Festival de Cannes 2023 : pourquoi le film "Flo", consacré à la navigatrice Florence Arthaud, fait des vagues

Le long métrage de Géraldine Danon, présenté hors compétition vendredi au Cinéma de la plage, est attaqué par la famille de la sportive disparue en 2015, qui lui reproche de la dépeindre sous un jour peu flatteur.
Article rédigé par Pierre Godon
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
L'actrice Stéphane Caillard incarne la navigatrice Florence Arthaud dans le film "Flo", projeté à Cannes le 19 mai 2023. (LAURA POUPON / METROPOLITAN FILMS)

C'est à quelques encablures du lieu où les cendres de la navigatrice Florence Arthaud ont été dispersées en 2015 que sera projeté le film Flo , présenté hors compétition au Festival de Cannes, vendredi 19 mai. Le long métrage de Géraldine Danon, au budget de 13 millions d'euros, avec quelques noms prestigieux ce casting (Alexis Michalik, Charles Berling et Stéphane Caillard, bluffante de ressemblance dans le rôle-titre), a dû affronter moult écueils judiciaires.

Marie Arthaud, fille de la sportive décédée dans un accident d'hélicoptère, a d'abord porté l'affaire en justice pour obtenir une copie du scénario. Requête rejetée par la justice le 18 avril, au motif qu' "aucun des éléments produits ne permet de confirmer les craintes qu'elle exprime de voir exposer [la vie de sa mère] de manière dégradante de nature à porter atteinte à sa mémoire." Le film est une adaptation d'une biographie romancée (et revendiquée comme telle par son auteur, Yann Queffélec) de la navigatrice, victorieuse à la surprise générale de la Route du rhum 1990. Un bouquin " pas terrible, assez lyrique", peste le frère de Florence Arthaud, Hubert, cité par France Inter

La famille heurtée par certaines séquences

Yann Queffélec, coscénariste du film, a expliqué ses intentions dans le quotidien libanais L'Orient Le Jour : "On est davantage du côté du roman, d'une fiction puisqu'il s'agit d'une personne qui devient un personnage. (...) Mon livre tente de raconter non pas son histoire mais une belle histoire, comment une personne accède au rang de personnage dans notre imaginaire." La réalisatrice Géraldine Danon, connaisseuse du milieu de la voile, assure s'être détachée du livre : "C'est une adaptation très libre (...) car je voulais que le film soit toujours du point de vue de Florence", déclare l'épouse du navigateur Philippe Poupon à Ouest France . "Une œuvre de fiction (...) pas un documentaire", renchérit le producteur Manuel Munz sur les ondes de France Inter.

La famille de la "petite fiancée de l'Atlantique n'a pas apprécié plusieurs scènes en particulier. Le film est "diffamatoire dès la scène d'ouverture", fulmine sur France Inter, Hubert Arthaud. Celle-ci porte sur le grave accident dont a été victime la navigatrice quand elle avait 17 ans. " Florence conduit, une bouteille de rhum à la main. Elle est complètement bourrée et donc, elle provoque cet accident, alors que la réalité, c'est qu'elle était à l'arrière", rapporte son frère, qui a eu accès au scénario. Sur France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur, il ajoute que l'adolescente " ne buvait pas une goutte d'alcool et travaillait sur ses TP [travaux pratiques] toute la journée. Je dirais même que des trois enfants, c'était la plus sérieuse."

La navigatrice Florence Arthaud à bord de son trimaran "Biotherm", le 23 mai 1984. (THIERRY RANNOU / GAMMA-RAPHO)

Le rapport de la skippeuse à l'alcool est l'objet d'un âpre débat entre l'équipe du film et la famille. D'un côté, la réalisatrice Géraldine Danon se défend dans Ouest France : "Je ne trouve pas qu'elle avait un problème avec l'alcool. C'est quelqu'un qui avait une boulimie de vie et, forcément, dans ce cas, l'alcool exalte parfois les situations. Mais c'était un rapport ludique à l'alcool." De l'autre, le frère, Hubert Arthaud, qui a décrit sur France Inter sa sœur comme "un peu no limit, aussi bien dans la fête que dans une tempête, mais ce n'est pas du tout un personnage qui est une alcoolique de base…"

Un film "à la 'Voici'"

Par ailleurs, la famille met en doute la proximité entre "Flo" et la réalisatrice. "C'était juste une copine qui venait de temps en temps à la maison, mais pas plus que ça", assure Hubert Arthaud à France 3. De son côté, Géraldine Danon assure se prévaloir d'une "connexion forte". "Avec Philippe [Poupon] , on s'est rencontrés au mariage de Florence, qui était la marraine de mon fils", glisse-t-elle sur France Inter.

"Il est très délicat et hypocrite de tenter d'exploiter commercialement l'image et l'histoire de ma mère en faisant croire qu'il s'agirait de lui rendre hommage alors que les promoteurs de ce projet de film n'ont aucune des qualités requises à cet effet, ni aucune légitimité", dénonce Marie Arthaud, qui regrette dans L'Equipe (article pour les abonnés) une opération avant tout commerciale. "Un film à la Voici ", balaye même Hubert Arthaud sur France Inter.

"Flo" est le titre du film qui a été consacré à Florence Arthaud. Il sera présenté vendredi 19 mai au Cinéma de la Plage à Cannes (Alpes-Maritimes), pendant le Festival de Cannes.
Voile : quand Florence Arthaud inspire le cinéma "Flo" est le titre du film qui a été consacré à Florence Arthaud. Il sera présenté vendredi 19 mai au Cinéma de la Plage à Cannes (Alpes-Maritimes), pendant le Festival de Cannes. (France 2)

Le petit milieu des voileux hausse également les sourcils devant ce projet. Olivier de Kersauson, dépeint dans le film comme un des amants de "Flo", n'a guère goûté l'idée. L'Equipe décrit une des scènes : " Flo, tailleur blanc, s'avance vers un autel champêtre, où Olivier de Kersauson brode autour de celle qui lui fait vibrer le cœur, qu'il va choisir et épouser. Elle croit être l'élue, il prononce un autre prénom." Le skipper-écrivain, qui a déposé son nom, a même tenté par l'entremise de son ami Gérard Depardieu, de ne pas apparaître dans le film, ce que confirme le producteur Manuel Munz au quotidien sportif. En vain, le personnage est bien présent à l'écran.

Le journaliste du magazine   Voiles et voiliers Didier Ravon, présent lors de la victoire de Florence Arthaud à Pointe-à-Pitre en 1990 a pu voir le film en avant-première et assure avoir "adoré" même si "certaines scènes forcent un peu le trait. (...) Les puristes et autres biographes exigeants pourront toujours crier au loup." Le grand public, lui, pourra se faire une idée le 29 novembre, date de sa sortie en salles.

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