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"Le petit frère" : Jean-Louis Tripp raconte la mort de son frère et son deuil dans un roman graphique poignant

Quarante-cinq ans après l'accident qui a coûté la vie à son petit frère, Jean-Louis Tripp raconte dans un roman graphique bouleversant le difficile chemin du deuil.

Article rédigé par Laurence Houot
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
L'auteur de bandes dessinées Jean-Louis Tripp et la couverture de son roman graphique auto-biographique, "Le petit frère", mai 2022 (Fabrice de Bray)

Après avoir raconté sa vie sexuelle dans Extases (Casterman 2020), Jean-Louis Tripp change de registre avec ce nouvel album dans lequel il revient sur la mort brutale de son jeune frère, Gilles, dans un accident de la route. Récit intime d'un deuil, qui touche par sa sincérité et son humanité, à l'universel, Le petit frère est paru aux éditions Casterman le 11 mai.

C'est arrivé le 5 août, un de ces jours caniculaires de l'été 1976. Jean-Louis, 18 ans, est en vacances sur les routes des Monts d'Arrée, en Bretagne, dans un périple en roulotte avec sa mère, ses deux frères Domi et Gilles, sa copine Caroline, son oncle et sa tante. "À vrai dire, j'ai assez peu de souvenirs de ces vacances, avant cette journée-là", commence Jean-Louis Tripp. "Cette journée-là", c'est celle où son petit frère, onze ans, est mort, fauché par une voiture en descendant de la roulotte en marche, juste après avoir lâché sa main.

Culpabilité

Quarante-cinq ans plus tard, Jean-Louis Tripp remonte le fil de ce drame qui a marqué à jamais sa vie et celle de ses proches. Il raconte le déroulement de cette journée, d'abord la chaleur, l'insouciance, puis l'accident, la fuite du chauffard, la panique, le transport à l'hôpital, l'annonce de la mort, le choc, et ce "flash" qui ne cessera ensuite de le hanter "cette mémoire physique, la sensation de la main de mon petit frère quittant la mienne… et la culpabilité qui venait avec".

 

Jean-Louis Tripp met en peu de mots et avec des images puissantes tous les sentiments qui l'ont traversé au moment du drame, dans les secondes, dans les heures, puis les années qui ont suivi : l'incompréhension, la colère, la culpabilité, et la solitude, avec cette difficulté à partager la douleur avec ses proches, et inversement.

"On croyait ne jamais sortir de l'abîme"

Le chemin est long, semé de gouffres et de non-dits, et les membres de la famille noyés dans une culpabilité que chacun garde en soi. Des décennies plus tard, Jean-Louis Tripp remonte le temps, tire les fils de sa mémoire et interroge sa mère afin de reconstituer l'enchaînement des événements pour tenter de trouver l'apaisement.

 

"Parfois, on est sidéré de constater que la vie – on ne sait comment – a continué. On croyait ne jamais sortir de l'abîme, mais doucement, sans qu'on s'en rende compte, ça change", remarque le narrateur, des années après le drame.

C'est paradoxalement d'un trait sensuel que le dessinateur exprime l'horreur et la violence de la mort d'un enfant, fauché en plein élan vital. Avec un découpage cinématographique et une présence organique de ses personnages à l'image, il nous invite à entrer loin dans l'intimité de ce drame personnel et familial, et à le suivre dans le chemin d'un deuil, universel.

Couverture de l'album "Le petit frère", de Jean-Louis Tripp, mai 2022 (CASTERMAN)

"Le petit frère", de Jean-Louis Tripp (Casterman, 344 pages, 28 €)

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