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Festival de Cannes. "Les artistes et intellectuels soudanais sont particulièrement exposés" : une tribune portée par des cinéastes invite la France à leur octroyer un visa

Plus de 300 personnalités appellent les autorités françaises à fournir des visas aux acteurs culturels qui tentent de fuir la nouvelle guerre civile qui a éclaté dans leur pays en avril dernier.
Article rédigé par Falila Gbadamassi
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 3 min
De la fumée s'élève au-dessus des bâtiments dans le sud de Khartoum, la capitale du Soudan, alors que les violences entre deux généraux soudanais rivaux se poursuivent, le 17 mai 2023. (AFP)

A l’initiative des cinéastes Valérie Osouf et Hind Meddeb – qui a réalisé un documentaire sur la révolution soudanaise–, une tribune parue dans Le Monde invite le gouvernement français à fournir des visas aux artistes soudanais dont le pays est en proie à une guerre civile. Elle a été signée par 330 personnalités parmi lesquelles les cinéastes Abderrahmane Sissako et Alice Diop, le rappeur Abd al Malik ou encore l'ancien président du Festival de Cannes, Pierre Lescure. Nous avons rencontré la réalisatrice Valérie Osouf sur la Croisette. Entretien. 

Franceinfo Culture : Pourquoi cet appel dans "Le Monde" du 17 mai ?

Valérie Osouf : Une quatrième guerre a éclaté au Soudan le 15 avril dernier, le quatrième conflit depuis son indépendance. Toutes les populations civiles sont en danger mais les artistes et les intellectuels sont encore plus exposés puisqu'ils se sont particulièrement manifestés au moment du soulèvement populaire. De nombreux artistes soudanais font partie des comités de résistance et ils sont par conséquent plus vulnérables que d'autres à la répression qui va succéder à cette guerre car quel que soit le général qui la remporte, le Soudan fera face au retour d'un régime autoritaire. 

Que demandez-vous aux autorités françaises ?

Dans cette tribune (article payant), nous demandons que le ministère de l'Intérieur et le Quai d'Orsay accordent des visas à toutes les personnes dont nous avons fourni une liste détaillée, avec tous les documents administratifs, quel que soit le pays depuis lequel elles le demanderaient. Il n'y a plus aucune opération d'évacuation et le corridor humanitaire n'est pas encore en place. Cette liste comprend 70 artistes, toutes disciplines confondues, et leurs familles. Une partie de l'équipe de Goodbye Julia de Mohamed Kordofani [premier film soudanais présenté à Un Certain Regard] attend encore au Caire un visa pour arriver à Cannes. 

Quelles nouvelles avez-vous du Soudan ?

Il y a un photographe que l'on a cru mort, Saad Eltinay, qui avait exposé aux dernières rencontres d'Arles. Mais il avait été kidnappé et il est aujourd'hui libre. Cependant, des proches de cinéastes avec lesquels nous sommes en contact au quotidien ont été tués ces derniers jours. D'autres personnes ont réussi à passer des frontières par voie terrestre ou maritime. Certains sont en Ethiopie. Ils sont d'ailleurs attendus à Cannes parce qu'ils ont un film en post-production qui est présenté au marché du film intitulé The Camera never cries. Ils attendent de toute urgence un visa au consulat de France à Addis-Abeba pour rejoindre Cannes le plus vite possible. D'autres encore sont arrivés en Egypte, ont atteint le Tchad ou le Soudan du Sud.

Certains, comme le cinéaste Suhaib Gasmelbari (Talking About Trees), attendent un laisser-passer pour prendre le ferry pour l'Arabie saoudite et rejoindre la France par la suite. Nous sommes en réseau avec plusieurs institutions culturelles qui se proposent de les accueillir à leur arrivée. Enfin, il y a des artistes qui restent complètement pris en otage, coincés dans leurs maisons avec leurs familles. Il n'y a pas d'eau, pas d'électricité et il fait 45 degrés. Les vivres manquent. Internet défaille régulièrement. Nous avons un moyen de leur faire parvenir de l'argent et nous organisons une collecte grâce au soutien de la CGT-Spectacles. Il faut savoir qu'un bus de Khartoum, la capitale soudanaise, à Assouan, en Egypte coûtait 35 dollars par personne. Aujourd'hui, c'est passé à 600 dollars par personne. Il faut absolument que nous arrivions à réunir les sommes suffisantes afin que les personnes, les artistes et leurs familles, qui l'ont décidé puissent quitter le pays.

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