Ce que l'on sait de l’agression au couteau de l'écrivain Salman Rushdie aux Etats-Unis

Poignardé à plusieurs reprises alors qu'il devait donner une conférence, vendredi à Chautauqua (Etat de New York, Etats-Unis), l'écrivain britannique, auteur du roman "Les Versets sataniques", est hospitalisé et placé sous respirateur artificiel. 

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L'écrivain britannique Salman Rushdie lors de la présentation de son livre "Quichotte", au Volkstheater de Vienne, en Autriche, le 16 novembre 2019.  (HERBERT NEUBAUER / APA / AFP)

Une attaque après trente ans de menaces de mort. L'écrivain britannique  Salman Rushdie a été poignardé au cou et à l'abdomen, vendredi 12 août, alors qu'il devait donner une conférence à Chautauqua, une petite ville du nord-ouest de l'Etat de New York (Etats-Unis). 

Cible d'une fatwa depuis 1989 pour son roman Les Versets sataniques,  jugé blasphématoire par les autorités religieuses iraniennes, l'auteur d'origine indienne a été immédiatement hospitalisé. "Les nouvelles ne sont pas bonnes" concernant son état de santé, a déclaré au New York Times son agent. Franceinfo fait le point sur les circonstances de cette attaque.

Une agression au couteau lors d'une conférence

L'écrivain britannique Salman Rushdie s'apprêtait à donner une conférence littéraire à Chautauqua, une petite ville située près du lac Erié, qui sépare les Etats-Unis du Canada, lorsqu'il a été attaqué à l'arme blanche. Alors que l'auteur intervenait dans un centre culturel de la ville vendredi 12 août, "un suspect s'est précipité sur la scène [de l'amphithéâtre] et a attaqué Salman Rushdie et l'intervieweur", a annoncé la police américaine. Les autorités ont précisé qu'il avait été poignardé "au moins une fois au cou" et "au moins une fois à l'abdomen"

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Le professeur de sciences politiques Carl LeVan, qui était dans la salle lorsque l'attaque a eu lieu, a témoigné auprès de l'AFP de ce qu'il avait vu. Il raconte qu'un homme s'est jeté sur la scène où Salman Rushdie était assis pour le poignarder violemment à plusieurs reprises. Il "essayait de tuer Salman Rushdie", a affirmé ce témoin.  

Le célèbre écrivain n'est pas le seul à avoir été touché. La personne qui animait le débat a été "légèrement blessée à la tête", a expliqué la police de New York pendant sa conférence de presse. Il "a été soigné pour une blessure au visage" et "a depuis quitté l'hôpital", toujours selon les autorités new-yorkaises.

Salman Rushdie hospitalisé dans un état grave

Après l'attaque, les secours sont arrivés très vite, selon la police de l'Etat de New York. Immédiatement après son agression, Salman Rushdie a été transporté en hélicoptère vers l'hôpital le plus proche où il a été opéré en urgence, a précisé devant la presse le major de la police de l'Etat de New York, Eugene Staniszewski. 

Malgré cette intervention rapide, "les nouvelles ne sont pas bonnes", a déclaré vendredi soir au New York Times l'agent de l'écrivain britannique, Andrew Wylie. "Salman va probablement perdre un œil ; les nerfs de son bras ont été sectionnés et il a été poignardé au niveau du foie", a-t-elle détaillé. L'homme de 75 ans a été placé sous respirateur artificiel.  

Un homme de 24 ans interpellé

Aussitôt après l'attaque, des spectateurs assistant à l'événement sont intervenus pour tenter de maîtriser l'agresseur, a affirmé Andrew Wylie, l'agent de Salman Rushdie. L'homme qui a poignardé Salman Rushdie a été aussitôt arrêté et placé en détention.

La police révèle qu'il s'appelle Hadi Matar. Il s'agit d'un homme de 24 ans, qui vit dans l'Etat du New Jersey. Il avait acheté un billet pour assister à la conférence de l'écrivain, selon le Parisien.

"Nous pensons que l'agresseur" a agi "seul", a affirmé lors d'un point-presse un responsable de la police, qui a précisé qu'il était "encore trop tôt pour indiquer les motivations de cet acte". Une perquisition a lieu au domicile du suspect et un sac et des appareils électroniques ont été saisis sur les lieux de l’attaque. Hadi Matar a des sympathies pour le gouvernement iranien qui a appelé à la mort de Salman Rushdie, selon un article du  New York Post (en anglais).

Samedi, il a été "formellement poursuivi pour pour tentative de meurtre et agression", a annoncé la police locale

Lors d'une audience de procédure au tribunal de Chautauqua, Hadi Matar a comparu en tenue rayée noire et blanche de détenu, menotté et masqué, et n'a pas dit un mot, d'après le New York Times (en anglais) et des photos de la presse locale. Les procureurs ont estimé que l'attaque était préméditée. Le suspect, qui vit dans le New Jersey, a plaidé "non coupable" par la voix de son avocat et comparaîtra une nouvelle fois le 19 août.

L'ayatollah Khomeini demandait son assassinat depuis 1989

L'écrivain Salman Rushdie, né en Inde dans une famille musulmane, est depuis 1989 la cible d'une fatwa (un décret religieux) lancée par l'ayatollah iranien Rouhollah Khomeini (mort la même année), demandant son exécution. Une forte récompense était promise pour la mort de l'écrivain. A l'origine de la fureur des autorités iraniennes, la publication en 1988 du roman de Salman Rushdie Les Versets sataniques, considéré comme blasphématoire par certains musulmans fondamentalistes. Après la publication de la fatwa, Salman Rushdie avait été contraint de vivre dans la clandestinité et sous protection policière.

Vivant discrètement à New York, Salman Rushdie avait tenté de reprendre une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l'irrévérence. Mais la fatwa n'a jamais été levée et beaucoup de traducteurs de son livre ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, victime de plusieurs coups de poignard en 1991. 

En France et à l'étranger, des responsables politiques indignés 

L'agression de Salman Rushdie a ému nombre de chefs d'Etat. En France c'est toute la classe politique qui s'est insurgée après l'attaque dont a été victime l'écrivain. Le président français a affiché son soutien à l'auteur des Versets sataniques"Son combat est le nôtre, universel", a lancé Emmanuel Macron vendredi sur Twitter, assurant être "aujourd'hui, plus que jamais, à ses côtés".

Au sein du gouvernement, la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a dénoncé sur Twitter un "acte barbare" et a rendu hommage à "33 ans de courage", tandis que Pap Ndiaye, ministre de l'Education nationale, a loué un écrivain "symbole de liberté et d'érudition, qu'aucun obscurantisme islamiste n'arrêtera".

Dans les oppositions, l'attaque a également été condamnée à l'unanimité. "C'est un symbole de résistance face au totalitarisme islamiste qui a été attaqué", a réagi le président du Rassemblement national, Jordan Bardella. La présidente par intérim des Républicains, Annie Genevard, a estimé que "le combat de nos démocraties doit être sans faiblesse contre un ennemi qui joue le temps long pour réduire notre liberté". A gauche, le chef des députés socialistes, Boris Vallaud, a condamné une attaque "grave et intolérable", tandis que le président du groupe écologiste à l'Assemblée, Julien Bayou, a fustigé une "ignoble fatwa". "Les fanatiques religieux qui ont lancé une fatwa contre lui en portent sans doute la responsabilité", a vilipendé le député de La France insoumise Alexis Corbière.

"Atterré", "horrifiés"... Dans le reste du monde, les déclarations se sont multipliées ces dernières heures. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, s'est dit "atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu'il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre", en allusion à la liberté d'expression. "Cet acte de violence est consternant", a estimé le conseiller à la sécurité du président américain Joe Biden, Jake Sullivan. 

En France, le journal satirique Charlie Hebdo, victime d'un attentat islamiste qui a tué 12 personnes dans sa rédaction en 2015, s'est indigné face à cette agression. "Rien ne justifie une fatwa, une condamnation à mort", a martelé Riss, le chef de la rédaction. 

L'agresseur félicité par la presse conservatrice iranienne 

Le ton est en revanche tout autre dans la presse conservatrice iranienne, qui a largement célébré cette attaque. Le principal quotidien ultraconservateur iranien, Kayhan, a félicité l'agresseur samedi. "Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l'apostat et le vicieux Salman Rushdie", écrit le journal, dont le patron est nommé par le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. "Baisons la main de celui qui a déchiré le cou de l'ennemi de Dieu avec un couteau", poursuit le texte. Le pouvoir iranien n'a pour le moment pas commenté officiellement la tentative d'assassinat sur l'intellectuel de 75 ans. L'ensemble des médias iraniens ont qualifié Salman Rushdie d'"apostat", à l'exception d'Etemad, un journal réformateur.

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