JO 2022 : Margot Boch et Carla Sénéchal, le binôme féminin français de bobsleigh entré dans l’histoire à Pékin

Pour la première fois de son histoire, la France enverra aux Jeux olympiques une équipe féminine de bobsleigh.

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Carla Sénéchal (à g.), la pousseuse et Margot Boch, la pilote (à d.), sont devenues la première équipe de France féminine de bobsleigh à se qualifier pour les Jeux olympiques. (DAVID MALACRIDA)

Peu importe ce qu'il se passera à Pékin, les 13 et 14 février prochain, date des compétitions olympiques, elles sont déjà entrées dans l'histoire. Margot Boch, la pilote, et Carla Sénéchal, la pousseuse, sont devenues en janvier la première équipe de France féminine de bobsleigh à se qualifier pour les Jeux olympiques. "Nous avons ce rêve depuis tellement longtemps qu'on ne réalise pas. On a attendu ça toute notre vie. C'est une immense fierté et beaucoup d'honneur", confie Carla Sénéchal. "On a l'impression d'être dans un rêve, et on se demande quand le réveil va sonner", plaisante Margot Boch.

La naissance du projet en 2018

Cette belle histoire, Margot et Carla, âgées respectivement de 22 et 25 ans, ont commencé à l'écrire il y a quatre ans seulement. En 2018, Margot, ancienne gymnaste, pratique la luge au niveau international et manque de peu une sélection pour les Jeux olympiques de Pyeongchang.

Mais cet acte manqué marqua en elle un déclic. "Je suis issue d'une famille de bobeurs depuis trois générations. Mon grand-père faisait du bob sur route, une ancienne version un peu plus folle de ce sport. Mon père, mon parrain et ma tante le pratiquent aussi, en version actuelle. J'ai donc toujours baigné dans cet univers, d'autant plus que la seule piste française se situe dans ma station", relate Margot Boch, native de la Plagne.

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Alors, après de nombreuses discussions avec son père et Bruno Mingeon, ex-pilote médaillé de bronze en bobsleigh à quatre aux Jeux olympiques de 1998, la Savoyarde décide de monter son équipe. Le défi est de taille : depuis dix ans, la France n'a plus d'équipe féminine de bobsleigh. Mais il en fallait plus pour la décourager.

Une alchimie parfaite

Rapidement, un bobeur, aussi entraîneur d'athlétisme à Albertville, met en relation Margot et plusieurs sprinteuses qui ont, selon lui, le potentiel pour composer son équipe. "Un jour, j'ai reçu un message sur Facebook de Margot, que je ne connaissais pas encore, où elle m'écrivait : ‘je veux participer aux JO de Pékin en 2022, et je veux monter une équipe'", se souvient Carla. Si elle pratique l'athlétisme depuis l'âge de six ans à Chambéry, la jeune femme a toujours voulu faire du bobsleigh.

"J'ai dit oui tout de suite. L'histoire était trop belle à écrire, c'était une évidence."

Carla Sénéchal, pousseuse de l'équipe de France de bob à deux

à franceinfo: sport

Passer des pistes d'athlétisme à celles de bobsleigh est assez commun, à l'image de la sprinteuse américaine "Lolo" Jones, double championne du monde en salle du 60 mètres haies devenue championne du monde de bob à deux en 2021. Les sprinteurs ont en effet des qualités similaires à celles demandées dans ce sport de glisse. D'autant plus que l'âge minimum requis pour pratiquer le bobsleigh est de 16 ans, ce qui laisse le champ libre à d'autres disciplines avant de bifurquer dans ce sport riche en "folie et adrénaline", décrit par le binôme.

Le courant passe tout de suite entre les deux jeunes femmes. "Dès la première heure ensemble, on s'est découvert un million de points communs. Au bout d'un mois, on était déjà complices et tout le monde pensait que l'on se connaissait depuis des années. On nous demandait même si on était sœurs ou cousines", se rappelle Margot. D'autant plus que les deux athlètes, blondes aux yeux bleus, se ressemblent physiquement. "Même notre entraîneur nous a confondues une fois, de loin", ajoute en riant la pilote.

Ascension fulgurante

Sportivement aussi, tout va très vite et leur ascension est fulgurante. Dès leur deuxième saison, elles montent sur plusieurs podiums en coupe d'Europe et atteignent leur premier top 6 en coupe du monde. "C'était fou et inattendu, témoigne Margot. On a continué de grimper les échelons et aujourd'hui, on est qualifiées aux JO, en seulement quatre ans alors qu'on a l'impression qu'on pratique cette discipline ensemble depuis 15 ans." Une complicité sur la piste et en dehors qui fait aujourd'hui leur force. "On a confiance à 100 % dans l'autre, et c'est très important dans notre sport. C'est ce qui nous permet de performer", souligne Margot. "Quand on est ensemble, rien ne peut nous atteindre", assure Carla.

Session d'entraînement pour la pilote Margot Boch et la pousseuse Carla Sénéchal, sur la piste de bobsleigh en France, à la Plagne.  (DAVID MALACRIDA)

Ensemble, elles ont tout partagé, des débuts où tout était à construire à la qualification olympique. "Quand on a commencé, j'avais 18 ans, et il fallait que je monte un budget, qu'on gère nous-mêmes nos voyages... C'était impressionnant, mais cela me rassurait aussi car je savais exactement où on allait", explique Margot.

Si la Fédération française des sports de glace (FFSG) a toujours investi sur le binôme, les deux premières années ont toutefois été compliquées. "Au début, elle n'a pas pu beaucoup nous aider. Il a fallu se battre", se souvient Margaux. La raison ? Le bobsleigh est un sport très coûteux et les retombées économiques ne sont pas aussi importantes que celles des disciplines stars.

La famille à 100% dans le projet

Mais les deux Savoyardes n'ont jamais abandonné leur rêve et ont pu compter sur leur club et surtout leur famille. "Nos proches font partie de notre réussite. Ils ont été nos entraîneurs, nos techniciens... Nos papas ont parcouru des milliers de kilomètres à travers l'Europe en camion pour transporter notre bob afin que nous puissions prendre l'avion, et nous reposer", se souvient la pilote, reconnaissante. Ses parents ont aussi investi dans un bobsleigh flambant neuf, dont le coût oscille autour des 50 000 euros.

En plus d'être athlètes de haut niveau, les bobeuses sont aussi mécaniciens. Ce sont elles qui entretiennent leur bob, qui réalisent les réglages pour que les patins et le parallélisme soient parfaits. Comme dans les sports automobiles, la mécanique est très importante en bobsleigh.  (DAVID MALACRIDA)

"Si j'en suis là aujourd'hui, c'est aussi grâce à ce bob. Comme en Formule 1, le matériel est fondamental, et avec Carla c'était un peu notre frein à l'époque", confie Margot, qui gère aussi avec Carla la maintenance et la préparation du matériel. C'est d'ailleurs ce bob, aux couleurs de la Plagne, qui s'envolera à Pékin pour s'élancer sur la piste olympique, piste que Margot a déjà été repérer en octobre 2021.

"L'infrastructure est magnifique, grandiose. Il y a tout pour que la magie des JO opère. J'ai pu apprendre la piste, sentir les sensations et les retours au niveau des manettes."

Margot Boch, pilote de l'équipe de France féminine de bob à deux

à franceinfo: sport


"J'ai adoré le profil de la piste, mais elle est très technique. Le pilotage va beaucoup compter, et la moindre faute coûtera chère", avertit Margot, aussi engagée en monobob, discipline qui fait son entrée dans le programme olympique. De quoi multiplier les chances de médailles pour la championne du monde des moins de 23 ans en bob à deux en janvier 2021.

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À deux semaines du début des Jeux olympiques de Pékin, les bobeuses tricolores visent bien sûr un podium, mais veulent aussi "montrer que la France est bien présente à Pékin". Et quand Margot Boch annonce quelque chose, elle s'y tient. Comme ce soir d'été 2004 où, installée devant sa télévision pour suivre les Jeux olympiques d'Athènes vêtue d'un justaucorps, elle assura à ses parents : "Vous verrez, un jour, moi Margot Boch, je ferai les Jeux comme eux."

Certes, la combinaison a remplacé le justaucorps, mais ce rêve s'est enfin réalisé, à force de persévérance. "Aujourd'hui, on en rigole mais c'était peut-être l'élément déclencheur de ma carrière", veut croire Margot, avant de conclure : "Notre destin, à Carla et moi, nous a rattrapées."

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