tokyo, rappelleront des souvenirs à deux anciens "Barjots" de la bande à Costantini. Médaillés de bronze olympiques en 1992 puis champions du monde en 1995, Stéphane Stoecklin (52 ans) et Frédéric Volle (55 ans) en avaient surpris plus d'un en devenant les deux premiers internationaux français à évoluer dans le championnat japonais. Une expérience unique pour un duo complètement barjot, évidemment.

Une aventure riche à tous points de vue

Nous sommes en 1998 et à l'époque, "Stock" et "Charly", comme on les surnomme, sont des stars de la Bundesliga, le meilleur championnat au monde, l'un à Minden, l'autre à Wallau-Massenheim. "Il me restait un an de contrat mais mon agent m'a parlé d'une proposition du club japonais de Suzuka qui appartient à la firme Honda. Ça m'a tout de suite tenté !", explique Volle, depuis le Panama, où il habite désormais.

À l'époque, "Charly", 32 ans, se dirige doucement vers la fin de sa carrière, après avoir fait ses adieux aux Bleus à l'issue des JO d'Atlanta en 1996. Il pense même à une reconversion comme entraîneur. "Un mois plus tard, mon agent me rappelle pour me dire que Suzuka cherche à engager un deuxième joueur, un gaucher. J'ai tout de suite pensé à mon pote, Stock !"

Le choix de Stoecklin, élu meilleur handballeur de la planète seulement quelques mois auparavant et médaillé de bronze du Mondial 1997 (disputé au Japon) surprend beaucoup plus. "C'est vrai que j'étais en pleine possession de mes moyens à l'époque!", rigole l'ancien Bleu depuis l'île de Koh Samui en Thaïlande où il réside.

"J'étais sur le point de signer à Kiel quand j'ai reçu cette proposition, il faut le dire, très alléchante financièrement (1,5 million de francs par an soit 230 000 euros). Avec mon épouse, on a quand même regardé où était Suzuka sur une carte, j'ai fait un aller-retour pour nous trouver une maison et j'ai dit banco, comme Fred ! Parce qu'on est des aventuriers !"

Et voilà les deux Barjots partis pour un long exil. "On a été accueillis comme des Dieux vivants. D'ailleurs, personne ne nous appelait par nos prénoms, c'était 'Monsieur' à tout bout de phrase !" rigole Volle. "On faisait des photos avec les arbitres avant les matches. On leur signait des autographes !", enchaîne Stoecklin, goguenard. 

Malgré les difficultés d'adaptation et la barrière de la langue, les "Olive et Tom" du hand français ne tardent pas à faire des envieux en Europe. "Au début, tout le monde nous a pris pour des fous, mais au bout d'un an, comme ça se passait bien et que les conditions étaient plutôt pas mal, on recevait des coups de fil d'anciens coéquipiers pour nous demander si des fois il ne restait pas un peu de place !" raconte Volle. "Mais bon, avec seulement douze formations parmi l'élite et deux étrangers par club, les places étaient rares et chères !", tempère Stoecklin.

"On leur a amené un peu de barjotitude"

Sur place, c'est le choc culturel et sportif. "Bon évidemment, au niveau du jeu, ce n'était pas la Bundesliga. C'était un peu comme un championnat corpo. Avec Honda, on était amenés à jouer contre Mitsubishi par exemple" explique Stoecklin. Il a également fallu changer les structures et mentalités nipponnes. "Les joueurs japonais de notre équipe passaient leur temps à s'excuser à l'entraînement, même quand c'était Stock qui leur faisait des mauvaises passes !", lâche Volle en riant.

"C'est vrai qu'il a fallu instaurer deux-trois trucs, poursuit Stoecklin. D'abord, les douches collectives obligatoires et sans slip parce que quand on est arrivés, tout le monde rentrait se doucher chez soi après l'entraînement et ça, ça n'était pas possible ! Parfois aussi, c'est important pour la cohésion, de se retrouver pour manger ou prendre une bière. Ce sont des trucs tout simples qu'ils n'avaient pas l'habitude de faire ! Et puis, il nous a fallu amener un peu de 'barjotitude' pendant les séances : expliquer aux Japonais que les 9 mètres en défense c'était leur maison. Et on ne laisse personne rentrer dans sa maison! Et puis, à l'entraînement, il faut se donner comme en match. Bon, quand on en a vu deux commencer à se taper dessus, on s'est dit : 'ça y est, ça commence à rentrer !' " En fait les Japonais se sont plus adaptés à nous que nous à eux !", renchérit Volle.

Volle, entraîneur du Japon

Durant son exil, Stoecklin aura étoffé son palmarès avec cinq championnats et deux Coupes du Japon. Dès la fin de la première saison, Frédéric Volle hérita, lui, de la casquette d'entraîneur-joueur, avant d'être nommé sélectionneur du Japon. "Je pense que le handball nippon a bien progressé dans ces années-là. Je les ai fait voyager, on est allé en Europe, en Afrique du Nord", raconte l'ancien Barjot, qui ne parviendra toutefois pas à qualifier la sélection japonaise pour le Mondial 2003. 

"Il fallait le voir Charly avec ses dreadlolcks ! Pour un sélectionneur national, il dénotait ! On ne peut pas dire qu'il ait vraiment mis tous les ingrédients pour réussir", chambre Stoecklin. "C'est vrai que les dreadlocks, les tatouages, les boucles d'oreilles, jamais un Japonais n'aurait pu être nommé à ce poste en ayant ce look-là! Ç'aurait été inacceptable. Mais comme j'étais étranger, c'était toléré", concédait Volle dans un reportage que lui consacrait l'émission "Stade 2" en 2003. 

Le champion du monde 1995 terminera son exil comme entraîneur-joueur de Kumamoto en 2004 avant de faire une dernière pige comme adjoint en Allemagne et d'intégrer la brigade canine de la police canadienne ! Un autre changement radical. Rentré au bercail un an plus tôt avec l'espoir d'un come-back en bleu aux JO d'Athènes, Stoecklin achèvera sa carrière de joueur à Chambéry en 2005, les genoux en compote.

Anic, successeur du duo au Japon

Mais aucun des deux ne regrette cette longue parenthèse enchantée made in Japan. "Je serais bien resté un ou deux ans de plus, on s'était fait des potes, on a découvert le Japon", confie Stoecklin. "C'était une aventure extraordinaire, qui a changé ma personnalité. J'ai gardé du Japon ce côté relax, zen", renchérit Volle.

Avant même le huis-clos décrété par l’organisation des JO, aucun des deux n’avait prévu de revenir au Japon pour assister à quelques matches des Bleus lors du tournoi olympique. Propriétaire d’un restaurant et d’un cottage en Thaïlande, Stéphane Stoecklin attend avec impatience de voir les touristes du monde entier revenir sur l’île de Koh Samui. Frédéric Volle, lui, s’adonne désormais à la pêche au Panama. "Avec mon épouse, ça nous aurait bien dit d’aller Tokyo mais quand j’ai vu les restrictions qui s’accumulaient, j’ai vite dit basta", regrette Charly.

Près de vingt ans après leur pèlerinage au pays des samouraïs, nos deux pionniers ont désormais un successeur sur le sol japonais. Le pivot de Cesson-Rennes Igor Anic, 34 ans, champion d’Europe 2014 et du monde en 2015 avec l’équipe de France s’est en effet engagé il y a quelques jours avec le club de Daido Steel Phenix à Nagoya pour la saison prochaine. Il devrait croiser le fer en championnat avec le Franco-Japonais Rémi Feutrier (ex-Chambéry et Chartres), ailier gauche de la sélection nippone aux Jeux. Et perpétuer ainsi la tradition.

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