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Le Loto du patrimoine ne doit pas dédouaner "l'État et les collectivités de faire leur travail"

Alexandre Gady, président de l’association Sites et Monuments, a expliqué, lundi sur franceinfo, que si le Loto du patrimoine était une solution "positive", ce n'était pas "suffisant".

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Le couvent Saint-François, ici photographié en 2010, est situé au cœur du cap Corse, à Pino (Haute-Corse), commence à se faire trop vieux. La construction du bâtiment religieux a été lancée dès 1486 par des moines de l'ordre des Observants. En 1720, les Franciscains agrandissent la bâtisse. Le couvent est abandonné en 1967. Puis, en 2014, la mairie rénove la toiture en lauze. Aujourd'hui, la façade est en trop mauvais état et doit bénéficier de travaux d'urgence. (NICOLAS THIBAUT / PHOTONONSTOP)

Le Loto du patrimoine a été lancé, lundi 3 septembre, pour restaurer des monuments historiques en péril. Cette solution de financement est "positive" pour Alexandre Gady. Interrogé lundi soir sur franceinfo, le président de l’association Sites et Monuments et professeur d’histoire de l’art moderne à la Sorbonne estime que "cela met de la lumière sur le patrimoine"; mais souligne que "ce n'est pas suffisant et que cela ne dédouane pas l'État et les collectivités de faire leur travail".

franceinfo : 270 monuments ont été retenus pour bénéficier de ces fonds. Est-ce une bonne solution ?

Alexandre Gady : C'est une solution que l'on réclamait depuis de nombreuses années. Il faut distinguer deux choses. Il y a la part positive. Cela met de la lumière sur le patrimoine. Stéphane Bern l'a fait tout à fait favorablement. Cela donne aussi un caractère très populaire à une cause qui est vraiment nationale. C'est bien que l'on sorte des costumes gris. En revanche, il faut marquer que ce n'est pas suffisant et que cela ne dédouane pas l'État et les collectivités de faire leur travail, parce que le patrimoine, c'est une cause régalienne. On ne pourra jamais vider la mer avec des petites cuillères.

Il ne faudrait pas que ce soit un cache-misère ?

Ce sont des financements publics. Cela dure comme cela depuis le règne de Louis XVIII. Première ligne budgétaire en France en 1819. Ce n'était rien du tout. Aujourd'hui, c'est une somme importante. Mais au regard du patrimoine français qui est très divers, très riche, très important, c'est trop peu.

Oui au patrimoine avec le Loto, mais oui au patrimoine d'abord abondé correctement par l'État et les collectivités.

Alexandre Gady

On est dans une épure entre 325 et 340 millions d'euros par an. Derrière, cela veut dire beaucoup de propriétaires privés et beaucoup de propriétaires publics. Cela veut dire beaucoup de main d'œuvre, beaucoup de travail, beaucoup de savoir-faire. Dès qu'il y a du yoyo dans le patrimoine, les budgets baissent ou montent et cela provoque des catastrophes en chaîne sur le terrain.

Est-ce que ce Loto du patrimoine n'est pas une façon de dire : "On ne veut pas mettre d'argent, mais si les gens veulent jouer cela sauvera des monuments" ?

C'est une version que l'on peut qualifier de cynique et on espère que personne n'est cynique dans le gouvernement actuel. En revanche, ce sont des choix politiques lourds. Nous avons fait ce choix au XIXe siècle de prendre une partie du passé sur notre dos, de l'intégrer dans notre présent et dans notre modernité. C'est ce qui nous distingue de beaucoup d'autres pays. Officiellement, vous ne trouverez pas d'homme politique pour dire : "Je suis contre le patrimoine." Quand il s'agit de faire des projets absurdes pour lesquels on trouve toujours des centaines de millions d'euros… Je veux parler de l'incroyable facture qu'on nous annonce pour le Grand palais qui est un équipement au cœur d'une ville suréquipée, Paris. On nous annonce tranquillement 450 millions de travaux dans un monument qui est déjà entièrement restauré. Cela, c'est le problème de la défaillance du ministère de la Culture et spécifiquement de la défaillance de l'actuelle ministre de la Culture qui ne fait pas du tout son travail.

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