Au Château de Versailles, le Jardin du Parfumeur titille l’odorat des visiteurs entre iris, rose et lavande

Plus de 300 plantes fleurent bon dans le Jardin du Parfumeur. Ouvert au public depuis le début de l’été, il se découvre uniquement en visite guidée.
Article rédigé par Léa Beaudufe-Hamelin
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 3 min
Au Jardin du Parfumeur, au château de Versailles, les visiteurs découvrent plus de 300 variétés de végétaux odoriférants. (Léa Beaudufe-Hamelin)

Du château de Versailles, on connaît ses immenses jardins tout en perspective et en symétrie. Mais il en est un plus intime, qui dévoile ses secrets et surtout… ses odeurs. Au cœur du vaste domaine du Trianon, derrière une porte en bois dérobée, se cache le Jardin du Parfumeur, ouvert au public depuis le début de l’été. Dans cet espace clos, anciennement pépinière puis potager, plus de 300 variétés de végétaux odoriférants embaument et recouvrent les parterres.

Fleur senteur café

Celles-ci n’ont certainement pas été choisies au hasard. Les jardiniers du château ont travaillé en collaboration avec la maison Francis Kurkdjian, parfumeur mécène du projet, depuis novembre 2021. "Nous avons l’habitude de travailler à partir du visuel des fleurs, mais prendre en compte leur odeur donnait encore plus d’épaisseur à notre travail, révèle Fulvia Grandizio, jardinière d’art. Nous avons cherché de jolies plantes, avec un intérêt du point de vue du parfum." Sur les platebandes se côtoient donc les incontournables utilisés en parfumerie, comme la lavande, la rose, l’iris ou l’immortelle, dont l’odeur évoque le café. Sur le parterre de tagètes, plantes aux couleurs orangées, l'une exhale le pamplemousse, une autre la réglisse ou encore l’anis.

Au cœur du domaine du Trianon, le Jardin du Parfumeur s'établit autour de l'orangerie de Châteauneuf. (Léa Beaudufe-Hamelin)

Ce mardi 18 juillet, un petit groupe d’une dizaine visiteurs s’aventure dans le Jardin du Parfumeur, qui ne se découvre qu’en visite guidée. "C’est très bucolique et très bien entretenu, se réjouit Georges, septuagénaire passionné par les plantes. On découvre un autre côté de Versailles, j’ai l’impression d’être derrière le décor, dans le monde de ceux qui travaillaient pour l’agrément du roi."

Les nez s’approchent des fleurs. Un curieux se penche vers le lys, évidemment présent Versailles oblige, "ça sent bon". Mais cette fleur royale est "muette" : on ne peut pas en extraire d’essence pour en faire du parfum. "Le jardin est une vitrine de plantes utilisées en parfumerie, mélangées avec d’autres plantes parfumées qui ne sont pas utilisées pour le parfum", explique Fulvia Grandizio. Les jardiniers du château ont également choisi des fleurs pour leur esthétique ou leur symbolique historique, comme le bleuet, apprécié par Marie-Antoinette.

Il était une fois les parfums à Versailles

Car la visite du Jardin du Parfumeur est aussi l’occasion de découvrir l’histoire des fragrances au château du Roi Soleil. "Les parfums étaient omniprésents à Versailles", relate Juliette Brochet guide-conférencière, mais leur usage était bien différent de celui d’aujourd’hui. Sous le règne de Louis XIV, ils servaient à masquer les mauvaises odeurs corporelles. La toilette était « sèche », puisque l’eau était soupçonnée de transmettre des maladies. Faits à partir de matières premières animales comme le musc ou l’ambre, les parfums étaient alors très puissants. "Ça devait être infect tous ces mélanges", réagit un visiteur amusé. L’hygiène progressant, les parfums se sont adoucis et perfectionnés. Louis XV appréciait l’eau de Cologne. Marie-Antoinette aimait les roses, c’est bien connu, elle aimait aussi leur odeur florale. Si bien que lors de la fuite à Varennes, elle emporta avec elle un petit flacon d’essence de rose.

Lors de l'atelier, les visiteurs découvrent notamment le parfum de la bergamote (à gauche) ou des rhizomes d'iris (à droite). (Léa Beaudufe-Hamelin)

La visite s’achève par un atelier pour exercer son nez. Boutons de fleurs, fruits, bois et résines… une dizaine de bonbonnes en verre renferment des trésors de parfumerie fournis par la maison Francis Kurkdjian. Tour à tour, les visiteurs hument les fragrances et partagent ce qu’elles leur évoquent. "Le quatre-quarts de ma grand-mère", "le baume à lèvres", "la vanille" : il s’agit en réalité de bergamote, agrume que l’on retrouve dans le thé Earl Grey. Nicolas, Versaillais âgé de 43 ans, repart le sourire aux lèvres : "L’atelier était très sympa et les odeurs bien sélectionnées." Ouvert tout l’été, le Jardin du Parfumeur est parti pour durer. "On espère encore l’améliorer et offrir des nouveautés", souffle Fulvia Grandizio. Pour le plaisir des yeux et du nez.

Le Jardin du Parfumeur, au Château de Versailles tout l’été. Sur réservation en visites-ateliers pour le grand public ou les familles, ou en visite guidée dans les jardins de Trianon.

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