"Touche pas à mon poste" : quatre questions sur les sanctions du CSA contre l'émission de Cyril Hanouna

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) prive de publicité pour trois semaines l'émission phare de l'animateur sur la chaîne C8.

L\'animateur de C8 Cyril Hanouna, à Paris, le 8 juin 2016.
L'animateur de C8 Cyril Hanouna, à Paris, le 8 juin 2016. (JOEL SAGET / AFP)

C'est la première sanction contre Cyril Hanouna et elle touche le groupe Canal+ au portefeuille. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a décidé, mercredi 7 juin, de priver de publicité "Touche pas à mon poste" (TPMP)l'émission phare de l'animateur sur C8, pour une durée de trois semaines. Quelles sont les séquences à l'origine de l'affaire ? A combien peut-on chiffrer le manque à gagner pour la chaîne ? Franceinfo revient en quatre questions sur cette annonce du régulateur de l'audiovisuel.

Quelles sont les séquences concernées ?

La première des séquences incriminées, diffusée le 3 novembre 2016, montre des images tournées en caméra cachée, au cours desquelles Matthieu Delormeau avait été victime d'un simulacre organisé par Cyril Hanouna. Le chroniqueur, "présenté comme témoin d'une agression mortelle commise par l'animateur", est alors "sommé de s'accuser du crime", rappelle le CSA. Il ne sera informé de la manipulation que le lendemain, "ce qui l'a placé dans une situation de détresse (...) manifeste pendant toute la durée de l'émission", estime le CSA. La séquence vaut à l'émission une semaine de suspension de publicité pour manque "de retenue dans la diffusion d'images susceptibles d'humilier les personnes".

Dans la deuxième séquence, diffusée le 7 décembre 2016, Cyril Hanouna propose à l'une des chroniqueuses de TPMP, Capucine Anav, de fermer les yeux et de poser ses mains sur lui, pour deviner quelle partie du corps elle touche, jusqu'à ce qu'elle pose ses mains sur son sexe. Le CSA "a considéré que cette scène méconnaissait les dispositions de la loi du 30 septembre 1986 qui lui donnent la responsabilité de lutter contre les stéréotypes, les préjugés sexistes, les images dégradantes et les violences faites aux femmes, en particulier dans les émissions ayant un impact important sur le jeune public." Sanction : deux semaines supplémentaires de privation de publicité.

Cette décision du CSA ne concerne cependant pas le canular jugé homophobe diffusé en mai, qui a fait l'objet de plus de 20 000 signalements au régulateur, un record absolu. Cyril Hanouna avait piégé, en direct, jeudi 18 mai, des hommes homosexuels avec une fausse annonce postée sur un site de rencontres. L'animateur avait reconnu une erreur avant de plaider "l'acharnement médiatique". La procédure est toujours en cours dans cette affaire.

Quel est le manque à gagner pour la chaîne ?

La sanction est un coup important porté aux finances de C8, tant l'émission est la poule aux œufs d'or de la chaîne. Le talk-show, qui terminera sa saison le 23 juin, réalise régulièrement des records d'audience, notamment auprès des jeunes téléspectateurs. A titre d'exemple, mardi 5 juin, TPMP a attiré 1,5 million de téléspectateurs, soit 6,2% de part d'audience, faisant de C8 la cinquième chaîne la plus regardée sur cette tranche horaire.

Pour évaluer le manque à gagner, "on peut s'appuyer sur des estimations qui circulaient ces dernières semaines, lorsque les annonceurs quittaient un à un les grilles de la chaîne après le canular jugé homophobe", écrit Europe 1. Avant de sortir sa calculette : "On évoquait alors des pertes comprises entre 135 et 250 000 euros par jour. Cette sanction sur trois semaines pourrait donc aboutir à un manque à gagner compris entre deux et trois millions." Plus prudente, l'AFP évoque une fourchette de 1,5 à 2 millions d'euros.

La sanction du CSA survient en effet après le désistement de toute une série d'annonceurs. Interpellées par des internautes à la suite du canular jugé homophobe du 18 mai, plusieurs marques dont Decathlon, PSAFlunch, Orange, Petit Navire et Bosch avaient annoncé qu'elles suspendaient leurs campagnes de publicité dans "Touche pas à mon poste". Pendant quelques jours, l'émission avait été diffusée sans aucune publicité. Néanmoinsdepuis début juin, quelques spots étaient réapparus.

Ce type de sanctions est-il habituel ?

Non, c'est la première fois que le CSA applique ce type de sanction. La décision a été rendue rapidement, les dirigeants de la chaîne ayant été auditionnés mercredi 7 juin dans la matinée.

Avant de priver C8 de publicité pendant et autour de TPMP, le CSA avait déjà fait plusieurs remontrances au talk-show. D'abord pour une émission d'avril 2016, au cours de laquelle Cyril Hanouna a fait mine de refuser de rendre l'antenne après qu'un de ses chroniqueurs a été giflé par Joey Starr. Puis pour une émission de septembre 2016 : le CSA reprochait à l'animateur une "agression verbale" à l'encontre de l'un de ses chroniqueurs, Matthieu Delormeau.

L'émission avait également écopé d'une mise en demeure, après qu'un chroniqueur, Jean-Michel Maire, a embrassé la poitrine d'une invitée en octobre 2016, malgré ses refus répétés. Le Conseil dénonçait alors les "préjugés sexistes" et "l'image dégradante de la femme" véhiculés par cette séquence. La mise en demeure est la dernière chance pour l'émission concernée d'appliquer les consignes du CSA, avant des sanctions, qui peuvent aller de l'interdiction du programme aux moins de 12 ans à l'interdiction de diffusion. Avec sa privation de publicité, le CSA a inventé une sanction inédite.

Quel recours pour C8 ?

Par communiqué, jeudi 8 juin, la chaîne dit avoir pris connaissance "avec stupéfaction" de la sanction du CSA, dont elle dénonce le caractère "disproportionné et inéquitable". C8 parle même d'un "acharnement" du régulateur de l'audiovisuel à l'égard de son programme phare.

Le communiqué officiel de la chaîne C8 après les sanctions du CSA.
Le communiqué officiel de la chaîne C8 après les sanctions du CSA. (C8)

C8 annonce aussi qu'elle prendra "toutes les mesures juridiques appropriées". Elle peut notamment saisir le conseil d'Etat, juge administratif suprême, qui a "le dernier mot en ce qui concerne le règlement des litiges entre l’administration et les administrés".