Le guitariste Hugo Lippi grand vainqueur du palmarès 2019 de l'Académie du Jazz

La chanteuse Leïla Martial, le pianiste Laurent Coulondre, le Yes! Trio et le saxophoniste allemand Daniel Erdman figurent parmi les autres lauréats distingués lundi soir à Paris, lors de la cérémonie annuelle de l'Académie du Jazz.

Le guitariste Hugo Lippi à la tête de son quartet (Fred Nardin au piano, Fabien Marcoz à la contrebasse, Romain Sarron à la batterie), le 27 janvier 2020 à Paris, au Pan Piper, durant la cérémonie de l\'Académie du Jazz
Le guitariste Hugo Lippi à la tête de son quartet (Fred Nardin au piano, Fabien Marcoz à la contrebasse, Romain Sarron à la batterie), le 27 janvier 2020 à Paris, au Pan Piper, durant la cérémonie de l'Académie du Jazz (Antoine Piéchaud)

Le palmarès 2019 de l'Académie du Jazz, institution fondée en 1955, a été dévoilé lundi soir au Pan Piper, salle de concert de l'est parisien. Comme la plupart des lauréats étaient présents, la soirée, animée par le facétieux président de l'Académie François Lacharme, a donné lieu à de beaux moments de musique live, avec des groupes au complet venus jouer des extraits des albums primés, mais aussi de jolis moments d'humour.

Hugo Lippi, sixième guitariste lauréat du prix Django Reinhardt

Récompense la plus prestigieuse de l'Académie du Jazz, le Prix Django Reinhardt est revenu lundi soir au guitariste Hugo Lippi, né en 1977. Cet instrument n'a pas été souvent distingué dans cette catégorie depuis la fondation de l'Académie du Jazz, a rappelé François Lacharme, puisque Lippi n'est que le sixième guitariste primé.

Hugo Lippi : "Choices" (Lippi), extrait de "Comfort Zone" (2019)
Né à Portsmouth, en Angleterre, arrivé au Havre à l'âge de deux ans, installé à Paris depuis 1998, Hugo Lippi, guitariste éclectique au son chaleureux, est un musicien très présent sur la scène jazz parisienne. Il s'illustre beaucoup en tant que sideman (aux côtés d'Alain Jean-Marie, Samy Thiébault... ou des chanteuses Sarah MckKenzie, Sarah Lazarus, China Moses...) parallèlement à ses projets personnels. En août 2019, il a sorti son quatrième album en leader, Comfort Zone, à la tête d'un quartette où l'on retrouve le pianiste Fred Nardin, lauréat 2016 du prix Django Reinhardt. Un album dédié à l'accordéoniste Marcel Azzola, disparu en janvier 2019, l'un des musiciens qui lui avaient fait confiance et auquel il a rendu hommage lundi soir, tout comme il a rendu hommage, pour les mêmes raisons, à Michel Legrand et au saxophoniste Yvan Belmondo, tous décédés ces derniers mois.

Leïla Martial, prix du Jazz Vocal

Exaltée, électrique, poétique, Leïla Martial fascine et enchante à chacune de ses apparitions sur scène. Outre son troisième album en leader Warm Canto, enregistré avec ses amis Pierre Tereygeol (guitare) et Éric Perez (percussions), la vocaliste virtuose et compositrice est devenue en 2019 l'une des collabotrices de talent de l'Orchestre national de Jazz (ONJ) de Frédéric Maurin. Avec sa technique parfaite et sa créativité de tout instant, Leïla Martial a totalement séduit, lundi soir, le cinéaste Bertrand Tavernier, éminent érudit jazz, qui a lancé en cours de soirée, au moment de remettre un trophée : "J'ai découvert tout à l'heure Leïla Martial, je me suis dit que j'avais bien fait de venir !"

Leïla Martial, radieuse, au Pan Piper à l\'issue de la remise des prix de l\'Académie du Jazz, le 27 janvier 2020 à Paris
Leïla Martial, radieuse, au Pan Piper à l'issue de la remise des prix de l'Académie du Jazz, le 27 janvier 2020 à Paris (Annie Yanbékian / Franceinfo Culture)

Laurent Coulondre primé pour son hommage à Michel Petrucciani

Il rêvait depuis longtemps de rendre un hommage discographique à Michel Petrucciani, légende du jazz français, disparu en 1999. Le pianiste et organiste Laurent Coulondre a réalisé son vœu en lançant en août 2019, l'année du vingtième anniversaire de la mort du pianiste qu'il admire depuis toujours, l'album Michel on my Mind. Bien lui en a pris, c'est une belle réussite. Laurent Coulondre, 31 ans, a l'art de transformer ses performances au piano en autant d'instants flamboyants et festifs. Il a reçu lundi soir le trophée du meilleur disque enregistré par un musicien français.

Le pianiste Laurent Coulondre à l\'issue de la cérémonie, le 27 janvier 2020 à Paris
Le pianiste Laurent Coulondre à l'issue de la cérémonie, le 27 janvier 2020 à Paris (Annie Yanbékian / Franceinfo Culture)

Le Yes! Trio reçoit le Grand Prix de l'Académie du Jazz

Comme leur nom l'indique, ils sont trois et ils sont authentiquement positifs, habités par une joie communicative ressentie lundi soir dès les premières notes jouées sur la scène du Pan Piper. Le batteur américain Ali Jackson, le pianiste américain Aaron Goldberg et le contrebassiste israélien - établi à New Yok - Omer Avital se connaissent depuis le début des années 90. C'est à New York que ces brillants jazzmen, pointures de la scène jazz américaine, se sont liés d'amitié, tandis qu'un partenariat musical se forgeait de manière épisodique, au fil du temps. Ce n'est qu'en 2009 qu'ils ont enregistré un premier disque ensemble, Yes!. Et c'est grâce au label français participatif Jazz&People que leur bonheur de jouer ensemble éclate à nouveau sur disque avec l'album Groove du Jour.

Yes! Trio : "C'est clair" (Ali Jackson/Aaron Goldberg/Omer Avital)
Du swing impérial, un sens de la mélodie, un respect assumé de la tradition, une maîtrise de l'art du trio, beaucoup de charisme... et les voilà lauréats de l'un des prix les plus prestigieux de l'Académie. Avec émotion, ils ont reçu leur trophée des mains du réalisateur Bertrand Tavernier qui s'est présenté sur scène avec son humour so British et quelques anecdotes désopilantes.

De gauche à droite, le président de l\'Académie du Jazz François Lacharme, le Yes! Trio (Aaron Goldberg, Omer Avital, Ali Jackson) et le cinéaste Bertrand Tavernier sur la scène du Pan Piper, le 27 janvier 2020 à Paris
De gauche à droite, le président de l'Académie du Jazz François Lacharme, le Yes! Trio (Aaron Goldberg, Omer Avital, Ali Jackson) et le cinéaste Bertrand Tavernier sur la scène du Pan Piper, le 27 janvier 2020 à Paris (Antoine Piéchaud)

Daniel Erdmann, musicien européen de l'année 2019

Saxophoniste allemand natif de Wolfsbourg, Daniel Erdmann, 46 ans, est très actif sur la scène européenne depuis une bonne vingtaine d'années. Musicien élégant, original et créatif, il s'illustre depuis seize ans à la tête du trio Das Kapital aux côtés du guitariste et chanteur danois Hasse Poulsen et du batteur français Edward Perraud, parmi de nombreux autres projets et collaborations.

Das Kapital : "Gymnopédie n°1" d'Erik Satie, extrait de l'album "Vive la France" (2019)
En janvier 2019, il a sorti avec Das Kapital l'album Vive la France (Label Bleu), que le trio a défendu avec brio sur scène à travers l'Europe. Il y revisite Ravel, Brassens, Brel et quelques tubes bien connus dans l'Hexagone... Lundi soir, ses deux complices étant absents, il a proposé une performance en duo avec le violoncelliste Vincent Courtois : les deux musiciens et le clarinettiste Robin Fincker lancent le 31 janvier un nouvel album, Love of Life (label La Buissonne), porté par Courtois. 

L'année Boris Vian est lancée

Outre l'intervention mémorable de Bertrand Tavernier et les fameux jeux de mots de François Lacharme, un autre moment d'humour a ponctué la cérémonie. La chanteuse Natalie Dessay, qui s'est orientée ces dernières années vers le jazz et le théâtre, a lu un texte sarcastique que Boris Vian avait écrit sur les amateurs de jazz, et qu'il avait lu lui-même lors de la toute première soirée de l'Académie du jazz. Écrivain et jazzman, Boris Vian, sujet de deux ouvrages primés lundi soir (voir palmarès complet plus bas), sera à l'honneur en 2020, année du centenaire de sa naissance.

Natalie Dessay lit un texte de Boris Vian durant la cérémonie au Pan Piper (27 janvier 2020)
Natalie Dessay lit un texte de Boris Vian durant la cérémonie au Pan Piper (27 janvier 2020) (Antoine Piéchaud)
Autre hommage, celui rendu lundi soir par François Lacharme à deux piliers du jazz en France disparus respectivement en 2019 et début 2020 : André Francis, homme de radio et de télévision, dernier membre fondateur de l'Académie du Jazz, et Jean-Pierre Daubresse, programmateur et journaliste.

Le palmarès complet

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année)
Hugo Lippi (guitariste)
Finalistes : Théo Ceccaldi (violoniste), Leïla Olivesi (pianiste)
(Prix soutenu financièrement par la Fondation BNP Paribas)

Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année)
Yes ! Trio, Groove du Jour (Jazz&People / Pias)
Finalistes : Avishai Cohen & Yonathan Avishai (trompette, piano) Playing the Room (ECM / Universal), Theo Croker (trompette) Star People Nation (Okeh / Sony Music)

Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) Laurent Coulondre (piano) Michel On My Mind (New World Production / L’Autre distribution)
Finalistes : Leïla Olivesi (piano, large ensemble) Suite Andamane (Attention Fragile / L’Autre Distribution), Louis Sclavis (clarinette basse) Characters On A Wall (ECM / Universal)

Prix du Jazz Vocal
Leïla Martial Warm Canto (Laborie Jazz / Socadisc)
Finalistes : Jazzmeia Horn Love & Liberation (Concord Jazz / Bertus), Veronica Swift Confessions (Mack Avenue / Pias)

Prix du Musicien Européen (distingué pour son œuvre ou actualité récente) Daniel Erdmann (saxophone, Allemagne)
Finalistes : Matthieu Michel (trompette, Suisse), Hanna Paulsberg (saxophone, Norvège)

Prix Soul
Mavis Staples (voix, USA) Live in London (Anti- / Pias)
Finalistes : Kelly Finnigan The Tales People Tell (Colemine / www.coleminerecords.com), Michelle David & The Gospel Sessions The Gospel Sessions, vol.3 (Excelsior / V2)

Prix Blues
Jontavious Willis (voix, guitare, USA) Spectacular Class (Kind of Blue Music / www.jontaviouswillis.com)
Finalistes : Atomic Road Kings Clean Up The Blood (Big Tone / www.bigtonerecords.com), Robert Randolph & The Family Band Brighter Days (Provogue / Wagram)

Prix du Meilleur Inédit
Barney Willem Quartet Live In Tokyo ’91 (Elemental Music / Distrijazz)
Finalistes : Paul Bley, Gary Peacock, Paul Motian When Will The Blues Leave (ECM / Universal), Stan Getz Quartet Getz At The Gate (Verve / Universal)

Prix du Jazz Classique
Albert Ammons Complete Work Albert Ammons (1907-1949) Boogie Woogie King (Cafe Society / eurenie@gmail.com)
Finalistes : Three Blind Mice See How They Run (autoproduction / www.threeblindmice.fr), Evan Christopher / Fapy Lafertin A Summit in Paris (Camille Productions / Socadisc), Guillaume Nouaux & The Clarinet Kings (autoproduction / www.guillaumenouaux.com)

Prix du Livre de Jazz
Ex-aequo : Nicole Bertolt & Alexia Guggémos Boris Vian 100 ans (Éditions Heredium), Christelle Gonzalo & François Roulmann Anatomie du Bison — Chrono-biobibliographie de Boris Vian (Éditions des Cendres)
Finalistes : Nicolas Fily John Coltrane – The Wise One (Le Mot et le Reste), Jean-Pierre Jackson Keith Jarrett (Actes Sud)

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