France Gall était pour Michel Berger "comme un double féminin idéal qu'il se serait inventé"

Invité lundi sur franceinfo, Yves Bigot, directeur de TV5 Monde, journaliste et producteur a côtoyé France Gall et Michel Berger : il se souvient d’un couple fusionnel.  

Michel Berger et France Gall en 1983
Michel Berger et France Gall en 1983 (MAXPPP / MAXPPP)

En 1973, France Gall cherche un nouveau départ et contacte Michel Berger qui écrit alors pour Françoise Hardy et Véronique Sanson. Leur première chanson commune, La déclaration est un tube et trois ans plus tard, elle l'épouse. En près de vingt ans de vie commune, ils ont marqué la musique des années 1970 à 1990, Il jouait du piano debout, RésisteElla, elle l'a, etc.

Le couple a eu deux enfants. L'aînée, Pauline, décède en 1997 de la mucoviscidose, cinq ans après la crise cardiaque qui foudroya son père à l'âge de 44 ans. Yves Bigot, directeur de TV5 Monde, journaliste et producteur, a côtoyé le couple Gall-Berger. "On les appelait les "mimis", a-t-il raconté sur franceinfo, évoquant "un couple idéal". France Gall était "comme un double féminin idéal qu'il (Michel Berger) se serait inventé".

franceinfo : Comment était le couple Gall/Berger ?

Yves Bigot : À la ville, ils étaient un peu considérés comme le couple idéal. On les appelait les "mimis". Ils étaient l'un et l'autre très impliqués dans la vie parisienne, dans la vie de leurs amis, dans la vie des autres musiciens, des autres artistes. Michel notamment avait une très haute vision de la fonction des chanteurs et de ceux qui écrivaient des chansons, fonction sociale par rapport à leur époque, leurs contemporains, leurs concitoyens. Il avait toujours des messages à faire passer et France était évidemment pour lui le véhicule le plus puissant de par son immense popularité. C'était des gens adorables, toujours très sympathiques, vraiment bien élevés, toujours très attentionnés et en même temps des gens très gais, très agréables.

Peut-on vraiment dire que France Gall était le double musical de Michel Berger, lui qui était auteur-compositeur-interprète ?

Elle était le double qu'il avait inventé, qu'il avait conçu en tous les cas, parce que Michel Berger a été le premier, et il est encore aujourd'hui quasiment le seul, véritable producteur au sens américain du terme, c'est-à-dire pas simplement quelqu'un qui réalise vos enregistrements ou qui même écrit ou compose vos chansons mais quelqu'un qui façonne totalement votre personnage, c’est-à-dire qu'il s'occupait aussi de la mise en scène des spectacles de France, il s'occupait aussi des pochettes, des photos, du look, absolument de tout. Et c'est lui qui, après sa première carrière de chanteuse yéyé dans les années 1960, a fait de France Gall la grande sœur et la meilleure amie de toutes les Françaises et les Français de ce moment en lui faisant ce personnage qui était effectivement une extension féminine de lui-même. C'est comme un double féminin idéal qu'il se serait inventé.

Quelques années après la mort de Michel Berger, France Gall s'était retirée de la vie publique, sa dernière apparition remonte à l'an 2000, un duo avec Johnny Hallyday ?

Il faut dire que France Gall a été frappée par le malheur dans les années 1990. D'abord la disparition de Michel Berger puis de leur fille, Pauline. Ce sont évidemment toutes ces choses qui ont poussé France à prendre du recul. Un premier cancer aussi. En même temps, celà lui a aussi permis de maintenir cette image et cette réalité, d'être une chanteuse qui aura toujours été au sommet et qui n'aura pas, comme celà peut arriver parfois, été quelqu'un qui connaît une fin de carrière un peu moins époustouflante. Donc c'est assez beau artistiquement d'avoir su conserver une image d'elle-même absolument nickel.

Au cœur des années rock, 1970-1980, on a beaucoup reproché au tandem de faire de la variété, des bluettes et pourtant, dans les chansons de Michel Berger, il y a des messages politiques ?

Non seulement il y a des messages politiques, humanistes, sociétaux très forts dans les chansons de Michel et portées par France, mais la raison pour laquelle ses chansons ont toujours autant de résonnance aujourd'hui et de sens, c'est justement cette composante "rock" qui existait dans la musique de Michel Berger qui était un fan de rock absolu. Il faut se souvenir qu'il avait quand même fait sa thèse à Nanterre sur le thème de l'exégèse de la pop music et l'étude comparative des deux premiers albums de Jimmy Hendricks donc ce n'était pas quelqu'un qui rigolait avec celà. Et la qualité rythmique, harmonique et du phrasé aussi, qui donnait justement de l'intelligence et de la résonnance à ses paroles, sont la raison pour laquelle les chansons de Michel, qu'elles soient interprétées par lui ou par les interprètes de Starmania d'ailleurs ou par France Gall, n'ont pas vieilli contrairement à beaucoup de productions de l'époque.

Est-ce qu'ils en ont souffert ?

Je ne crois pas que France en ait beaucoup souffert parce qu'elle avait d'abord énormément de succès et puis je pense qu'elle avait la capacité de se moquer de celà. Mais Michel, oui, bien sûr. Il en a souffert terriblement. J'ai passé des heures et des heures et des heures de discussions avec lui, à la radio, à la télé, au téléphone, chez lui, dans des cafés quasi exclusivement sur ce sentiment, sur cette frustration foncière qu'il avait de ne pas être reconnu comme un musicien de rock parce que, pour différentes raisons, mais là c'est l'injustice de la nature, il avait cette voix un peu fluette, un peu haut perchée qui faisait qu'évidemment, il n'avait aucune chance de sonner comme Joe Cocker ou Rod Stewart.