"Après la séquence des revendications, il faut la séquence de la réouverture" des théâtres, estime la directrice de La Criée à Marseille

Le théâtre de La Criée à Marseille est toujours occupé. Macha Makeïeff souhaite sur franceinfo la réouverture des théâtres pour retrouver "le lien social".

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Radio France
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Macha Makeïeff, directrice du théâtre de La Criée à Marseille, le 16 novembre 2018. (GERARD JULIEN / AFP)

"Après la séquence des revendications, il faut la séquence de la réouverture" des théâtres, a déclaré mercredi 19 mai sur franceinfo Macha Makeïeff, directrice du théâtre de La Criée à Marseille. Alors que son théâtre est toujours occupé, elle souligne "qu'à l'intérieur des œuvres aussi se disent des choses d'une puissance incroyable" avec un "regard sur ce monde". Macha Makeïeff souhaite aussi la réouverture des théâtres pour retrouver "le lien social" et pour "le partage de l'imaginaire" sans lequel "nous devenons fous, repliés sur nous-mêmes et dans la méfiance de l'autre."

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franceinfo : le Théâtre de la Criée est toujours occupé, notamment par des intermittents, vous appelez désormais à son évacuation, pouvez-vous vous en sortir seule ?

Macha Makeïeff : non, certainement pas. On est une collectivité, on a des édiles et c'est ensemble qu'on va pouvoir sortir de cette situation. Il le faut, il y a une urgence. Je pense, par exemple, à un lieu alternatif pour les personnes qui veulent prendre soin des autres et avoir des revendications. Je ne reviens pas sur la séquence des revendications et de l'occupation, je n'ai pas de jugement à porter sur la parole des autres. Mais je pense qu'après cette séquence des revendications, il faut la séquence de la réouverture. Parce qu'à l'intérieur des œuvres aussi, des œuvres notamment de théâtre mais aussi dans la musique, se disent des choses d'une puissance incroyable. Il faut vraiment faire entendre ce que les artistes d'aujourd'hui, d'hier, de maintenant, dans des formes extrêmement diverses, disent de ce monde et de l'état du monde. La part de l'imaginaire et la puissance de la fiction et de la représentation prend le relais de ce regard sur le monde. Moi, je suis là pour dire que maintenant il est temps d'entendre les artistes. Il est le temps de voir la beauté des métiers de nos théâtres. Il est le temps que les intermittents, que tous nos régisseurs qui font si bien la lumière et le son reviennent sur nos plateaux. Dans le théâtre, dans la production d'une œuvre et dans la représentation d'une œuvre, il y a une transcendance sans laquelle on ne peut plus vivre.

Ces derniers mois, vous avez été actifs auprès des jeunes, cela a-t-il été essentiel pour vous ?

Oui, ça fait partie de la mission de ce théâtre dans la ville, depuis des années toute l'équipe travaille dans ce sens-là. On travaille à la fabrique de la première fois : la première fois au théâtre, la première fois à un beau spectacle, la première fois à un concert. Et chaque fois, notre public s'ouvre, c'est du travail fil à fil, on brode les uns avec les autres. C'est ce qu'on a fait avec "Rêvons au théâtre" tout l'été dernier, [une opération portes ouvertes] qu'on veut absolument reprendre.

"C'est pour ça aussi qu'il faut rouvrir le théâtre, bien sûr pour les artistes, bien sûr pour les intermittents, bien sûr pour l'art, pour la marche de l'exercice de nos métiers, mais c'est aussi parce que nous créons un lien social."

Macha Makeïeff, directrice du théâtre de La Criée à Marseille

à franceinfo

Dans un théâtre on a le partage de l'imaginaire, le partage de l'acceptation d'un anonyme qui s'assoit à côté de vous, le face à face, le côte à côte, la part de l'imaginaire auquel nous avons tous droit et sans lequel nous devenons fous, repliés sur nous-mêmes et dans la méfiance de l'autre. C'est pour cela qu'il faut rouvrir le théâtre et que chaque instant qui est perdu, c'est des enfants qui sont perdus. Nous, on fait énormément de choses pour la jeunesse, pour les enfants, pour les étudiants. Nous avons une vraie fonction dans ville.

En ce mercredi de déconfinement, avez-vous l'impression de retrouver votre ville de Marseille ?

Oui, il y a une effervescence, nous on aime échanger à Marseille, on aime parler, c'est beaucoup plus simple de s'adresser la parole, on se regarde plus volontiers, il y a quelque chose de beaucoup plus simple dans la relation humaine, beaucoup moins de protocole. Et il y a ce mélange de pudeur immense et de jubilation à être ensemble dans cette ville. Quand je viens à La Criée à pied, je vois des gens avec des destins, on peut s'arrêter face à face, échanger quelque chose, repartir. Tout le monde a droit à sa place autour de la table.

Et avez-vous l'impression d'avoir été privée de ça pendant des mois ?

Bien sûr, il y avait quelque chose d'assez silencieux. Ça ne marche pas à Marseille, ce silence. C'est vrai que j'entendais les oiseaux, cet espèce de cliquetis magnifique, mais la parole ici est tellement importante, c'est une ville de l'oralité, une ville de l'échange, du regard, de la lumière. Alors évidemment, la contemplation de la lumière, nous l'aurons toujours, même si on nous faisait taire.

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