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"Made in Ukraine" : la marque Litkovska, des ateliers de Kiev à la Fashion Week parisienne

Lilia Litkovska se bat pour faire vivre sa marque depuis qu'elle a fui Kiev le 24 février 2022, jour de l’invasion russe. La créatrice ukrainienne est sur les podiums parisiens le 1er mars 2023.
France Télévisions - Rédaction Culture
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Temps de lecture : 4 min
La créatrice ukrainienne Lilia Litkovska le 16 février 2023 dans son usine à kiev en Ukraine (SERGEI SUPINSKY / AFP)

Elle aurait pu fuir, installer ses ateliers n'importe où en Europe, mais l'Ukrainienne Lilia Litkovska a choisi de rester à Kiev, où sont conçues ses créations automne-hiver 2023-24 présentées le 1er mars 2023 à la Paris Fashion Week. Auparavant connue sous le nom de Lilia Litkovskaya - celle qui a lancé sa marque en 2009 et défile depuis 2017 à Paris - a abandonné la translittération russe de son nom au profit de l'ukrainien Litkovska.

Elle a été la seule Ukrainienne à s'être rendue à Paris pour la semaine de la mode en mars 2022, après avoir fui l'Ukraine le jour de l’invasion russe. Ne pouvant y présenter sa collection automne-hiver 2022-23, elle propose alors une installation au salon de mode Tranoi. Réfugiée à Paris, elle est, un mois plus tard, à l'initiative d'un pop-up store caritatif éphémère réunissant des designers de la mode ukrainienne. En septembre 2022, elle renoue avec la PFW pour sa collection printemps-été 2023, fait des aller-retour entre la France et son pays, et le 1er mars sera, à nouveau, sur les podiums avec sa collection automne-hiver 2023-24. 

Un générateur en cadeau 

Les yeux rivés sur leurs machines, une dizaine de couturières s'activent dans l'ancienne usine réhabilitée d'une zone industrielle proche de Podil, le quartier des "créatifs" de Kiev. Autour d'elles, les stylistes tourbillonnent, ajustant les derniers détails des vêtements destinés à défiler à Paris.

Poutres métalliques apparentes, locaux aménagés avec goût et énergie communicative : seul l'énorme générateur électrique, qui trône sur le parking à l'entrée de l'atelier de Lilia Litkovska, apporte un sentiment d'anormalité. La styliste de 40 ans a fait ce "cadeau" en décembre 2022 à ses employés, au retour d'un séjour à Paris. Les coupures d'électricité étaient alors courantes à Kiev, en pleine vague d'attaques russes visant les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Lilia Litkovska s'en souvient avec des larmes dans les yeux, "tout le monde pleurait" quand elle leur a montré le générateur. "Je n'en avais parlé à personne. Je suis entrée et j'ai dit : les filles, c'est la Saint-Nicolas ! [fêtée le 19 décembre en Ukraine]. Et tout le monde a couru dehors, était si heureux ! C'était vraiment émouvant, surtout que dans ces locaux, il fait froid très vite sans chauffage".

La créatrice ukrainienne Lilia Litkovska le 16 février 2023 dans son usine à kiev en Ukraine (SERGEI SUPINSKY / AFP)

"Qu'est-ce qu'ils feront ?" 

Dans l'esprit de Lilia Litkovska, il n'a jamais été question de faire déménager sa marque lancée en 2009. Les premiers jours du conflit, il y a un an, la jeune femme a déplacé une partie de ses collections et de ses ateliers à Lviv (ouest), dans une fabrique de robes de mariée. Elle s'est installée en France, où sa mère l'a rejointe pour veiller sur sa fille de trois ans, aujourd'hui scolarisée à Paris.

Mais dès que cela a été possible, quand les troupes russes ne menaçaient plus Kiev, elle a rouvert ses locaux dans la capitale ukrainienne. "Je me suis dit : Si je pars, qu'est-ce qu'ils feront?", dit-elle au sujet des 25 employés des lieux.

Viktoria Dernougova, une patronnière de 41 ans, confie pourtant ne s'être jamais trop inquiétée pour son travail. "Connaissant Lilia, elle trouvera un moyen de se sortir de n'importe quelle situation. Peu importe ce qui arrive, une tornade, un tremblement de terre ou une guerre, c'est sûr à 100% que même sur la Lune on travaillera !", s'amuse-t-elle.

Une dizaine de jours par mois, Lilia Litkovska est à Kiev. Elle en a besoin, pour ne pas perdre le lien avec son pays et retrouver amis et collaborateurs qui, dit-elle, l'inspirent en continuant à "travailler sous des attaques massives et à sourire". Mais aussi parce que "l'équipe a besoin de mon énergie ici", confie-t-elle avant de s'engouffrer dans l'entrepôt menant à la "designer room", où sont exposées les esquisses de ses dernières créations.

Dans l'usine de la créatrice ukrainienne Lilia Litkovska le 16 février 2023 à kiev en Ukraine (SERGEI SUPINSKY / AFP)

L'Ukraine avec "subtilité"


En octobre 2022, sa collection printemps-été 2023, à la dernière édition de la Fashion Week parisienne, contenait des éléments de cultures traditionnelles ukrainiennes.

Sa prochaine collection automne-hiver 2023-24, dévoilée le 1er mars au Grand Rex, se veut plus universelle et les références à l'Ukraine "subtiles". Le principal rappel de l'origine de ses vêtements réside dans une étiquette aux couleurs de l'Ukraine sur laquelle est écrit : "D'une zone de guerre, avec paix". "Que ce soit Made in Ukraine est un message très important. Mais notre message au monde, c'est : gardez vos racines, sauvez les traditions. On n'oublie pas d'où on vient. Et avec ça, de l'amour", résume la styliste, qui travaille notamment avec des artisans de la région montagneuse des Carpates, à laquelle elle est attachée.

Pouvoir rouvrir l'école d'"art et d'artisanat"

Lilia Litkovska souhaiterait maintenant pouvoir rouvrir l'école d'"art et d'artisanat" qu'elle avait créée au-dessus de ses ateliers, peu avant le début de la guerre. Seuls quelques étudiants avaient eu le temps de profiter des cours donnés par des designers ukrainiens et étrangers. Les ordinateurs de la salle de classe sont rangés, les chaises alignées n'attendent qu'une future promotion d'élèves. Seule nouveauté : un immense drapeau ukrainien tendu sur un mur.

Dans l'usine de la créatrice ukrainienne Lilia Litkovska le 16 février 2023 à kiev en Ukraine (SERGEI SUPINSKY / AFP)

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