La lente agonie des "Guignols de l'info" depuis que Vincent Bolloré tire les ficelles à Canal+

La chaîne cryptée a confirmé l'arrêt de son émission culte, qui parodiait un journal télévisé depuis 1988. Une décision qui n'a surpris personne.

PPD, la marionnette du journaliste et présentateur Patrick Poivre d\'Arvor sur le plateau des \"Guignols de l\'info\" le 11 février 2009.
PPD, la marionnette du journaliste et présentateur Patrick Poivre d'Arvor sur le plateau des "Guignols de l'info" le 11 février 2009. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Les marionnettes des "Guignols de l'info" rangées au placard. Leur sort a été scellé, vendredi 1er juin, après près de trente ans de vie sur Canal+. La chaîne cryptée a annoncé l'arrêt de l'émission satirique à l'issue d'un comité d'entreprise. "On connaissait l'issue, inéluctable, a déclaré à l'AFP Yves Le Rolland, "chef d'orchestre" des Guignols pendant vingt-et-un ans avant d'être licencié en 2016. Mais c'est comme lorsque vous êtes au chevet de quelqu'un de très malade : c'est horrible, vous ne savez pas si c'est un soulagement, une délivrance." Une lente agonie, sur laquelle franceinfo revient.

Une nouvelle formule à l'humour édulcoré

L'arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Canal+, en 2015, est un premier coup d'arrêt pour l'émission. L'industriel reproche à la chaîne un abus "de dérision" et une tendance à se "moquer des autres". Un message à peine voilé adressé à l'émission phare de la chaîne cryptée. Le 30 juin 2015, plusieurs médias annoncent la fin du programme. Des fuites qui provoquent un tollé : une pétition est lancée et des politiques montent au créneau. François Hollande, alors président de la République, prend lui-même position en estimant que "la caricature fait partie du patrimoine" français.

Finalement, trois jours plus tard, Vincent Bolloré annonce, lors d'un comité de direction, qu'il n'est "pas question de supprimer" l'émission. De fait, "Les Guignols de l'info" reviennent fin 2015 sur Canal+, mais dans une nouvelle version qui n'a plus grand chose à voir avec la formule qui a fait le succès de cette parodie de journal télévisé, créée en août 1988. L'humour grinçant n'est plus aussi présent.

On ne pouvait plus être aussi libre pour dire des horreurs sur tout le monde.Yves Lecoqsur franceinfo

Interrogé vendredi par franceinfo, Yves Lecoq, l'une des voix historiques de l'émission, regrette encore : "C'était un changement voulu par la direction pour que les 'Guignols' ne fassent pas autant de mal à certains. Quand on prend pour cibles d'autres personnages, on s'aperçoit qu'ils n'intéressent pas forcément tout le monde."

Fini la diffusion en clair

Décision est aussi prise de réserver l'émission aux abonnés de Canal+, alors qu'elle a longtemps été présentée en clair et en direct juste avant le JT de 20 heures des autres chaînes. En fait, les deux premières minutes des "Guignols de l'info" sont diffusées en clair, puis le programme bascule en crypté. Les non-abonnés doivent se rendre sur internet, sur le site de la chaîne et sur Dailymotion, propriété de Vivendi, en fin de soirée, pour retrouver les sketchs. La formule change à nouveau fin septembre 2016 : "Les Guignols de l'info" repassent en clair à 20h50. A partir de janvier 2017, l'émission est à nouveau diffusée à 19h50, son horaire historique. Mais en octobre de la même année, le programme est réduit et passe de sept à quatre minutes.

Exit "PPD" à la présentation

C'était la marionnette-phare des "Guignols". Jusqu'en 2015, l'émission était "présentée" par PPD, la parodie de Patrick Poivre d'Arvor, lui-même présentateur culte du JT de 20 heures de TF1, pendant un peu plus de vingt ans. Mais avec la nouvelle formule des "Guignols de l'info" en 2015, exit PPD.

C'est pourtant cette marionnette, avec la voix d'Yves Lecoq, qui a largement contribué au succès de l'émission, avec des répliques cultes comme "A tchao bonsoir" ou encore "Voilà, sans transition". Son éviction enterre un peu plus le programme. Et l'un des remplaçants, Jack Chirak, pourtant célèbre marionnette de l'ancien président, ne parvient pas à le faire oublier.

Des audiences en chute libre

Tous ces changements entraînent une baisse des audiences, qui semble avoir eu raison des "Guignols de l'info". Le public ne s'y retrouve plus. En septembre 2017, "à peine 200 000 téléspectateurs regardent 'Les Guignols' chaque soir, contre 1,8 million en 2014", indiquait alors Le Parisien. On est loin, très loin de l'audience des grandes années de l'émission, qui pouvait attirer jusqu'à trois millions de téléspectateurs.

Dès lors, la survie du programme dépend de la logique économique. Et elle n'est pas bonne. "Malgré une réduction des coûts drastique ces dernières années, 'Les Guignols' coûtaient encore cher par rapport à ce qu’ils rapportaient, c’est-à-dire que dalle, soulignent Les Jours, qui a révélé l'arrêt des "Guignols de l'info" vendredi. Le programme est amoché, abîmé, patiemment détruit de l’intérieur depuis trois ans par Vincent Bolloré."