Guerre en Ukraine : hommage à Kiev à l'écrivaine Victoria Amelina, "combattante pour la vérité", tuée dans une frappe russe

Figure de la vie littéraire ukrainienne, engagée dans la documentation des crimes de guerre russes, Victoria Amelina est décédée le 1er juillet, à l'âge de 37 ans, dans un hôpital de Dnipro, dans le centre-est de l'Ukraine.
Article rédigé par franceinfo Culture avec AFP
France Télévisions - Rédaction Culture
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Des parents et des amis à la cathédrale Saint-Michel pour Victoria Amelina, à Kiev, le 4 juillet 2023. (MAXYM MARUSENKO / NURPHOTO)

Dans la cathédrale Saint-Michel, au coeur de Kiev, ils sont beaucoup à pleurer, certains s'agenouillant devant la dépouille de Victoria Amelina. Cette écrivaine ukrainienne, qui documentait les crimes de guerre russes, a été tuée dans une frappe sur Kramatorsk. Ce soir-là, le 27 juin, elle se trouvait dans cette ville de l'Est à l'intérieur du populaire restaurant Ria Pizza, sur lequel s'est abattu un missile russe faisant 13 morts et des dizaines de blessés. Une semaine plus tard, environ 200 personnes dont la famille de l'autrice et son fils de dix ans, ainsi que nombre d'écrivains et journalistes, se sont rassemblés auprès de son cercueil, fermé contrairement à la tradition et recouvert d'un drapeau national jaune et bleu, entouré de fleurs.

"Combattante pour la vérité"

"Elle était une vraie combattante pour la vérité, très persistante, infatigable. C'est une très grande perte pour l'Ukraine", confie Roman Avramenko, directeur exécutif de l'ONG Truth Hounds (lien en anglais) qui s'occupe notamment de documenter les crimes de guerre attribués à l'armée russe en Ukraine et avec laquelle Victoria Amelina a collaboré. Grâce à elle, "le monde continuait à apprendre la vérité sur cette guerre, sur l'agression russe", a-t-il souligné.

Deux prêtres orthodoxes en habits blancs ont célébré un service religieux dans la cathédrale où l'odeur de l'encens était omniprésente. Ont aussi résonné les kobza, sopilka et trembita, instruments traditionnels interprétant Le testament, un chant populaire qui symbolise le réveil national, et d'autres mélodies ukrainiennes qui ont accompagné le cercueil dans un corbillard. Une autre cérémonie est prévue ce mercredi à Lviv, ville natale de l'écrivaine dans l'ouest de l'Ukraine, où elle sera enterrée.

Documenter les crimes de guerre

Victoria Amelina, âgée de 37 ans, est décédée le 1er juillet dans un hôpital de Dnipro, dans le centre-est de l'Ukraine, selon l'antenne ukrainienne du réseau international PEN qui promeut la littérature ukrainienne et dont l'écrivaine était l'une des membres. Elle avait subi de graves blessures après la frappe russe sur Kramatorsk, qui a eu lieu au moment où elle dînait dans le restaurant en compagnie de trois personnalités colombiennes, toutes les trois légèrement blessées. "Nous partageons l'immense douleur et exprimons la plus sincère compassion aux membres de la famille, aux amis et aux collègues de notre très chère Victoria", a déclaré PEN Ukraine. Après la mort de l'écrivaine, l'un de ses poèmes consacré aux attaques aériennes russes contre l'Ukraine, a été largement partagé sur les réseaux sociaux.

"C'est comme s'ils nous emmenaient pour nous exécuter, tous. Mais ne visent qu'un seul, le plus souvent celui qui est à la marge. Aujourd'hui, ce n'est pas toi"

Victoria Amelina, écrivaine

Poème écrit en avril 2022

"Je crois en la victoire"

Victoria Amelina était diplômée en technologie informatique. Elle avait abandonné sa carrière dans ce secteur en 2015 pour se consacrer à l'écriture. Autrice de romans traduits en plusieurs langues et fondatrice d'un festival littéraire, Amelina a également commencé à documenter les crimes de guerre russes dans les territoires ukrainiens libérés pour l'ONG Truth Hounds après le début de la guerre.

Elle a notamment réussi à retrouver le journal intime d'un autre écrivain ukrainien, Vodolymyr Vakoulenko, 50 ans, tué par balles en 2022 dans la région de Kharkiv (nord-est) pendant l'occupation russe et dont le corps été découvert dans une fosse commune près d'Izioum. L'écrivain avait enfoui en mars 2022 son journal racontant l'occupation dans le jardin de ses parents, en espérant l'arrivée de l'armée ukrainienne, qui avait finalement repris ce territoire six mois plus tard. "Les premiers mots que j'ai vus après avoir ouvert ce journal qui a passé six mois sous terre étaient: 'Je crois en la victoire' ", avait alors rapporté Victoria Amelina. 

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