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JO 2022 : sortis de l'ombre de Martin Fourcade, Quentin Fillon Maillet et Émilien Jacquelin enfin prêts à prendre la lumière

Premier et deuxième de la Coupe du monde, les deux Français abordent les premiers Jeux sans Martin Fourcade avec ambition, tout en essayant de chasser la lassitude ressentie en janvier.

Article rédigé par Vincent Daheron, franceinfo: sport - De notre envoyé spécial à Zhangjiakou
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 4 min
Quentin Fillon Maillet et Emilien Jacquelin à Ostersund, en Suède, le 5 décembre 2021. (ALEXEY FILIPPOV / SPUTNIK via AFP)

Jeudi 3 février, dans la nuit froide du village olympique de Zhangjiakou, Quentin Fillon Maillet passe le relais devant les médias à son coéquipier Émilien Jacquelin. "Samedi, ce sera dans l'autre sens", rigole alors ce dernier en évoquant le relais mixte que l'équipe de France a terminé avec la médaille d'argent autour du cou, derrière la Norvège et devant le Comité olympique russe.

Grâce à leur première breloque olympique en carrière glanée sur le relais, les deux leaders incontestés du groupe masculin sont déjà assurés de ne pas repartir bredouilles de Pékin. Mais cette médaille ne contentera pas les deux premiers du classement général de la Coupe du monde, qui abordent plein d'ambitions ces Jeux olympiques de Pékin avec l'individuel (20 km) en guise d'amuse-bouche, mardi 8 février.

Fillon Maillet confortablement en tête de la Coupe du monde

Dans une discipline longtemps vampirisée par la légende Martin Fourcade, quintuple champion olympique, Quentin Fillon Maillet et Émilien Jacquelin semblent enfin s'être libérés du lourd héritage à porter. Le premier, surtout, a enfin passé un cap pour s'asseoir confortablement sur le trône de leader de la Coupe du monde grâce à ses cinq victoires cette saison (il en avait gagnées six sur les trois dernières saisons). Il devance son compatriote de 135 points, une victoire comptant 60 points.

Mais les deux biathlètes s'étaient quittés sur les rotules lors de la dernière manche de Coupe du monde, à Antholz-Anterselva (Italie). Pour des raisons différentes. Quentin Fillon Maillet avait évoqué une "usure mentale" après sa 20e place sur l'individuel et sa 8e place sur la mass start (mais 14/20 au tir). A 29 ans, le Jurassien a découvert les joies du dossard jaune mais aussi les sollicitations et la fatigue qui y sont liées.

"Il y avait un besoin de se ressourcer un peu, le retour à la maison m'a fait du bien, confiait-il depuis le village olympique, jeudi. J'ai très, très envie de courir. Il y a de la confiance avec le début de saison qui a été très bon. Je me retrouve en tant que leader de la Coupe du monde, ça me permet d'avancer avec sérénité pour les médailles." Perturbé à Pyeongchang, en 2018 par des problèmes personnels, Quentin Fillon Maillet vise ouvertement une médaille d'or à Pékin.

Malgré la neige peu glissante du fait des conditions climatiques, la piste vallonnée, sans pour autant comporter de longues montées semble lui convenir. C'est en tout cas l'avis du légendaire norvégien Ole Einar Bjoerndalen, l'athlète masculin le plus médaillé (13) des Jeux olympiques d'hiver, qui a prédit que QFM serait "le roi de ces Jeux". "Je suis vraiment très fier qu'il ait dit ça de moi", partageait Fillon Maillet.

"C'est un athlète qui ne dit pas les choses par hasard, donc ça me flatte beaucoup."

Quentin Fillon Maillet

à Franceinfo: sport

Pour Émilien Jacquelin, la lassitude était physique. Après un très bon début de saison qui l'a vu décrocher six podiums dont une victoire, l'Isérois a craqué dans les grandes largeurs en Allemagne. 17e de la poursuite d'Oberhof alors qu'il partait deuxième puis 53e du sprint et 20e de la poursuite de Ruhpolding. La machine s'était enrayée.

Une fatigue physique difficile à expliquer

Parmi les meilleurs temps de ski depuis le début de saison, le double champion du monde de la poursuite n'a pas fait mieux que 14e dans cet exercice sur les quatre dernière courses de Coupe du monde. "J'avais beaucoup perdu en puissance, ce qui me caractérise d'habitude et m'a aidé à faire les meilleurs temps de ski en décembre", décryptait Emilien Jacquelin.

"Je sentais que je pêchais mentalement aussi. Une spirale négative s'est installée, je n'ai pas su redresser la barre."

Emilien Jacquelin

à Franceinfo: sport

Le Tricolore avait alors pris la décision de ne pas participer à la mass start d'Antholz-Anterselva avant de couper pendant quatre jours consécutifs lors de son retour chez lui, à Villard-de-Lans. "Il fallait se regénérer, observe l'entraîneur des Bleus Vincent Vittoz. Emilien a vécu un mois de janvier délicat. Il a pu prendre plusieurs jours de repos."

Sur le relais mixte, Émilien Jacquelin a montré qu'il avait visiblement retrouvé la forme en réalisant le quatrième temps sur les planches. Une course qui pourrait lui redonner de la confiance pour les courses individuelles alors qu'il ne trouvait pas d'explications à sa méforme du mois de janvier.

Aucune animosité

A moins que celle-ci s'explique par sa blessure au poignet qui a fortement perturbé son été. "C'est toujours compliqué pour le staff et moi de comprendre ce qu'il s'est passé, expliquait-il sans s'en inquiéter. On sait que ma préparation n'a pas été optimale, peut-être que je le paie à cette période de l'année."

Les deux compatriotes vont forcément lutter l'un contre l'autre sur les épreuves individuelles, sans que la rivalité ne prenne le dessus dans leur relation. "On a un respect mutuel, admet Émilien Jacquelin. Cette bataille nous tire vers le haut, il n'y aura pas d'animosité si l'un de nous deux devait performer." Briller tous les deux pourrait les aider à tourner définitivement la page Martin Fourcade du livre du biathlon tricolore.

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