"Tout peut s'oublier", dernier roman d'Olivier Adam : un père confronté au côté obscur du Japon après la disparition de son ex-femme et de son fils

Le nouveau roman d'Olivier Adam nous transporte entre la Bretagne, Kyoto et la Baie d'Hiroshima, sur les traces d'une mère japonaise et de son fils, "évaporés" après la séparation d'un couple mixte.

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France Télévisions Rédaction Culture
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L'écrivain Olivier Adam, portrait, 2019 (Pascal Ito / FLAMMARION)

Tout peut s'oublier est l'histoire d'un homme, français, confronté à la disparition de son ex-femme, japonaise, et de son fils de cinq ans. Avec ce nouveau roman, publié le 6 janvier 2021 aux éditons Flammarion, Olivier Adam ouvre une porte sur l'envers du décor du Japon et creuse des thèmes qui lui sont chers : la famille, la paternité, la disparition, qu'il met en scène ici comme dans une chanson.

L'histoire : Nathan est un rêveur, un solitaire, un attentiste. Ces traits de caractère lui ont valu déjà des déboires amoureux. Quand on fait sa connaissance, il partage son temps entre la gestion du cinéma d'art et d'essai dans la ville côtière bretonne où il habite (Saint-Malo on suppose), et son fils Léo, cinq ans, qu'il a eu avec Jun, une Japonaise rencontrée à Kyoto. Ils sont séparés depuis quelques temps quand subitement Jun et Léo disparaissent de la circulation. La jeune femme a vidé l'appartement qu'ils occupaient depuis la séparation.

Tout ce qui reste de leur présence : des affaires et des jouets de Léo abandonnés dans le local à poubelles de leur immeuble. Jun n'a laissé aucune explication. Comme une réplique d'un phénomène répandu au Japon, son ex-femme et son fils se sont "évaporés". Passée la panique, Nathan lance un détective sur leurs traces, qu'il retrouve du côté de la petite île de Miyajima, dans la mer intérieure de Seto. 

On retrouve dans ce nouveau roman d'Olivier Adam des thèmes qui lui sont chers, au premier chef la disparition, thématique à fort potentiel dramaturgique et romanesque, qu'il a déjà traitée sous d'autres formes dans son œuvre, et ce dès son premier livre, Je vais bien ne t'en fais pas (Le Dilettante, 2000), avec la disparition du frère de l'héroïne. Dans Des vents contraires (L'Olivier, 2009) c'est une mère qui disparaît, abandonnant son mari et ses jeunes enfants. Une autre disparition, celle d'un père rock star, hante Chanson de la ville silencieuse  (Flammarion, 2018).  

L'envers du Japon

Comme dans ces précédents romans, Olivier Adam nous place du côté de ceux qui restent, avec la béance, l'incompréhension, les questions qui accompagnent la disparition d'un proche. Qu'a bien pu faire Nathan pour mériter un geste d'une telle violence ? Cette question traverse ce nouveau roman, qui soulève d'autres questions autour de la famille, de la paternité, du couple, de la séparation, thèmes de la quotidienneté qu'Olivier Adam travaille sans relâche depuis ses premiers romans. 

Le Japon est ici au cœur de l'intrigue, et en prend pour son grade. A la lecture des mésaventures de Nathan avec la police et la justice nipponnes, on en viendrait à comprendre les raisons qui ont poussé Carlos Ghosn à fuir le Japon dans des conditions rocambolesques …

Derrière la beauté des décors, et la finesse d'une culture, on découvre dans ce nouveau roman les méthodes expéditives de la justice japonaise, un pays dans lequel les droits d'un parent étranger s'annulent automatiquement à partir du moment où les enfants issus d'un couple mixte ont mis le pied sur le sol japonais. Nathan se retrouve pris au piège d'une situation que ni lui ni personne ne peut contrôler, et découvre avec stupeur l'envers du décor de ce Japon autrefois adulé.

D'un autre côté, et pour nuancer, Nathan s'interroge : Jun n'a-t-elle pas succombé au "fameux syndrome réputé s'abattre sur les Japonais séjournant longuement en France" ? "Notre brutalité, notre impolitesse, notre frontalité, notre mauvaise humeur, nos mauvaises manières, la saleté, les incivilités et par-dessus tout la distance infinie entre la France qu'ils avaient imaginée, rêvée, fantasmée, tout droit sortie d'un catalogue de mode des Galeries Lafayette, d'une publicité Chanel ou Saint Laurent, d'un prospectus vantant les mérites du pays de l'élégance et du raffinement, d'une scène d'Amélie Poulain ou d'un vieux film avec Catherine Deneuve, Yves Montand, Alain Delon ou Jeanne Moreau, et la réalité nettement moins reluisante de notre pays, menaient parfois ces exilés volontaires au bord de la dépression. Quand elle ne les y enfonçait pas tout à fait".

Connaît-on vraiment la chanson ?

Olivier Adam construit son intrigue en séries de flash-backs alternant avec le récit du présent, et développe son histoire dans une langue directe, orale, phrases courtes, langue travaillée comme une chanson qui aurait déployé ses ailes. La chanson : cet autre motif omniprésent dans l'oeuvre d'Olivier Adam irrigue une nouvelle fois de loin en loin ce nouveau roman, notamment à travers la passion de Jun pour la chanson française, mise à l'honneur ici dans le titre, qui reprend un vers de la célèbre chanson de Brel.

Sur fond d'actualité sociale de la France d'aujourd'hui (gilets jaunes, manifestations, bavures policières) et de considérations sur le cinéma, ce nouveau roman d'Olivier Adam est bercé d'une atmosphère de mystère, qui plane autant sur l'intrigue que les personnages, dont l'intimité et les desseins demeurent énigmatiques, illisibles aux yeux des autres, et peut-être même, pour une part, à eux-mêmes.

Le romancier nous embarque comme dans une balade maritime, au rythme d'une mélodie scandée par les flots, tantôt paisibles, tantôt battus par les vents : "après tout la vie était comme ça. Les grandes joies se mêlaient aux chagrins les plus profonds. Les espoirs les plus fous à l'incertitude la plus absolue", avec cette question posée là, laissée à la dérive : tout peut-il vraiment "s'oublier"?

Couverture du roman "Tout peur s'oublier", d'Olivier Adam (FLAMMARION)

Tout peut s'oublier, Olivier Adam                                                         
(Flammarion – 272 pages – 20 €)

Extrait : 

"Nathan dégagea doucement sa main de celle de Claire. Et soudain tout éclata. Les vitres craquèrent et l’eau entra d’un coup, renversant tout sur son passage, les arrosant des pieds à la tête. Les clients se mirent à pousser des cris. Le patron leur hurla de sortir le plus vite possible. Ils se levèrent en catastrophe. Il y avait des bris de verre partout. Une autre vague percuta la digue avant de projeter des paquets d’eau contre la façade, noyant encore un peu plus l’intérieur du bar.

Quelques secondes plus tard ils étaient tous dehors, douchés de frais, des badauds parmi les autres, occupés à contempler le spectacle mille fois vu pour qui vivait dans le coin. Les gerbes s’élevaient maintenant jusqu’au cinquième étage et déferlaient dans la goélette pour achever de tout y ravager. Nathan eut la sensation de voir se matérialiser devant lui l’état même dans lequel Jun venait de laisser sa vie." (Tout peut s'oublier, page 117)        

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