"Chambre 2806" : l’affaire DSK minutieusement racontée dans une mini-série documentaire sur Netflix

Sans faire de nouvelles révélations, le documentaire Chambre 2806 : l'affaire DSK réalisé par Jalil Lespert revient dans le détail à charge et décharge sur les événements du Sofitel, en se basant sur de nombreux témoignages.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Temps de lecture : 4 min.
Nafissatou Diallo témoigne dans le documentaire "Chambre 2806 : l'affaire DSK".  (Netfix / Capa)

"Dès le départ, je savais que cette histoire allait faire le tour du monde". Ces mots sont ceux de Paul Browne, porte-parole de la police de New York intervenu lors de l’affaire DSK en 2011. Cette année-là, le patron du Fonds monétaire international et homme politique français Dominique Strauss-Kahn est accusé de viol par Nafissatou Diallo, alors femme de ménage à l’hôtel Sofitel de New York. Dans cette affaire, la justice américaine avait prononcé un non-lieu dans le volet pénal et un arrangement financier avait été trouvé entre les deux parties dans la procédure civile.

Chambre 2806, du nom de la suite où a séjourné Dominique Strauss-Kahn, revient sur les événements sous la forme d'une mini-série documentaire diffusée sur Netflix depuis le 7 décembre et coproduite par l’agence Capa. Elle est entièrement réalisée par le Français Jalil Lespert, comédien (Ressources humaines) et réalisateur (Yves Saint Laurent, Le Dindon), qui signe ici son premier documentaire.

"Tout le monde a un avis, a vu, a entendu quelqu'un dire quelque chose, dans une sorte de mêlée générale qui empêche l'objectivité", commente le réalisateur sur Europe 1. "Dès le départ, on voulait être le plus objectif possible. Clarifier des faits". Sans faire de nouvelles révélations, la série retrace minutieusement l'histoire en se basant sur de nombreux témoignages.

Une narration qui s'appuie sur les témoignages

Sans soutien d'une voix off, la narration s’appuie essentiellement sur les récits de témoins, policiers, journalistes, avocats qui vont défiler devant les caméras pour remonter le cours des événements, de l'arrivée de Dominique Strauss-Kahn au Sofitel à l'abandon des poursuites dans le cadre de la procédure pénale. Nafissatou Diallo, notamment, livre un long témoignage. Par respect du contradictoire, le documentaire interroge également les avocats de Dominique Strauss-Kahn, certains de ses proches ou collaborateurs. Seul l’ancien patron du FMI manque à l’appel. Ce dernier a refusé de s’exprimer mais a annoncé qu’il donnera sa version des faits dans un autre documentaire en préparation.

Les récits sont appuyés par de nombreuses images d’archives : reportages télévisés, photographies, vidéosurveillance... Elles sont accompagnées de sobres reconstitutions, avec des séquences montrant les lieux des événements vides, comme figés dans le temps. Des prises de vues aériennes de New York et de Paris font transition entre le récit judiciaire aux Etats-Unis et les retombées politiques en France.

Une image du Sofitel à New York, dans le documentaire "Chambre 2806 : l'affaire DSK".  (Netflix / Capa)

Le documentaire s’ouvre sur un enregistrement de l’appel du Sofitel à la police puis retrace l'arrivée de Dominique Strauss-Kahn à l'hôtel, le témoignage de Nafissatou Diallo des événements et l'arrestation de Strauss-Kahn à l'aéroport. Mais il laisse vite tomber le récit chronologique pour opérer de nombreux retours en arrière. Nous revenons par exemple en 2008 lors de la crise où Dominique Strauss-Kahn est patron du FMI, avant de retracer sa carrière de professeur d’économie, son ascension au sein du Parti Socialiste qui le propulsera au ministère des Finances puis dans la course pour la présidentielle.

"L'étincelle qui a allumé #MeToo"

En parallèle du Sofitel, Chambre 2806 se penche sur les autres "affaires" : Piroska Nagy accuse Dominique Strauss-Kahn d'abus de pouvoir en 2008, l'écrivaine Tristane Banon de tentative de viol en 2011 et il est mis en examen pour "proxénétisme aggravé en bande organisée" dans l'affaire du Carlton de Lille. Le documentaire s'attarde également sur la façon dont ces affaires sont traitées par les médias ou dans le monde politique.

Un article du Wall Street Journal dans le documentaire "Chambre 2806 : l'affaire DSK".  (Netflix / Capa)

Cette série documentaire propose une nouvelle perspective, que permet le recul historique. L'affaire DSK date d'avant une autre affaire qui va bouleverser nos paradigmes, l'affaire Weinstein. Et cela se perçoit autant du point de vue américain que du côté français.

Dans l’Hexagone, "le premier élan du Parti Socialiste est d’abord de défendre et de plaindre Dominique Strauss-Kahn. On ne parle pas du tout de Nafissatou Diallo, elle est complètement évacuée des réactions", analyse la journaliste Raphaëlle Bacqué, interrogée dans le documentaire. Certaines séquences sont édifiantes, comme celle où Tristane Banon raconte chez Thierry Ardisson avoir été victime d'une tentative de viol, dans une certaine indifférence. "On est bien avant MeToo donc c’est encore hyper drôle. Il y a encore plein de mecs qui trouvent ça drôle, parce que personne ne leur a expliqué que ce n’est pas drôle", témoigne l’écrivaine et journaliste.

"C'est la dernière grande affaire avant #MeToo, et ça c'est quelque chose dont on a pris conscience au fil de la production, en rencontrant des féministes américaines, des responsables d'associations d'aide aux victimes aux Etats-Unis qui nous disent elles-mêmes que cette affaire a été un peu l'étincelle qui a allumé #MeToo", estime le coproducteur de la série Philippe Levasseur, sur les ondes de franceinfo. "La libération de la parole vient sans doute aussi du fait que Tristane Banon ou Nafissatou Diallo ont osé s'exprimer à l'époque", avance-t-il.

La fiche 

Genre : documentaire
Par : Jalil Lespert
Pays : France
Durée : 4 x 45 min
Sortie : 7 décembre 2020
Diffusion : Netflix, VOD

SynopsisCette série documentaire retrace l'affaire d'agression sexuelle ayant impliqué Dominique Strauss Kahn en 2011, alors au sommet de sa carrière.

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