Quatre choses à savoir sur Nick Conrad, ce rappeur qui fait encore polémique avec son clip "Doux pays"

Au mois de septembre 2018, le chanteur avait déjà fait parler de lui avec un morceau intitulé "Pendez les Blancs".

Le rappeur français Nick Conrad au tribunal lors de son procès à Paris, le 9 janvier 2019.
Le rappeur français Nick Conrad au tribunal lors de son procès à Paris, le 9 janvier 2019. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

"J'ai baisé la France jusqu'à l'agonie". Dans son nouveau titre Doux pays, en référence à la Douce France de Charles Trenet, le rappeur Nick Conrad vise ceux qui avaient critiqué son précédent morceau, Pendez les Blancs. Ce titre, qui avait suscité la polémique, lui avait valu une amende avec sursis. A 35 ans, le rappeur, originaire de la cité du Champy Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), refait donc parler de lui, puisque Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, a annoncé dimanche 19 mai avoir saisi la justice

Une sortie de l'anonymat par la polémique

Avant la sortie du clip de Pendez les Blancs, la carrière de rappeur de Nick Conrad se déroule dans l'anonymat. Entre 2008 et 2017, il sort cinq albums : The Magnificent Way (2008) et sa réédition deux ans plus tard, Lil' Mama (2014), Saphir noir (2016) et Tempête Subsaharienne (2017). En 2015, il sort le clip de son titre 130 Cercueils, en hommage aux victimes du Bataclan. Quatre ans plus tard, il compile un peu plus de 10 000 vues sur sa chaîne YouTube. Ses freestyle rassemblent à peine le millier de visionnages. S'il passe sur France Ô en 2010, sous le pseudo de Nixon avec la chanson Microphone Master, il a pourtant du mal à percer. Le clip de ce morceau avait été réalisé avec le concours de la mairie de Noisy-le-Grand, indique Le Figaro (pour abonnés). 

Huit ans plus tard, Nixon est devenu Nick Conrad et, début septembre, il fait la promo sur Twitter de son clip Pendez les Blancs. Le 17, la vidéo sort et ne récolte que quelques centaines de vues, raconte Le MondeTournée à Noisy-Le-Grand (Seine-Saint-Denis), la vidéo, d'une durée de plus de neuf minutes, s'ouvre sur une scène où le rappeur allume un cigare en toute décontraction, avec, en arrière-plan, un homme blanc pendu qui se balance au bout d'une corde. Dans ses paroles, Nick Conrad appelle à tuer "des bébés blancs" dans les crèches. "Attrapez-les vite et pendez leurs parents, écartelez-les pour passer le temps, divertir les enfants noirs de tout âge petits et grands", poursuit-il.

Mais la provocation tombe à plat, malgré le soutien de Dieudonné. Il faut que le clip soit repéré par l'extrême droite pour qu'il fasse parler de lui et que la machine médiatique s'emballe. Le gouvernement réagit et la plupart des personnalités politiques réagissent, de Benjamin Griveaux, alors porte-parole du gouvernement, à Bruno Retailleau, sénateur des Républicains, en passant par Marine Le Pen, présidente du RN.

Face à l'ampleur des réactions, le rappeur se justifie. Sur RTL, il affirme que son clip n'est en rien un appel à la haine. Au contraire, selon lui, "c'est un message d'amour en profondeur". "J'ai décidé d'inverser le système de manière à ce que tout le monde, Blancs et Noirs, se rende compte de la situation qui nous marque tous", explique-t-il. "Pour moi, le choc était voulu, nécessaire, mais pas à un tel niveau. Les gens n'en retiennent que le négatif, ils surfent dessus", développe-t-il dans une interview au Parisien. Cette polémique lui fait perdre son emploi de réceptionniste dans un hôtel de luxe parisien, indique Libération. Mais malgré cette soudaine exposition, sa notoriété ne décolle pas vraiment. Et au 20 mai 2019, sur Spotify, seuls 766 auditeurs l'écoutent chaque mois.

Une condamnation pour provocation au crime

Pour Pendez les Blancs, l'artiste a été condamné, le 19 mars, à une amende de 5 000 euros avec sursis. Le tribunal correctionnel de Paris l'a jugé coupable de provocation au crime. La peine est conforme à ce qu'avait requis le parquet début janvier. Il devra payer 1 000 euros de dommages et intérêts à chacune des deux associations parties civiles, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) et l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif).

Lors de son procès, il avait défendu une œuvre revendicative, réaliste mais fictionnelle et truffée de références à des films comme American History X, qui explore les origines du racisme et de l'extrémisme aux Etats-Unis. Il s'agit d'une dénonciation du racisme au travers de l'évocation "à l'envers" de l'esclavage, des lynchages subis par les Noirs, avait-il assuré. Quelques jours après sa condamnation, le rappeur a sorti son sixième album, Révolution 2.0, contenant le titre Doux pays qui le place à nouveau dans l'œil du cyclone.

Une enfance bercée par la musique

Nick Conrad est né le 4 novembre 1983 en France et fait partie d'une fratrie de trois, écrit Libération dans un portrait. Son père, diplomate au Cameroun, avec le swag (le style) de "Denzel Washington dans Unstoppable" décrit Nick Conrad, débarque en France à la fin de la décennie 70. Une fois en France, le paternel perd son emploi à cause de "problèmes nationaux". Enfant, Nick Conrad est élevé dans un univers familial où la musique tient une large place. Le père est mélomane et lui fait découvrir le jazz (Duke Ellington, Nat King Cole),  la soul et la musique africaine. 

A l'âge de 6 ans, il intègre le conservatoire et s'essaie aux cuivres (saxophone, tuba). "Cela n'a pas duré, j'en ai fait quatre ou cinq ans", retrace-t-il dans une interview au Podcast "Le Tchip". L'enseignement classique (Brahms, Beethoven, Mozart) n'est pas sa tasse de thé. Le jeune garçon veut faire du jazz. Mais quelques années plus tard, il a une révélation en écoutant Bouge de là (1990) du rappeur Mc Solaar. Il se tourne définitivement vers le rap quand il écoute l'album The Main Ingredient de Pete Rock et C.L. Smooth (1994). "Lorsque je l'ai écouté, je reconnaissais tous les samples des chansons que mon père écoutait", explique-t-il.

Une maladie qui l'a mené à l'écriture

Nick Conrad souffre de la drépanocytose, une maladie génétique qui touche 50 millions de personnes dans le monde, qui affecte l'hémoglobine des globules rouges et provoque des crises douloureuses. Adolescent, alors qu'il est plusieurs fois alité, il trouve du réconfort dans les mots. "J'ai écrit mon premier texte le 4 janvier 1994 sur mon lit d'hôpital. J'avais besoin d'exprimer ce que j'avais sur le cœur, ce que je vivais sur le moment", raconte-t-il à Libération.

Cette maladie va l'empêcher de suivre correctement sa scolarité ajoute-t-il au micro du "Tchip". "Ma mère ne pensait pas que j'allais atteindre les 30 ans", révèle-t-il dans Libération. "J'ai fait des grosses crises, je me suis retrouvé très souvent hospitalisé", avoue-t-il. "Ma maladie m'a amené à voir des choses, ça fera un peu prétentieux de dire cela, que le commun des mortels n'a pas vues. La mort a failli m'emporter par trois fois, donc j'ai un rapport à la vie qui est immédiat, qui est très direct".