César 2021 : ce qu'il faut retenir de cette 46e cérémonie aux accents très politiques

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
L'actrice Corinne Masiero nue sur la scène des 46e César le 12 mars 2021 pour dénoncer la fermeture des lieux culturels en pleine épidémie de Covid-19. (BERTRAND GUAY / AFP)

Albert Dupontel a remporté pour la première fois de sa carrière le César du meilleur film pour "Adieu les Cons", à l'issue d'une cérémonie marquée par la colère du monde du cinéma contre le gouvernement.

Les César avaient promis de rompre avec le passé. Ils ont poursuivi leur mue, vendredi 12 mars, à l'occasion de leur 46e cérémonie qui s'est tenue à l'Olympia à Paris. Cette édition 2021 a aussi pris une tournure très politique, alors qu'en pleine épidémie de Covid-19 les cinémas restent fermés depuis des mois, sans perspective de réouverture. Voici ce qu'il faut retenir de cette soirée animée. 

La fermeture des salles de cinéma dénoncée

Combien de fois la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a-t-elle été apostrophée depuis la scène des César par des acteurs, réalisateurs ou producteurs lui demandant qu'elle agisse pour leur assurer un avenir en pleine pandémie ? Difficile d'en tenir le compte, tant les prises de position ont été nombreuses.

Il y a eu d'abord le discours d'ouverture de la maîtresse de cérémonie, Marina Foïs, réclamant de retrouver le public des salles obscures et lançant : "Je veux rire avec des inconnus. Ça manque à crever. Même vos pop-corn, ça me manque." L'actrice a aussi moqué la "pharmacienne" en poste au ministère de la Culture, occupée à écrire un "livre de cuisine" avec ses "recettes au gorgonzola" en pleine pandémie. "Je perds confiance en vous", a-t-elle asséné.

Il y a également eu les remettants. A l'instar d'Anny Duperey, lançant dans une allusion aux gloires du cinéma français disparues ces derniers mois :  "Roselyne, va falloir se battre plus fort pour nous, avant qu'ils ne se tirent tous." Ou Isabelle Huppert renchérissant : "Maintenant, il va falloir trouver une solution. Il faut les rouvrir ces salles de cinéma et le plus vite possible."

 (BERTRAND GUAY / AFP)

Il y a encore eu Laure Calamy, César de la meilleure actrice pour son rôle de randonneuse amoureuse dans Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal. "Laissez-nous assouvir notre soif de sens ou de non-sens, laissez-nous nous exiler dans nos imaginaires, entendre ce qui fait de nous des êtres humains", a-t-elle déclaré en recevant sa récompense. Et de conclure, trophée en main dans une allusion aux lieux de culture fermés car jugés non-essentiels : "Ça, ce n'est pas essentiel, mais ça fait vachement plaisir."

Il y a surtout eu l'actrice Corinne Masiero, entrée sur scène avec un costume sanguinolent de Peau d'âne et se mettant à nu, dans une figuration de la nudité de la culture abandonné par le gouvernement. Sur sa poitrine, le slogan : "No culture, no future". Sur son dos, l'inscription "Rend nous l'art Jean !" s'adressait cette fois au Premier ministre Jean Castex. "Maintenant, on est comme ça, tout nus", a conclu la comédienne, défendant les intermittents, fragilisés par des mois d'inactivité en raison de la fermeture des lieux culturels.

A son arrivée, la ministre avait tenté de faire passer "un message d’espoir". "Nous sommes en train de bâtir avec la filière les conditions de réouverture de salles", avait assuré Roselyne Bachelot au micro de Canal+. La productrice d'Adieu les cons, Catherine Bozorgan, lui a répondu plus tard dans la soirée sur scène :  "Nous ne comprenons pas la politique du gouvernement."

Le sacre de deux acteurs noirs dans la catégorie meilleurs espoirs

En 2020, les César avaient été accusés de cultiver leur entre-soi et de manquer de diversité. L'édition 2021 s'est ouverte sur la césarisation de deux acteurs noirs comme meilleurs espoirs : Jean-Pascal Zadi et Fathia Youssouf. En recevant son prix pour Tout simplement noir, Jean-Pascal Zadi a transformé la scène de l'Olympia en tribune. 

"Chaque génération doit trouver sa mission, l'accomplir ou la trahir", a déclaré l'acteur-réalisateur, citant l'essayiste Frantz Fanon. "Ma mission, c'est la mission de l'égalité", a-t-il ajouté, soulignant que son film parlait "avant tout d'humanité", et remerciant des acteurs et cinéastes noirs ou issus de la diversité qui ont "ouvert la brèche" avant lui, d'Omar Sy à Ladj Ly.

Jean-Pascal Zadi s'est interrogé sur cette "humanité", en évoquant Adama Traoré, mort en 2016 après son arrestation par des gendarmes, Michel Zecler, le producteur de rap victime de violences policières en novembre 2020, ou encore l'esclavage et ses figures ayant encore des statues et des rues à leur nom, et le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles.

Jean-Pascal Zadi avec son César du meilleur espoir masculin pour "Tout simplement noir", le 12 mars 2021 à l'Olympia à Paris, lors de la 46e édition de la cérémonie. (BERTRAND GUAY / AFP)

Quant à Fathia Youssouf, récompensée à seulement 14 ans pour son rôle dans Mignonnes de Maïmouna Doucouré, elle est devenue l'une des plus jeunes lauréates du cinéma français. "J'aimerais dire à toutes les personnes de mon âge qui veulent faire du cinéma ou qui ont une passion de suivre leurs rêves, car c'est le plus important", a déclaré celle qui a répondu par hasard à un casting sur Facebook et qui fait désormais partie de la liste des 20 meilleures actrices en 2020 selon le New York Times.

L'actrice Fathia Youssouf, désigné meilleur espoir féminin pour son rôle dans "Mignonnes", lors de la cérémonie des César, le 12 mars 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)

Le triomphe d'"Adieu les cons" d'Albert Dupontel

Fidèle à son habitude, Albert Dupontel a été le grand absent des César. Mais aussi le grand vainqueur de cette 46e cérémonie. Son film Adieu les cons a remporté sept trophées dont les deux plus prestigieux : ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation – ce dernier trophée avait déjà échu au réalisateur en 2018 pour Au revoir là-haut. La comédie, qui a vu sa carrière en salle brisée par le deuxième confinement après avoir rassemblé 700 000 spectateurs en une semaine, a aussi eu les honneurs du nouveau César des lycéens. L'acteur Nicolas Marié, vieux complice d'Albert Dupontel, est reparti avec le César du meilleur second rôle masculin.

Avec douze nominations, Adieu les cons faisait partie des trois grands favoris de cette 46e édition. Au fil de la cérémonie, le film d'Albert Dupontel a éclipsé la concurrence. Les Choses qu'ont dit, les choses qu'ont fait d'Emmanuel Mouret, sélectionné dans treize catégories, n'a été récompensé qu'avec le César du meilleur second rôle féminin pour Emilie Dequenne. Quant à François Ozon, éternel maudit des César, qui totalisait douze nominations pour Eté 85, il est reparti bredouille.

Le César du meilleur acteur est lui revenu à Sami Bouajila pour Un fils de Mehdi Barsaoui, où il joue à 54 ans un père déchiré. "J'ai souvent l'impression que les rôles nous choisissent, plus qu'on les choisit", a déclaré l'acteur, expliquant en recevant son prix comment le tournage dans le désert tunisien lui avait rappelé les récits d'enfance de son propre père.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.