La Tunisie s'oppose à une vente aux enchères à Paris d'objets de son patrimoine, sortis illégalement pendant le confinement

Ces pièces, dont des manuscrits du XVIIIe et du XIXe siècles, sont sortis de Tunisie en mars, sans autorisation officielle, pour être vendus à Paris. Une enquête a été lancée.

Le bey au Palais du Bardo à Tunis, dans les années 1910
Le bey au Palais du Bardo à Tunis, dans les années 1910 (MARY EVANS / SIPA)

Les autorités tunisiennes ont annoncé mardi qu'elles enquêtaient sur la sortie du pays sans autorisation d'objets du patrimoine de l'époque beylicale, dont des manuscrits du XVIIIe et XIXe siècles, mis à la vente aux enchères à Paris.

Cent quatorze pièces d'"une grande valeur historique ont été sorties dans la deuxième quinzaine de mars 2020, sans aucune autorisation officielle et en plein confinement dans le pays", a révélé mardi à l'AFP Faouzi Mahfoudh, le directeur de l'Institut national du patrimoine. Ces objets "n'appartiennent à aucun musée de l'Etat" : il s'agit de "propriétés privées" appartenant aux descendants d'un dignitaire beylical, a-t-il affirmé.

La collection d'un ministre du bey

Sous le titre "Collection d'un dignitaire de la Cour du beylicale", ils sont mis en vente par une maison de ventes parisienne le 11 juin via le site d'enchères de Drouot, institution du marché de l'art.

Tenues d'apparat du début du XXe, manuscrits religieux et de poésie, correspondances officielles : ces objets sont ceux de Lahbib Djellouli (1857-1957), ancien ministre de la Plume et de la Justice du bey, le souverain tunisien, transmis à son fils Ahmed, décédé en 2011.

On y trouve notamment un coran ayant appartenu à Mohamed el-Moncef Bey (1881-1948), bey de Tunis destitué en 1943 et avant-dernier représentant de la dynastie husseinite. Il y a aussi la copie originale d'un ouvrage de référence sur cette dynastie, Ithaf ahl al-zaman bi akhbar muluk Tunis wa 'ahd el-aman (Présent des hommes de notre temps. Chroniques des rois de Tunis et du pacte fondamental), rédigé par Ahmed Ibn Abi Dhiaf, un historien et homme politique tunisien (1804-1874).

Une première plainte déposée

"Les autorités (tunisiennes) doivent faire le nécessaire pour arrêter cette vente, parce que ces objets ont une valeur inestimable et font partie de l'histoire du pays", a souligné Faouzi Mahfoudh. Selon lui, le service tunisien de lutte contre le trafic archéologique a lancé une enquête mardi, et l'Institut national de patrimoine, qui a été alerté sur cette affaire dimanche, déposera "bientôt" une plainte auprès du procureur général de Tunis.

La direction de cet institut a alerté l'ambassadeur de Tunisie à l'Unesco, Ghazi Ghrairi, la Tunisie étant dépourvue d'ambassadeur en France depuis plusieurs mois. "Je ne céderai pas ces objets pour tout l'argent du monde", a confié Faouzi Mahfoudh.