"Je n'ai jamais abusé de personne" : Placido Domingo sort de son silence pour récuser les accusations d'agression sexuelle

Guéri du Covid-19, le grand ténor Placido Domingo, mis en cause pour harcèlement sexuel, a "retrouvé sa voix", à la fois pour démentir de nouveau ses accusatrices et pour reprendre ses récitals.

Le chanteur d\'opéra espagnol Placido Domingo, lors d\'un concert à Moscou en 2019.
Le chanteur d'opéra espagnol Placido Domingo, lors d'un concert à Moscou en 2019. (Anton Denisov / Sputnik / Sputnik via AFP)

"Je n'ai jamais abusé de personne" : mis en cause en 2019 aux Etats-Unis pour harcèlement sexuel, contaminé au Covid-19 mais aujourd'hui rétabli, le célébrissime chanteur d'opéra espagnol Placido Domingo a "retrouvé sa voix", à la fois pour démentir de nouveau ses accusatrices et pour reprendre ses récitals.

"J'ai changé, je n'ai plus peur"


"J'ai changé. Je n'ai plus peur. Quand j'ai appris que j'avais le Covid, je me suis promis que si je m'en sortais vivant, je me battrais pour laver mon nom - je n'ai jamais abusé de personne, je le répéterai tant que je vivrai", a déclaré la superstar de l'opéra, dans une interview exclusive publiée jeudi par le quotidien italien La Repubblica.


Placido Domingo, 79 ans, avait annoncé en mars depuis son refuge d'Acapulco (Mexique) avoir été testé positif au nouveau coronavirus, puis avait été hospitalisé. "Retrouver ma voix a été un miracle (...) Il y a deux ou trois mois, je n'étais pas sûr de pouvoir chanter à nouveau", explique-t-il à La Repubblica. "La seule chose qui m'inquiète maintenant est de quitter mon refuge à Acapulco, d'où je n'ai pas bougé depuis des mois", raconte le chanteur, confiant que le confinement avait été "un moment extraordinaire, utile pour réfléchir à nos vies, à nos choix".

"Ces accusations m'ont fait plus de mal que le virus"

Placido Domingo a été accusé courant 2019 dans la presse américaine d'avoir harcelé sexuellement une vingtaine de femmes aux Etats-Unis. Ce qui l'a contraint à abandonner son poste de directeur de l'Opéra de Los Angeles et à annuler toutes ses représentations outre-Atlantique, mettant fin à sa carrière en Amérique du Nord. "Il est maintenant temps de revenir à la normale. Mais c'est encore plus difficile pour moi en raison de ces accusations. Elles m'ont fait plus de mal que le virus. Il ne me reste plus qu'à prendre note du fait que pour l'instant je ne pourrai pas chanter dans certaines parties du monde, comme les États-Unis ou l'Espagne. Et certainement pas à cause d'un choix fait par le public, qui m'envoie constamment des messages de solidarité".

Placido Domingo, habitué aux ovations dans le monde entier et qui a enregistré une centaine d'albums, s'est ainsi retrouvé rattrapé par le mouvement #MeToo, né dans la foulée des accusations contre le producteur de cinéma Harvey Weinstein en octobre 2017. Il avait d'abord rejeté ces accusations, puis "demandé pardon" pour les "souffrances causées", après une enquête de l'AGMA (principal syndicat des chanteurs lyriques aux Etats-Unis) concluant à un "comportement inapproprié", avant finalement de revenir sur ses excuses. Il avait fait ensuite un don de 500.000 dollars aux bonnes oeuvres de l'AGMA, qui avait alors mis fin à toutes les accusations contre lui.

Je ne vois aucune situation où mon comportement aurait pu laisser des blessures ouvertesPlacido DomingoChanteur d'opéra

Un long silence nécessaire

Le ténor doit faire ce jeudi 6 août sa première apparition publique à Salzbourg (Autriche), où il recevra un prix pour sa carrière, puis il donnera une série de récitals en Italie la seconde quinzaine d'août. "Si je regarde en arrière, je ne vois aucune situation où mon comportement aurait pu laisser des blessures ouvertes (...) Je n'ai jamais fait de forcing ou de chantage. Tous ceux qui me connaissent savent que le mot "abus" ne fait pas partie de mon vocabulaire", ajoute l'artiste Domingo, dénonçant un "processus médiatique imparable" contre lui.


Pourquoi avoir gardé le silence? "Cela m'a semblé juste par respect et par esprit de coopération avec les deux enquêtes en cours (de l'AGMA et de l'Opéra de Los Angeles). J'ai essayé de dissiper le malentendu par une déclaration deux jours plus tard, mais mes paroles sont tombées dans l'oreille d'un sourd". "J'ai toujours déclaré ne rien à voir avec tout ça, parfois avec de brèves déclarations mal comprises et considérées comme des aveux de culpabilité. C'est une situation terrible", a-t-il jugé, se disant "en colère" et "déprimé""Les journalistes parlent de moi comme si j'avais été jugé par un tribunal sur des accusations précises, mais ce n'est pas le cas. Cette ambiguïté est inacceptable", ajoute-t-il.


"Inquiet" de la propagation du Covid à travers le monde, "un danger pour l'art", le chanteur entend désormais "vivre sereinement". "Je sais qu'à un moment donné je devrai renoncer au chant, parce que l'opéra exige des efforts, du dévouement, de l'étude. Mais la musique, je ne l'abandonnerai pas".