"Tout le monde peut se radicaliser": "L'Adieu à la nuit", un film comme outil de prévention pour les jeunes

Alors que son dernier film sort mercredi, le réalisateur André Téchiné, qui s'attaque à la radicalisation des jeunes Français, l'a présenté en avant-première à des collégiens et des lycéens de quartiers dits "sensibles" de Paris. 

Catherine Deveneuve et Kacey Mottet Klein dans le film \"L\'Adieu à la nuit\", réalisé par André Téchiné.
Catherine Deveneuve et Kacey Mottet Klein dans le film "L'Adieu à la nuit", réalisé par André Téchiné. (DPA /PICTURE-ALLIANCE / MAXPPP)

Un centre équestre quelque part dans les Pyrénées-Orientales, des cerisiers à perte de vue : loin des stéréotypes, c'est dans ce paysage à la beauté sauvage que se noue le drame intime de L'Adieu à la nuit, le nouveau film d'André Téchiné, qui sort en salles mercredi 24 avril. 

Un drame entre une grand-mère, jouée par Catherine Deveneuve, et son petit-fils, incarné par Kacey Mottet Klein. Elle découvre sa conversion à un islam radical, ses projets de départ vers la Syrie et le gouffre entre eux.

"Tout le monde peut se radicaliser"

Dans la petite salle de cinéma parisienne, deux générations aussi, dialoguent : André Téchiné, 76 ans, et des élèves, âgés de 14 à 17 ans, qui ont pu voir le film en avant-première. "C’est un sujet qui est très touchant, surtout au niveau des jeunes", réagit Fiola, élève de 3e dans un collège du Val-de-Marne. De confession musulmane, l'adolescente a été bouleversée par le film : "Il n’y a pas de profil-type, tout le monde peut être touché et tout le monde peut se radicaliser, on ne sait pas qui exactement."

Si on a des bas, des faiblesses, qu’on a des moments assez noirs, c’est là où les jihadistes en profiteront pour nous attaquer et se servir de nous, et au final on se fait piéger assez facilement.Fiola, élève de 3eà franceinfo

Parler des affres de la jeunesse, André Téchiné le fait depuis longtemps. Aujourd'hui encore, le réalisateur observe son jeune héros, sans apporter de réponses toutes faites à ce qui l'entraîne dans cette quête morbide : "Ca me touche effectivement, particulièrement cette question de déracinement ou de l’enracinement, de la même manière que me touche aussi l’attachement à la vie, qui est en quelque sorte le moteur de l’enracinement et le détachement de la vie qui est le propre de tous ces candidats au jihad."

Un film comme outil de prévention

Le film pourrait être un support pédagogique estime Muriel Domenach, secrétaire générale du Comité interministériel de lutte contre la radicalisation, qui est à l'initiative de cette projection : "Ce n'est pas faire injure à la qualité du film que de dire qu’il peut être utile", assure-t-elle.

Il peut être un outil de prévention soit dans les établissements scolaires, soit en détention, parce qu’il montre avec tellement de justesse les ambiguïtés et la dimension affective de la radicalisation. En voyant ce film, on est étreint par la question ‘que faire’.Muriel Domenachà franceinfo

À cette question, Fouzia Brikh, professeur de Français au lycée Eugène Henaff de Bagnolet, répond qu'il faut inlassablement dialoguer avec les jeunes : "Là, ce qui était très intéressant, c’est que le gamin là, le héros du film, c’est un blond aux yeux bleus. C’est très pertinent, parce que souvent, mes élèves m’ont dit ‘ah bah ce n’est pas que les arabes, c’est un blond’, et finalement ils ont pu prendre du recul, et vraiment, écouter le message."

De retour dans son lycée, l'enseignante s'est servie du film pour lancer un débat avec ses élèves : "Le cinéma a une force incomparable".

Reportage à l'avant-première parisienne de Delphine Gotchaux
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