Cet article date de plus de trois ans.

Cyril Hanouna et le CSA : plus de deux ans d'une guerre très médiatique

Plus de 20 000 personnes ont saisi le gendarme de l'audiovisuel après la diffusion d'une nouvelle séquence polémique dans "Touche pas à mon poste". Ce n'est pas la première fois que l'émission est avertie et critiquée.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 9 min.
L'animateur Cyril Hanouna, le 30 avril 2015 sur LCI. (IBO / SIPA)

Jamais un programme de télévision n'avait donné autant de fil à retordre au CSA. Lundi 22 mai, le gendarme de l'audiovisuel a annoncé avoir reçu 20 486 plaintes après la diffusion dans "Touche pas à mon poste", le talk-show de Cyril Hanouna sur C8, d'un canular téléphonique jugé homophobe créant ainsi une nouvelle polémique pour l'émission, qui a déjà reçu plusieurs avertissements du Conseil de surveillance de l'audiovisuel.

Si le nombre de plaintes a explosé ces derniers mois – avec 37 266 plaintes en 2016 tous programmes confondus et 8 429 en 2015 –, la part des signalements provoqués par les pitreries de Cyril Hanouna et sa bande, bat un record inédit. Franceinfo revient sur cette longue et tortueuse relation entre l'enfant terrible de C8 et le gendarme du PAF.

Une première mise en demeure après un appel à "niquer les trisomiques"

Le 11 mai 2015, l’animateur, les chroniqueurs et les invités de l’émission discutent des chances de la France au concours de l'Eurovision. A la suite de la diffusion d’une séquence consacrée à un groupe étranger dont les membres sont atteints d’autisme et de trisomie, l’un des invités de l’émission s’écrie : "On va niquer les trisomiques."

Estimant que ces propos sont "de nature à stigmatiser un groupe de personnes du fait de leur handicap et à alimenter les discriminations", le Conseil supérieur de l'audivisuel met en demeure D8 (l'ancien nom de la chaîne C8), dans un jugement rendu public le 3 septembre. Le CSA relève que "l’animateur de l'émission n'est pas intervenu pour dénoncer, modérer ou reformuler ces propos qui ont provoqué l'hilarité chez les personnes présentes sur le plateau".

Une mise en garde après des moqueries concernant l'anatomie d'un danseur

Une nouvelle séquence polémique est diffusée le 3 septembre 2015 – alors que D8 vient de recevoir une mise en demeure. Elle concerne cette fois un petit garçon, danseur à l'Opéra de Paris et photographié à l'occasion de la visite de la ministre de la Culture, Fleur Pellerin. En reprenant les images, sur D8, l'équipe de Cyril Hanouna réalise "un gros plan sur une partie de l’anatomie du jeune homme pour s’en moquer", écrit le CSA dans son jugement rendu public le 14 décembre 2015. Saisi par le directeur adjoint de l’Opéra de Paris, il met en garde la chaîne au motif que "l’animateur, ainsi que plusieurs chroniqueurs de l’émission ["Touche pas à mon poste"], avaient tenu des propos moqueurs et humiliants vis-à-vis de l’élève non flouté et donc aisément identifiable".

Un avertissement après la séquence des nouilles dans le slip

Dans l'émission du 25 janvier 2016, Cyril Hanouna glisse des nouilles dans le slip du chroniqueur Matthieu Delormeau. La séquence indigne des téléspectateurs ainsi que des professionnels des médias, de plus en plus nombreux à se pencher sur le succès foudroyant de l'émission. Pour le journaliste Bruno Donnet, de France Inter, Mathieu Delormeau "ne cesse de se faire sadiser" par ses camarades à grand renfort d’humiliations "sans précédent dans l’histoire de la télévision".

Le 3 mai, la chaîne est à nouveau rappelée à l'ordre à cause de cette séquence. Alors que Cyril Hanouna se défend, martelant qu'il s'agit d'une émission humoristique, le CSA envoie une lettre d'avertissement à D8, dans laquelle il prévient : "La multiplication de ce type de séquence – qui peut être perçu comme une forme d'humiliation – pourrait devenir problématique, notamment pour les jeunes téléspectateurs, participant de la banalisation de ces pratiques." 

La "vive préoccupation" du CSA "du fait de la récurrence des débordements"

Les mises en garde du CSA ne semblent pourtant pas influencer l'émission de Cyril Hanouna. Le 19 avril 2016, elle connaît une polémique d'une ampleur sans précédent quand le chanteur Joey Starr assène en direct une gifle au chroniqueur Gilles Verdez. L'arcade sourcilière en sang, ce dernier réapparaît quelques instants plus tard sur le plateau du talk-show de Cyril Hanouna avec un pansement.

Près de 300 téléspectateurs se plaignent auprès du CSA. Dans une décision datée du 4 mai, le CSA s'agace, rappelant qu'il "a été conduit à intervenir pour la quatrième fois en moins d'une année concernant cette émission". Et d'exprimer "par une mise en garde sa vive préoccupation du fait de la récurrence de débordements".

En soutien à son chroniqueur, l'animateur avait ensuite menacé de ne pas rendre l'antenne à temps pour la diffusion de l'émission "La Nouvelle star", dans laquelle Joey Starr est (à l'époque) juré. Une attitude également déplorée par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, lequel "regrette que cette provocation ait été diffusée en direct sur D8 et que l'animateur, instigateur réel de celle-ci, ait pu faire part de son envie de représailles, dans une émission qui est notamment suivie par un public jeune, tout en faisant mine de ne pas rendre l'antenne".

La vigilance après la séquence du "roux de la fortune"

Le 14 juin 2016, Cyril Hanouna dévoile un nouveau jeu dans "le before" de "Touche pas à mon poste". Celui-ci consiste à faire tourner un jeune homme aux cheveux roux pour offrir des cadeaux aux téléspectateurs. Ce détournement du concept de "La roue de la fortune" fait aussitôt l'objet de signalements au CSA. "Selon les plaignants, cette séquence renvoyait une image dégradante du jeune homme, s’apparentait à une humiliation et était constitutive d’une atteinte à la dignité humaine", explique-t-il dans une note publiée le 13 décembre.

Pourtant, le CSA tranche : la séquence respecte la dignité humaine. "S'il comprend l’émoi et les préoccupations des plaignants à l’égard de cette séquence qui a pu choquer, le CSA a estimé qu’aucun manquement au principe de respect de la dignité humaine n’a pu être caractérisé en l’espèce, et que la maîtrise de l’antenne avait été assurée par la chaîne", conclut le communiqué de l'autorité. Le gendarme de l'audiovisuel assure toutefois "sa vigilance" en matière de respect des droits et libertés, "particulièrement dans cette émission qui a retenu son attention au cours des derniers mois".

Un rappel à la loi après le baiser sur les seins

En octobre 2016, l'équipe de Cyril Hanouna se lance dans un marathon : "Les 35 heures de Baba". Là encore, les audiences (et les polémiques) sont au rendez-vous. Profitant d'avoir une jeune femme assise sur ses genoux, le chroniqueur Jean-Michel Maire lui embrasse la poitrine en direct, sans avoir obtenu son consentement. Alors que des associations, comme Osez le féminisme, dénoncent une agression sexuelle, plus de 2 687 signalements parviennent au CSA.

Jean-Michel Maire embrasse la poitrine d'une jeune femme sans son accord, sur le plateau de l'émission "Touche pas à mon poste" sur C8, le 12 octobre 2016.  (C8)

Le CSA estime pour sa part que ce passage contrevient les dispositions de l'article 3-1 de la loi du 30 septembre 1986, "notamment en véhiculant des préjugés sexistes et en présentant une image dégradante de la femme". Mais alors que la jeune femme en question refuse de porter plainte, l'équipe de Cyril Hanouna rechigne à revoir le ton de son émission.

Une procédure de sanctions ouverte après une nouvelle humiliation de Matthieu Delormeau

Jeudi 3 novembre 2016, un canular tourné plus tôt est diffusé pendant "La grande rassrah", une autre émission présentée par Cyril Hanouna. Dans la séquence, l'animateur piège son chroniqueur Matthieu Delormeau en poussant un homme dans des escaliers, lui faisant croire à sa mort. Pendant de longues minutes, le chroniqueur pense avoir assisté à la mort de cette personne et tente de convaincre Cyril Hanouna de se rendre à la police (ce que ce dernier refuse, préférant accuser Matthieu Delormeau). Si l'homme qui jouait le mort finit par reprendre connaissance, le chroniqueur n'apprend que le lendemain qu'il s'agissait d'une blague et termine en larmes sur le plateau de l'émission.

Une nouvelle limite est franchie, estime le CSA. "Quand l'humour se transforme en humiliation, la loi nous demande de mettre un terme à ce genre de dérapages", commente l'une de ces membres, Sylvie Pierre-Brossolette. Le gendarme de l'audiovisuel saisit un rapporteur indépendant, première étape d'une procédure qui peut aboutir à des sanctions. Sont notamment étudiés l'épisode du canular, la séquence du baiser sur la poitrine de la jeune femme, ainsi qu'une séquence dans laquelle Cyril Hanouna insulte en plateau Matthieu Delormeau.

Nouvelle procédure de sanctions après la "main sur le sexe"

Un mois plus tard, le 8 décembre, le CSA est à nouveau appelé à se pencher sur le cas Hanouna. La séquence signalée concerne cette fois une vidéo tournée hors antenne et diffusée dans une rubrique de l'émission intitulée "les questions en 4/3". Ces images montrent l'animateur poser les mains de la chroniqueuse Capucine Anav sur des parties de son corps. Les yeux bandés, la jeune femme doit deviner les membres qu'elle touche : son torse, son épaule et enfin ses parties intimes. Sur le plateau, une autre participante de l’émission demande à Capucine Anav si Cyril Hanouna lui a "mis la main sur le sexe". "Comme d’hab", répond-elle.

"De nombreux signalements concernant la chaîne C8 ont été effectués ces derniers jours. Le CSA instruira le dossier prochainement", rapporte l'instance sur Twitter dès le lendemain. Le 22 décembre, le Conseil déclare avoir engagé une nouvelle procédure de sanction contre la chaîne, saisissant le rapporteur indépendant du Conseil d'Etat au motif que "Touche pas à mon poste" véhicule des préjugés sexistes et une image dégradante de la femme. "D'habitude nos avertissements suffisent. Mais là, au contraire, Hanouna joue la surenchère la provocation", remarque une porte-parole du CSA.

Record de plaintes après la diffusion d'un canular jugé homophobe

"Bonjour, je me présente, Jean-José, 1m85, très sportif et super bien monté." Jeudi 18 mai 2017, l'animateur s'amuse à piéger des homosexuels en postant une fausse annonce sur un site de rencontres, où il se fait passer pour un jeune homme en quête de partenaire. Ses interlocuteurs téléphoniques atterrissent en fait sur le plateau de "Touche pas à mon poste", avec un Cyril Hanouna prenant une voix efféminée. Au milieu des rires étouffés des chroniqueurs, l'animateur cherche à ridiculiser son interlocuteur, qui ne sait pas que cette conversation intime est en réalité écoutée par plus d'un million de téléspectateurs.

Jugée homophobe, la séquence a immédiatement suscité l'indignation de certains télespectateurs. "C'est drôle, Hanouna, de piéger des homos dans ton émission ?" l'interpelle un journaliste sur Twitter. "Ça rappelle pas du tout la flippe de tomber, lors d'un rencard, sur un faux profil homophobe qui veut nous buter", ajoute un autre utilisateur. "Il est temps d'agir, l'homophobie tue", s'alarme un troisième, tandis qu'en quelques heures, le CSA reçoit plusieurs milliers de plaintes. La procédure d'instruction a été ouverte et devrait prendre quelques semaines. 

Si l'animateur se défend de toute homophobie, l'Association des journalistes LGBT avait constaté, en visionnant l'émission pendant une durée d'un mois, que l'homosexualité y avait été abordé 42 fois en 20 émissions, le plus souvent, sur le ton de "la blague de mauvais goût".

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.