Cinq choses apprises sur la chanteuse Billie Eilish dans le documentaire "The World's a Little Blurry"

Le documentaire sur la chanteuse Billie Eilish, disponible sur Apple TV depuis vendredi, offre une proximité rare avec cette jeune icône générationnelle et nous en apprend beaucoup en 2h20. A la fois sur elle, et sur ce qu'il faut de talent, d'atouts et d'endurance pour parvenir au sommet à un âge si précoce.

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France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
La chanteuse américaine Billie Eilish sur scène au festival de Glastonbury (Angleterre) le 30 juin 2019. (SAMIR HUSSEIN / WIREIMAGE / GETTY)

Qui est Billie Eilish ? Qui se cache derrière la jeune icône générationnelle à laquelle des millions de "millénials" du monde entier s'identifient ? Tous ceux qui aiment ses chansons et ont cherché à en savoir plus ont l'impression de connaître déjà la chanteuse au succès planétaire couronnée de cinq Grammy Awards en janvier 2020 à l'âge de 18 ans. Le documentaire Billie Eilish : The World's a Little Blurry de R.J. Cutler, disponible sur Apple TV depuis vendredi 26 février 2021, est l'occasion de l'approcher d'encore plus près.

Ce film, qui la suit durant l'élaboration de son premier album When We Fall Asleep, Where Do We Go ?, sorti en mars 2019, puis pendant la tournée mondiale qui a suivi, est une plongée sensible dans son intimité qui nous en apprend beaucoup sur la psychologie, le parcours et les épreuves, morales et physiques, de cette artiste précoce. 

Attention cet article contient plusieurs spoilers.

1Un rapport empathique aux fans

"Je ne les vois pas comme des fans, jamais. Ils font partie de moi. J’ai les mêmes problèmes qu’eux", explique Billie Eilish dans le film. Sur scène, au public d'ados venus l'acclamer en concert, elle lance "Comment ça va ? Vous DEVEZ aller bien, parce que vous êtes la raison pour laquelle je vais bien", avant de descendre dans la foule et de prendre les fans dans ses bras, une scène qui se répète régulièrement.

"Billie, je t’aime, ta musique m’a sauvé la vie", lui crie une admiratrice. Une autre remarque que lorsqu’elle chante, on sent souvent Billie au bord du sanglot, ce que l’on constate effectivement à l’image. La foule elle-même est en larmes en reprenant ses paroles en choeur, et l’on sent bien qu’il ne s’agit pas d’hystérie mais d’une douleur générationnelle sincère. "Ecouter une chanson qui décrit exactement ce que l’on ressent, c’est le meilleur feeling au monde, ça te donne le sentiment de ne pas être seul.e", analyse Billie Eilish.

Il y a cependant une raison à son empathie pour les fans, que nous révèle le film : elle fut elle-même, vers 10-12 ans, une fan transie, une "Belieber". Elle était si follement amoureuse du chanteur Justin Bieber qu’elle pensait ne jamais pouvoir aimer un autre homme, une perspective qui la dévastait. Cette expérience, elle ne l’a jamais oubliée. Le film est émaillé de moments autour de Justin Bieber, qui demande aujourd’hui à travailler avec elle. Lors de leur première rencontre, fortuite, au festival Coachella, Billie, submergée par l’émotion, finit par se réfugier en sanglotant dans ses bras comme une enfant, elle, la nouvelle icône planétaire.

La jeune chanteuse Billie Eilish serre une fan dans ses bras, le 4 octobre 2019 au festival Austin City Limits (Texas, Etats-Unis). (RICK KERN / WIREIMAGE / GETTY)

2Une cellule familiale hyper présente

On savait que Billie avait été élevée dans un cocon familial préservé, ses parents lui ayant fait l’école à domicile avec son frère Finneas âgé de quatre ans de plus qu’elle. On n’ignorait pas non plus qu’il s’agissait d’un foyer créatif amateur de musique et qu'elle avait composé son premier album dans la chambre de Finneas, complice numéro un, y compris sur scène (il cosigne et produit toutes ses chansons et a d’ailleurs obtenu un Grammy pour la production du disque de sa sœur).

Mais on ne se doutait pas que ses parents, hyper aimants, compréhensifs et attentifs, étaient aussi présents au quotidien dans sa vie, pour ne pas dire omniprésents. Y compris en tournée, toujours là pour la rassurer, la consoler, la protéger. Car Billie, tout en ayant une vision très précise de ce qu’elle veut, doute constamment d’elle-même.

"Nous sommes tous là pour t’empêcher d’avoir envie de détruire ta vie comme tant d’autres l’ont fait dans ta position", résume dans le film sa mère, qui est aussi son manager. "Elle est terrifiée à l’idée que ses chansons puissent être haïes, elle a tant de followers sur internet", remarque son frère Finneas, toujours prêt à l’encourager. Ma famille "est la raison pour laquelle je suis moi", analyse Billie dans le doc. "Ma mère m’a appris à écrire des chansons et mon père à jouer du piano. (…) Notre famille c’est une putain de chanson".

3La dépression, matière première de son art

C’est un fait, Billie Eilish triomphe avec une "pop macabre" (sic), à la fois sombre et lumineuse, pleine de monstres et de recoins obscurs. "On me dit, tu écris des chansons si dépressives. Mais je ne suis pas heureuse, pourquoi écrirais-je sur ce que je ne connais pas ? Je parle de ce que je ressens en tant qu’être humain. Et je ressens les choses de façon intense, alors pourquoi n’en parlerais-je pas ?", se demande Billie dans le documentaire. 

On assiste à un débat avec sa mère, chagrinée qu’elle parle de sauter du toit dans une chanson. "Si je l’écris, c’est pour ne pas avoir à le faire", lui réplique Billie. "Pour être honnête je ne pensais pas arriver jusqu’à cet âge (16 à 18 ans dans le film)", confie-t-elle à la caméra alors qu’elle feuillette de vieux cahiers de notes. Elle désigne alors une double page hantée de dessins inquiétants et de phrases cafardeuses, réalisée selon elle au "pic" de sa dépression, survenue vers 14-15 ans. "J’avais des lames de rasoir planquées dans ma chambre et j’avais constamment les poignets bandés", avoue-t-elle. "Je m’enfermais dans la salle de bains et je me faisais saigner, parce que je pensais que je le méritais".

On ne saura pas l’origine précise de ce mal-être. Sa mère pointe cependant avec lucidité toutes les raisons qu’ont les jeunes d’être démoralisés actuellement (et encore, c’était avant la pandémie) : crise des subprimes qui a précarisé beaucoup de familles aux Etats-Unis, dont la leur, épidémie de consommation d’opioïdes médicamenteux, anéantissement probable de la planète, climat politique terrifiant, raciste et haineux. "La musique de Billie est déprimante mais les jeunes sont déprimés. Ce sont des temps très inquiétants", résume-t-elle. Ce qui n'empêche pas, heureusement, de voir régulièrement la jeune chanteuse rire et sourire.

La jeune chanteuse américaine Billie Eilish discute avec sa mère dans le documentaire "The World's a Little Blurry" de R.J.Cutler. (APPLE TV)

4Corps en souffrance et stress intense

Plus jeune, Billie Eilish voulait être danseuse et s’entraînait intensivement, douze heures par semaine. Une aspiration stoppée net après une blessure à la hanche. Sur scène aujourd’hui, la chanteuse donne des concerts plutôt sportifs, sautant à pieds joints d’entrée de jeu, cavalant, se balançant et tournoyant comme un derviche. L’envers du décor montre cependant combien ses jambes (des crampes au mollet, notamment) la font souffrir, les poches de glaçons et autres seaux de glaces venant souvent éteindre en urgence ses douleurs, en coulisses.

A Paris, à la Cigale, on la voit en baver mais aller jusqu’au bout de ses forces par égard pour son public. Ce n’est pas du chiqué. A Milan, elle se foule la cheville dès l’entrée en scène et pleure autant de douleur qu’à l’idée d’avoir à offrir à ses fans un concert au rabais. Un kinésithérapeute est dépêché à son chevet pour lui prodiguer des massages sur la tournée. "Mon corps est cassé", se désole-t-elle. "Même si je me soigne, même si on me répare, il est cassé à jamais".

Billie souffre depuis toujours d’un syndrome de la Tourette, une affection neurologique qui se manifeste chez elle par des crises de tics incontrôlés que l’on constate à plusieurs reprises dans le film. On mesure aussi combien le stress est son quotidien. La pression est énorme. Ecrire, dit-elle, est une torture, et certains soirs, l'enjeu est tel qu'avoir à monter sur scène la tétanise. Parfois, Billie se cabre, réclame d’avoir des moments à elle, refuse de serrer la pince et faire risette à tous ces inconnus de l’industrie que ses proches la pressent d’aller saluer après ses shows épuisants. "Billie, Billie, Billie, c’est tout ce que j’entends toute la journée, tous les jours de ma vie", proteste-t-elle.

La chanteuse américaine Billie Eilish sur scène à Milan (Italie) le 31 août 2019, équipée d'une attelle à la jambe droite. (MONDADORI PORTFOLIO / GETTY)

5Un chagrin d'amour tenu secret

Tout en nous embarquant aux premières loges des hauts et bas de sa vie, sur et hors scène, le film maintient toujours la bonne distance. Il parvient cependant à s’immiscer, avec un certain tact, dans un pan caché de son intimité, celui d’une histoire d'amour que Billie avait jusqu’ici maintenue secrète. Une histoire qui l’a consumée et fait souffrir durant une bonne partie du tournage de ce documentaire.

On en sait peu sur cet amoureux, surnommé Q, que l’on aperçoit très brièvement dans le film. Un garçon trop souvent absent, rarement au rendez-vous, qui la fait languir au téléphone et qu'elle décrit comme "autodestructeur". La superstar que tous rêvent d’approcher déguste en silence, rongée de l’intérieur, comme n’importe quelle adolescente en pareille situation.

Vers la fin du film, elle est venue à bout de cette relation frustrante. "Je n’ai pas trouvé quelqu’un d’autre et je n’ai pas cessé de l’aimer", confie-t-elle à ses proches. "J’ai juste passé un peu de temps loin de lui et j’ai réalisé tout ce que je perdais à m’inquiéter de lui sans cesse alors que nous n’avons pas les mêmes aspirations." Un chagrin d’amour qui lui a néanmoins inspiré des chansons d’autant plus bouleversantes à la réécoute.

Billie Eilish sur scène avec son frère, complice et producteur Finneas, dans le documentaire "Billie Eilish : The World's a Little Blurry". (APPLE TV)

"Billie Eilish : The World's a Little Blurry" de R.J.Cutler (2h20) est disponible en exclusivité sur Apple TV depuis vendredi 26 février

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