"On se remet petit à petit" : à Saint-Eustache, la messe de Pâques donne du baume au cœur des fidèles après l'incendie de Notre-Dame

Quelque 2 000 personnes ont assisté à la célébration dans cette église du 1er arrondissement de Paris, voisine de la cathédrale meurtrie.

Quelque 2 000 personnes ont assisté à la célébration de Pâques en l\'église Saint-Eustache de Paris, dimanche 21 avril 2019.
Quelque 2 000 personnes ont assisté à la célébration de Pâques en l'église Saint-Eustache de Paris, dimanche 21 avril 2019. (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

"Nous voulons sauver la cathédrale." L'archevêque de Paris, Michel Aupetit, a célébré la messe de Pâques devant 2 000 fidèles en l'église Saint-Eustache, dimanche 21 avril, au cours d'une célébration marquée par le récent incendie de Notre-Dame de Paris. Peu avant l'office, une longue file d'attente se déroulait encore dans le jardin des Halles et de nombreuses personnes ont dû rebrousser chemin, faute de place. Qu'ils soient fidèles ou touristes, tous ont répondu à l'appel de la paroisse des Halles, qui accueillait pour l'occasion sa voisine meurtrie.

"Un signe d'espérance"

"La semaine a été éprouvante. On se remet petit à petit", concède notamment Thibault Verny, vicaire général du diocèse de Paris, qui a vécu l'incendie "comme une sidération et un traumatisme". De l'abattement ? Sans doute, mais sa visite des lieux, mardi matin, a toutefois constitué un "signe d'espérance pour cette œuvre d'art et ce lieu de foi". Originaire de la Manche, un autre fidèle fait part de son soulagement, car les cloches de Notre-Dame, conçues dans la ville normande de Villedieu-les-Poêles, semblent hors de danger.

Même son de cloche pour Angélique, qui avait pour habitude de fréquenter Notre-Dame. Mais au-delà de la pierre, cette croyante s'interroge aussi sur le sort des hommes, ces "sacristains [préposés à l'entretien] et bénévoles dont on parle très peu".

Après l\'incendie de Notre-Dame, de très nombreux fidèles ont souhaité assister à la messe de Pâques célébrée en l\'église Saint-Eustache, à Paris, dimanche 21 avril. 
Après l'incendie de Notre-Dame, de très nombreux fidèles ont souhaité assister à la messe de Pâques célébrée en l'église Saint-Eustache, à Paris, dimanche 21 avril.  (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)

Une autre habituée de l'illustre cathédrale – "J'allais à la messe le jeudi, il y avait peu de monde, comme dans une petite église" – exprime à la fois un "manque spirituel et patrimonial", une formule qui résume le sentiment commun des nombreux fidèles de Saint-Eustache. "La question s'est posée lundi. Qu'est-ce qui le plus précieux, la cathédrale, le Trésor ou la miette de pain ?", s'est interrogé l'archevêque Michel Aupetit, en référence à l'hostie de la communion. Mais son homélie a rapidement évacué toute compétition entre le fond et la forme, entre la "miette qui est le corps du Christ" et l'irremplaçable legs d'une cathédrale façonnée comme un "écrin magnifique".

Applaudissements nourris pour les pompiers

L'archevêque a notamment rendu hommage aux bâtisseurs de la cathédrale, "qui ont uni génie humain et grâce divine", et aux sapeurs-pompiers intervenus à Notre-Dame, qui ont réussi à "sauver l'essentiel". Il leur a d'ailleurs adressé un hommage original, en leur remettant un lectionnaire sauvé des flammes, lundi soir. Cet ouvrage imposant, composé de textes religieux, porte encore les stigmates du sinistre. "Il est encore tout abîmé, plein de cendres, et sans doute marqué par l'incendie", a expliqué Michel Aupetit au moment de le remettre au général Jean-Claude Gallet, commandant de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. "Vous l'avez sauvé et je voulais vous le remettre."

Vos hommes ont pu sauver bien des choses dans la cathédrale, mais ils ont aussi sauvé un objet qui est pour nous précieux, c'est ce lectionnaire, cette parole de Dieu.Michel Aupetit, archevêque de Parislors de la messe de Pâques

Cet épisode a immédiatement déclenché une salve d'applaudissements nourris pendant de longues secondes, un acte inhabituel et spontané qui résume le caractère particulier de cette célébration. La messe s'est également terminée par une liste de remerciements aux principaux officiers, nommément cités, ainsi qu'à Nathalie Loiseau, à la maire Anne Hidalgo et aux élus locaux. Une manière de tourner la page après une semaine médiatique particulièrement chargée pour les femmes et les hommes d'Eglise. Une manière, également, d'aborder le futur de la reconstruction, dont il n'a pas été question durant la célébration.

"La cathédrale n'est pas perdue", se persuade Michel. Ce fidèle doit pourtant se reprendre quand il évoque Notre-Dame de Paris à l'imparfait. Ironie du sort, il se trouvait lundi soir à la maison de Victor Hugo quand le feu a éclaté, puis il a filé sur place afin de mesurer l'étendue des dégâts. Cette messe de Pâques est l'occasion pour lui de faire le plein d'optimisme, mais aussi d'insister sur le sérieux des futurs chantiers. "Au-delà de ce qu'elle représente pour les chrétiens, la cathédrale est aussi un symbole de culture et de civilisation, fait-il valoir. Il est important que ces éléments du patrimoine demeurent comme témoin pour les générations futures."