Le couturier Julien Fournié expose son savoir-faire et artisanat au musée SCAD Fash du village médiéval de Lacoste
L’exposition "Julien Fournié : Haute Couture. Un point c'est tout!" est la première consacrée au couturier. Organisée par l'université américaine du Savannah College of Art and Design (SCAD), elle se tient dans le village médiéval de Lacoste dans le Luberon jusqu'à cet été.
Un couturier français, une université américaine et un musée niché dans le village médiéval de Lacoste au cœur du Luberon. Voici les ingrédients de l'exposition Julien Fournié : Haute Couture. Un point c'est tout!, organisée par l'université américaine du Savannah College of Art and Design (SCAD). Jusqu'au 15 août 2023, son musée, le SCAD Fash, accueille 19 robes présentant le savoir-faire artisanal qui a valu à Julien Fournié le label haute couture.
Lauréat des Grands Prix de la Création de la Ville de Paris en 2010, Julien Fournié a lancé sa marque en 2009. Il défile dans le calendrier officiel de la Fédération de la haute couture et de la mode, en tant que membre invité depuis 2011, et sous le label haute couture depuis 2017. Cofondateur du FashionLAB avec Dassault Systèmes, c'est un pionnier du métavers visant à doter la mode des outils numériques de l'avenir.
Lacoste, un village d'artistes
Le village médiéval de Lacoste est connu pour son château construit au XIe siècle et qui fût la propriété du Marquis de Sade qui y séjourna dans les années 1770. En 2001, le couturier Pierre Cardin acquit ce château, alors partiellement en ruines, et installe par la suite un festival dans les carrières voisines, avant de racheter une trentaine de bâtisses et commerces du village.
A Lacoste, l'art occupe une place importante : les surréalistes Breton, Ernst et Char, y ont séjourné et dans les années 70, l'artiste américain Bernard Pfriem s’y installe "après avoir acheté une maison en ruines pour 70 dollars" explique Cédric Maros, directeur du SCAD Lacoste : "il va créer la Lacoste School of the arts (de 1971 à la fin des années 1990)". A la fin de sa vie, il donne son école au Savannah College of Art and Design avec l'engagement pour le SCAD de garder un programme académique consacré aux arts. Ce programme d’études - à l’étranger et en France - offre une immersion dans l’histoire et la culture de la Provence. Au fil des années, cette université privée, située à Savannah et Atlanta en Géorgie, "a acheté et retapé des maisons (aujourd'hui 70) pour étendre son campus" souligne encore Cédric Maros.
Cette saison, 120 étudiants, présents jusqu'à début juin, y suivent des programmes d'animation, d'art, de peinture et d'illustration, entre autres. Deux anciennes étudiantes - les artistes Hannah Polskinfont et Kay Wolfersperger qui font parties de l'atelier SCAD Alumni - ont rejoint le village. Pour Kay Wolfersperger, son installation dans le village, même pour une courte période, constitue "une opportunité rafraichissante et inspirante d'être, ici, en Provence".
Mettre en avant les savoir-faire
Si au départ l'enseignement du SCAD est tourné vers les Beaux Arts (peinture, sculpture, gravure, photographie), il s'applique aussi aux arts appliqués (design, textile, illustration...). Il était, donc, naturel que le musée SCAD Fash accueille cette exposition consacrée à la mode. Julien Fournié. Haute Couture Un Point C'est Tout! est, en plus, une opportunité pour les étudiants américains, présents sur le campus de Lacoste, de voir de près la haute couture.
“Julien Fournié est l’un des plus grands maîtres de la mode française d’aujourd’hui et incarne véritablement les idéaux et le savoir-faire de la haute couture dans son travail" explique Rafael Gomes, avant d'ajouter “Il est également pionnier dans son approche des nouvelles technologies et représente une véritable source d’inspiration pour nos étudiants". Le directeur des expositions du SCAD Fash a, donc, choisi les vêtements les plus iconiques du couturier pour cette exposition.
"C’est un véritable honneur d'entrer dans un musée au cours de sa vie et je suis ravi de partager avec le public la magie de mes constructions textiles sous un jour plus intime que sur les podiums”, a déclaré Julien Fournié précisant avec insistance “chaque pièce de couture a été réalisée dans notre atelier parisien et nous sommes fiers du magistral travail d'aiguille mis en œuvre pour créer chacune d'entre elles... Cette exposition sur le sol français permet de partager les valeurs essentielles de la haute couture et de mettre en valeur le savoir-faire des meilleurs artisans du monde qui m'accompagnent depuis 14 ans”.
Marqueterie de tissus, broderies indiennes
"Une maison de couture ne vit que dans les ateliers. Le chef d'orchestre, c'est moi, mais tout seul, je ne ferai absolument rien. Tu dessines mais tu ne fais pas ta collection à ton bureau, tu es dans ton atelier sur la réalisation. C'est cela la haute couture !" martèle Julien Fournié. Ces collections n'existeraient pas sans le savoir-faire "du plumassier Julien Vermeulen, du verrier d'art Adrian Colin, des brodeurs indiens Shanagar, sans les tissus cuirs insensés de chez Hermès cuirs précieux, sans ceux de Sfate et Combier [issus de la tradition des soyeux lyonnais]. J'ai réussi à créer une espèce de réseau, un éco système éco-responsable autour de moi" ajoute-t-il encore avant de nous présenter les modèles exposés.
Dans les salles du SCAD Fash, 19 robes montrent le savoir-faire de ses ateliers haute couture. Au premier étage, ce sont les collections estivales qui reflètent "mon côté blossom. Je suis hyper dark en hiver. L'été, je revis, cela sent les couleurs et la légèreté. J'avais vraiment envie de montrer ces camaïeux de couleurs, ces faux gris, ces faux taupes, ces faux bleu azur... " explique Julien Fournié "ce sont des heures de broderies, des marqueteries incroyables de cuirs, des jacquards..." explique-t-il avant de s'arrêter devant une robe de la collection Première Tempête du printemps-été 2021 : "je la présente pour montrer l'habileté de mes ateliers. Il y a 162 morceaux de tissus qui réalisent une fresque représentant le tonnerre à travers les nuages". Cette robe, c'est une marqueterie de mousselines et d'organza de soie déclinée dans des dégradés de couleurs nuages.
Le couturier nous invite, ensuite, à admirer la robe de mariée de sa collection Premier Soleil printemps-été 2023 : "Je tiens à souligner que toutes les broderies ont été faites par des brodeurs Indiens de l’atelier Shanagar, qui depuis des décennies, ne vivent que pour la broderie". Cette robe de mariée comprend un fourreau bustier avec sur-jupe et traîne, dont le jupon de tulle est brodé de motifs placés en forme de nœuds de rubans du 18e siècle en 3D et de motifs de rayons de soleil en dégradé de fils métalliques. "J'ai dessiné le modèle de cette robe sur l'Ipad et mes amis indiens - des gens à l'écoute qui essaient de t'emmener encore plus loin - m'ont proposé de faire les nœuds en trois D, en enfilant des mèches à l'intérieur pour mettre du relief" explique-t-il avant d'ajouter "Finalement, on dirait presque du boutis. Je suis un afficionados de cette technique ancestrale de Provence".
Avant de quitter cette salle pour nous rendre à l'étage supérieur, le couturier rappelle que ces robes ont été faites dans un respect obsessionnel d'éco responsabilité : "il y a très peu de déchets car on fait des patronages exacts. On ne commande que les tissus adéquats. En général, on ne prend qu'un mètre de plus en cas de galère".
Travail de la plume avec Julien Vermeulen et du verre avec Adrian Colin
Au second étage, l'ambiance est plus dark : "quand je travaille l'hiver, je me fais rattraper par un côté plus sombre" explique le couturier qui insiste aussi sur la vestibilité de ses robes : "tu peux vivre avec ! Avec les ateliers, on a réfléchi à leur donner des structures plausibles avec notre époque : oui à la haute couture, oui aux clins d'œil vintage, oui à la fabrication ancestrale mais plus avec les mêmes matières ni les mêmes techniques". Il nous montre alors un bustier qui semble au premier abord très corseté, mais la partie à l'arrière de la robe est réalisée avec du jersey pour que la femme puisse respirer car aujourd'hui "les femmes ne veulent plus être contraintes !".
Un peu plus loin, il s'arrête devant une robe confectionnée avec des plumes noires en nous disant "Vous savez que j'aime Alfred Hitchcock ! Voici un modèle, clin d'œil au film Les oiseaux et à son héroïne Tippi Hedren". Cette robe, très années 50, manches kimono, est habillée de plumes d'oie teintes et laquées par le plumassier Julien Vermeulen qui les a travaillées comme une marqueterie. "Les plumes ne sont pas brodées mais collées à l'envers. Ce qui est très beau dans cette robe, c'est le mouvement et le bruit qu'elle fait quand tu marches comme un envol d'oiseau. C'est glamour" dit-il en la secouant légèrement pour que nous entendions son tintement.
Il nous montre aussi un autre modèle qui lui tient à cœur : il a été réalisé avec le Meilleur Ouvrier de France, le verrier Adrian Colin. La Sirène noire est un modèle de la collection Premières Créatures automne-hiver 2022-23 : il est composé sur la tête d'une tiare tentacules en verre soufflé et cristal, translucide et noir; brodée de perles facettées coordonnées, à porter avec un collier harnais pieuvre en verre soufflé et cristal et une jupe en marqueterie de cuir d'agneau plongé noir profond. Sublime.
Comme certains musées et salles de spectacles qui associent différentes formes d'art, Julien Fournié a souhaité que cette exposition soit également une expérience olfactive et immersive pour transporter les visiteurs.. Ainsi dans chaque salle est diffusée une odeur spécifique. Une initiative en phase avec un projet en cours : développer des parfums avec Robertet
Exposition "Julien Fournié : Haute Couture. Un Point C’est Tout!” jusqu’au 15 août 2023. SCAD Fash. Rue Saint Trophime. 84480 Lacoste. Du lundi au vendredi de 10h à 18h et le samedi de 14h à 18h. Entrée libre.
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