À Marseille, un voyage photographique émouvant au cœur de la Syrie antique avant la destruction de ses sites

Le photographe Michel Eisenlohr présente au Musée de la Vieille Charité à Marseille ses photos en noir et blanc prises à partir de 2002 lors d'un long périple en Syrie. Des images rares des villes antiques avant leur destruction par Daech.

\"Palmyre - Alep - Damas : La Syrie en noir et blanc\", ExpositionpPhotographies de Michel Eisenlohr au musée archéologique de Marseille
"Palmyre - Alep - Damas : La Syrie en noir et blanc", ExpositionpPhotographies de Michel Eisenlohr au musée archéologique de Marseille (Michel Eisenlohr)

De Damas à Alep en passant par la cité antique de Palmyre, le photographe Michel Eisenlohr livre un regard sensible sur la Syrie détruite par la barbarie. Ses photos en noir et blanc accrochées sur les murs du musée archéologique de Marseille sont à découvir à la Vieille Charité jusqu'au 24 janvier 2021. 

Un témoignage sur la fragilité

"Sublime, généreuse, inondée de lumière et parfois secrète... Une terre d’héritages, vivant au présent, carrefour des civilisations", c'est ainsi que le photographe Michel Eisenlohr perçoit la Syrie lors de son arrivée en 2002. A l'époque, la plupart des cités antiques de Syrie, le plus souvent romaines, étaient encore visibles à l’état de vestiges. En découvrant ces lieux chargés d'Histoire, le photographe ressent alors une vulnérabilité liée à tout autre ennemi. "J'essaie de montrer la fragilité de ces éléments en pierre, c'est aussi un témoignage sur la fragilité des monuments historiques", explique-t-il.

Treize ans après, ces site classés au patrimoine mondial de l'Unesco tels la cité Antique de Palmyre ou Apamée sont détruits partiellement et parfois complètement ruinés par des groupes terroristes armés. D'Alep à Damas, les photos de Michel Eisenlohr racontent notre histoire, entre splendeur et décadence, comme un éternel recommencement. "Ce reportage devient un travail de mémoire patrimoniale et d'archives qui pourra peut-être servir aux chercheurs pour envisager une reconstruction possible", confie l'auteur à nos confrères de La Provence

Exposé au milieu des objets des collections du musée archéologique, le parcours photographique offre une lueur d'espoir. Face à ces destructions, la commissaire de l'exposition, Muriel Garsson-Piacenza se veut, elle aussi, optimiste : "J'aimerais que le public sorte de la salle en se disant que la reconstruction est possible, peu importe comment, mais sur le site que les Antiques ont choisi". 

Exposition \"La Syrie en noir et blanc\", photographies de Michel Eisenlohr.
Exposition "La Syrie en noir et blanc", photographies de Michel Eisenlohr. (France 3 Marseille)

Voyage en Orient

A la manière des écrivains du XIXe siècle qui ont réalisé leur "Voyage en Orient", c'est par la route, depuis Marseille, que Michel Eisenlohr décide d'atteinde la Syrie. Muni de son appareil photo argentique en guise de carnet de voyage, le reporter entreprend une quête initiatique et découvre un pays aux mille visages. Il réalise un un reportage de 36 photographies en noir et blanc, qui se lit comme un hommage à la beauté du Proche-Orient et à celles et ceux qui l’habitent, l’aiment et le protègent.

Première étape : Alep. Une des plus vieilles villes au monde, carrefour entre la Méditerranée et la Mésopotamie. "Elle reflétait alors la douceur de vivre. Une certaine liberté se dégage de la ville, liberté que je ressens moi-même dans la possibilité de photographier les habitants et leur vie quotidienne sans aucune contrainte", relate le voyageur.

Sur les toits d\'Alep 
Sur les toits d'Alep  (Michel Eisenlohr)

Seconde destination, les villages antiques du nord de la Syrie – les fameuses "villes mortes" comme Serjilla, qui témoignent de la fusion entre le monde païen de l’Empire romain et le christianisme byzantin. "Ici le temps n’a plus de prise. Seules subsistent des architectures somptueuses aux symboles mystérieux gravés sur la pierre comme un ultime hommage de civilisation disparue." 

Autre moment rare : le Krak des Chevaliers, dont la vue ne peut que faire frémir les passionnés d’histoire et de littérature sur les croisés. "De ce lieu, j’en retiens surtout la force à l’état brut, les contrastes de lumières", raconte Michel Eisenlohr.

Au milieu du désert, après plusieurs heures de route, la mythique Palmyre apparaît. 

Il est des lieux dans un voyage qui sont incontournables parce qu’ils portent en eux toute l’essence d’un pays. Palmyre était la raison d’être de ce voyage, une sorte de point à la fois fixe et imaginaire.Michel EisenlohrPhotographe


\"Grande colonnade\" de Palmyre en 2002
"Grande colonnade" de Palmyre en 2002 (Michel Eisenlohr)

Le voyage se termine à Damas et son éternel bouillonnement. Au silence des ruines font place le foisonnement des couleurs et l’odeur des épices. "Aux colonnades des ruines romaines répondent les arcades de la grande mosquée des Omeyyades, aux entrelacs antiques, les motifs géométriques de l’art islamique."

Mosquée des Omeyyades à Damas
Mosquée des Omeyyades à Damas (Michel Eisenlohr)

"La Syrie en noir et blanc", photographies de Michel Eisenlohr.

Du 11 septembre au 24 janvier au Musée d'archéologie méditerranéenne, Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité, Marseille (2e) 04 91 14 58 60.

Ouvert du mardi au dimanche de 9 à 18 heures, entrée gratuite.