La télévision manque toujours de diversité, selon le CSA, qui réclame "des efforts significatifs"

Dans son baromètre annuel, le Conseil supérieur de l'audiovisuel déplore une sous-représentation persistante des femmes, des handicapés, des banlieusards, des inactifs, des plus jeunes et des plus âgés.

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France Télévisions
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Un téléspectateur change de chaîne, le 14 juin 2018, à Montbéliard (Doubs). (MAXPPP)

Les publications se suivent mais le constat demeure : la télévision est un miroir déformant de la réalité, qui fait la part belle aux hommes blancs urbains valides appartenant aux catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+). Dans son baromètre 2019 de la diversité de la société française*, publié mardi 29 septembre, le Conseil supérieur de l'audiovisuel appelle les chaînes à fournir "des efforts significatifs (...) pour améliorer la visibilité à la télévision" de plusieurs catégories de la population.

"Une part de la société française reste encore ignorée des médias", déplore le CSA, qui juge "plus que nécessaire de montrer le pays dans toutes ses diversités pour lutter contre l'ignorance et toutes formes de préjugés ou de discriminations". Les femmes font toujours partie des publics sous-représentés, au même titre que les habitants des banlieues ou encore les personnes handicapées, selon ce rapport réalisé après le visionnage de 1 450 heures de programmes de fiction, de divertissement, d'information ou encore de sport. Voici ce qu'il faut en retenir.

Les femmes largement minoritaires

Dans la société française, les femmes représentent 52% de la population, selon l'Insee. Or, dans le petit écran, elles ne sont que 39% - ce qui était déjà le cas dans le baromètre 2018 du CSA. Ce chiffre tombe même à 15% pour les programmes sportifs. Le constat est meilleur concernant les programmes de fiction (41% de femmes), où "les rôles de héros, de personnages principaux et secondaires sont répartis de manière équitable entre les femmes et les hommes".

(Le graphique ci-dessus montre, de gauche à droite, la part des hommes et des femmes dans la population française, dans les programmes de fiction, d'information, de magazine/documentaire, de divertissement, de sport.)

Représentation du genre par type de programme étudié par le CSA pour le baromètre de la diversité 2019. (CONSEIL SUPERIEUR DE L'AUDIOVISUEL / FRANCEINFO)

Les personnes handicapées presque invisibles

Le CSA relève que les personnes en situation de handicap, dont la part est estimée à 20% de la population, ne représentent que 0,7% des personnes apparaissant à l'écran. Cette représentation "très marginale" stagne depuis des années, au grand désarroi de la vigie de l'audiovisuel. Ce dernier reconnaît cependant "les limites inhérentes à la méthodologie du baromètre, qui ne permet d'indexer que le handicap visible ou le handicap induit ou déclaré par la personne".

Les seniors et les mineurs négligés

Les personnes de 65 ans et plus, qui représentent 21% de la société française, "ne sont présentes qu'à hauteur de 6% sur les écrans", écrit le CSA. En bas de la pyramide, les moins de 20 ans souffrent aussi d'une sous-représentation : 24% des Français entrent dans cette catégorie mais, dans le poste, ils ne sont plus que 11%. "Les 35-49 ans sont quant à eux systématiquement surreprésentés dans tous les genres de programmes", constate le Conseil.

(Le graphique ci-dessous montre, de gauche à droite, la part des différentes classes d'âges dans la population française, dans l'ensemble des programmes, dans l'ensemble des programmes de fiction, d'information et de magazine/documentaire, dans les programmes de fiction, dans les programmes d'informations, dans les magazines/documentaires, dans les programmes de divertissement, dans les programmes de sport.)

Représentation des âges selon les genres de programmes étudiés par le CSA pour le baromètre 2019 de la diversité. (CONSEIL SUPERIEUR DE L'AUDIOVISUEL / FRANCEINFO)

Les CSP- et les inactifs écrasés par les CSP+

En France, près d'une personne sur deux (45%) appartient à la catégorie des inactifs : elle n'est ni en situation d'emploi ni au chômage. A la télévision, cette population d'enfants, de personnes au foyer ou encore de retraités ne représente que 15% du total. De même, les catégories socioprofessionnelles inférieures (ouvriers, employés, agriculteurs...) voient leur part passer de 27% (dans la réalité) à 12% (à la télévision). Le gros du gâteau est donc englouti par les CSP+, dont la part de 28% triple presque pour atteindre 73% dans l'univers télévisuel.

(Le graphique ci-dessous montre, de gauche à droite, la part des différentes CSP dans la population française, dans l'ensemble des programmes, dans les programmes de fiction, dans les programmes d'informations, dans les magazines/documentaires, dans les programmes de divertissement, dans les programmes de sport.)

Représentation de la CSP par type de programme étudié par le CSA pour le baromètre 2019 de la diversité. (CONSEIL SUPERIEUR DE L'AUDIOVISUEL / FRANCEINFO)

Les banlieues et l'Outre-mer souvent oubliés

"Sur nos écrans, la majorité des personnes [52%] habite dans les centres historiques des villes", relève le CSA. Or, les centre-villes ne sont occupés que par 32% de la population française, devant les banlieues (27%), les zones périurbaines (25%) et les espaces ruraux (16%), selon le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie. Cette surreprésentation se fait surtout aux dépens des grands ensembles de banlieues populaires (7% des personnes à la télévision, malgré une amélioration de quatre points par rapport à 2018).

Par ailleurs, les territoires ultramarins, où habite 3% de la population, ne sont incarnés que par 0,4% des personnes à l'écran, un chiffre qui passe à 10% si l'on inclut la chaîne France Ô, récemment supprimée.

La part des personnes "perçues comme non blanches" stagne

Oscillant entre 14% et 17% depuis des années, la proportion des personnes "perçues comme non blanches" s'affiche cette année à 15%. Près de la moitié d'entre elles sont "perçues comme noires", un quart "perçues comme arabes" et moins d'un sixième "perçues comme asiatiques". Faute de question ethnique dans le recensement officiel de l'Insee, difficile d'introduire des éléments de comparaison avec la société française.

Malgré cette stagnation, le CSA note certains progrès, notamment dans le fait que 21% des rôles "positifs" dans les fictions sont incarnés par des personnes "perçues comme non blanches". "Un effort particulièrement important a ainsi été réalisé par les chaînes afin de ne pas donner une image stigmatisante des populations perçues comme 'non blanches' dans leur programmation", salue l'autorité indépendante.

* Le baromètre du CSA a été réalisé après le visionnage de 2 400 programmes de fiction, de documentaire, de divertissement, d'information et de sport sur 18 chaînes (TF1, France 2, France 3, France 4, France 5, France Ô, M6, W9, BFMTV, C8, CStar, Gulli, CNews, NRJ 12, TMC, TFX, RMC Story, Canal+), à la mi-journée et entre 17 heures et 23 heures, pendant une semaine en mars 2019 et une autre en septembre 2019. Au total, plus de 37 800 personnes ont été catégorisées.

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