L'oeuvre de John le Carré a assis "ma conviction que c’était bien ce métier-là que j’avais envie de faire", témoigne un ex agent de la DGSE

L’écrivain britannique et ex-espion John le Carré, est décédé ce week-end chez lui en Cornouailles, à l’âge de 89 ans. C’est avec "L’espion qui venait du froid" qu’il accède à la célébrité dans les années 1960. Une inspiration pour les prétendants au métier d'espion.

Article rédigé par
Franck Cognard - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
L'ex-espion devenu maître du roman d'espionnage, John Le Carré, le 10 janvier 2007 à Barcelone en Espagne. (GUIDO MANUILO / EFE)

Sorti en 1963, L'espion qui venait du froid est adapté au cinéma en 1965. Avec 20 millions d'exemplaires vendus, son succès marque le passage définitif de John le Carré du métier d'espion à celui d'écrivain. Il dit d'ailleurs que cette étiquette de l'espion devenu écrivain est totalement fausse, qu'il se voit plutôt comme quelqu'un qui a passé dans sa prime jeunesse quelques années inefficaces, mais très formatrices, dans le renseignement britannique.  

John le Carré ou plutôt David John Moore Cornwell, son vrai nom, reçoit en 1950 ce qu'il appelle "l'accolade" du monde secret. Parlant allemand, il travaille pour les services secrets à Hambourg, Bonn ou Berlin, à l’époque de la guerre froide et de la première pierre du Mur, avant d'être affecté dans un bureau londonien.

Un métier "psychologique, intellectuel"

"Formé au mensonge par un service dont c'est la raison d'être", comme il disait, le Carré, décédé ce week-end à l'âge de 89 ans, est un écrivain apprécié des espions eux-mêmes. "Quand j’ai voulu rejoindre la DGSE, j’ai pris contact avec quelqu’un qui en était, raconte Olivier Mas, ex de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), auteur de Profession espion, et qui m’avait conseillé avant de rejoindre le service, de lire la trilogie 'Smiley' [la Taupe, Comme un collégien, Les gens de Smiley]. J’ai donc lu ces trois livres qui sont évidemment passionnants et qui ont été fondateurs personnellement pour asseoir ma conviction que c’était bien ce métier-là que j’avais envie de faire."  

"Le vrai métier, il n’est pas du tout James Bond, il est plus proche des romans de John le Carré."

Olivier Mas, ex agent de la DGSE

à franceinfo

"Même si ça reste des romans d’espionnage, beaucoup de trahisons, beaucoup de rebondissements, on est plus dans le psychologique, dans l’intellectuel. C’est bien cela que l’on fait quand on rejoint un métier comme celui-là", confirme Olivier Mas.  

Quel que soit le cadre d'écriture de le Carré, guerre froide, terrorisme ou multinationales nocives, ses romans sont sous-tendus par les questions de trahison et de loyauté. "N'oublions pas, poursuit Olivier Mas, qu'il a été traumatisé, quand il était espion, par l'affaire Philby". Kim Philby, officier anglais et agent double soviétique, donnera durant la guerre froide des dizaines de noms de sources et d'agents anglais à Moscou, dont certains seront exécutés. David Cornwell, lui, quittera le renseignement, et deviendra John le Carré, le maître du roman d'espionnage. Il en écrira 25.

Olivier Mas affirme que les romans de John Le Carré ont été fondateurs dans son choix du métier d'espion. Il le raconte à Franck Cognard.
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