Quatre choses à savoir sur le "NFT", la technologie à l'origine de la vente d'une œuvre d'art numérique à 69 millions de dollars

Après le bitcoin, le "non-fungible token" (NFT) s'invite dans les transactions d'objets dématérialisés, comme la vente aux enchères inédite qui a eu lieu jeudi chez Christie's. Franceinfo décrypte ce qu'est ce nouveau jeton virtuel non fongible.

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Illustration de la cryptomonnaie Ether, qui, associée à la "blockchain" Ethereum, permet de réaliser des transactions, notamment celles des "NFT". (JAAP ARRIENS / NURPHOTO)

Des œuvres d'art, des tweets, des personnages de jeux vidéo ou encore des séquences vidéo de sport... Les achats semblent infinis avec les NFT, les non-fungible tokens (jetons non-fongibles, en français) ou nifties, comme le disent les utilisateurs avertis. Jeudi 11 mars, une œuvre entièrement numérique de l'artiste américain Beeple, Everydays : The First 5 000 Days, a été vendue pour 69,3 millions de dollars grâce à cette technologie qui fonctionne avec de la cryptomonnaie. Qu'est-ce qui se cache derrière ces trois lettres ? Franceinfo vous livre quatre pistes pour répondre à cette question.

1Les "NFT" sont des "jetons" numériques uniques

Nés en 2017, les non-fungible tokens peuvent être assimilés à des "jetons", ou des actifs numériques qui ont une certaine valeur. Ils sont adossés à une technologie de stockage, une blockchain, qui permet de conserver et de transmettre des informations en toute transparence et sécurité. Celle qui se trouve derrière le NFT est la blockchain Ethereum, qui fonctionne avec sa propre cryptomonnaie, Ether.

Si plusieurs types de jetons – tokens – existent, comme les social tokens qui offrent aux créateurs et influenceurs la possibilité de monétiser leur audience et de récompenser leurs abonnés, les NFT ont la particularité d'être uniques. Chaque niftie a ses propres identité, authenticité et traçabilité.

Les NFT permettent d'acheter tout type de biens, qu'ils soient réels ou virtuels, sur des plateformes dédiées telle que Nifty Gateway, spécialisée dans l'art. Il existe aussi des plateformes spécifiques au marché de l'occasion, comme OpenSea ou RareBits. 

2Ils sont prisés pour les achats dans l'art, les jeux vidéo et le sport 

Cette unicité permet de transformer en NFT quelque œuvre d'art, tweet, personnage de jeu vidéo ou encore séquence vidéo de sport que ce soit et d'organiser des enchères. Ainsi Jack Dorsey, le patron de Twitter, a récemment vendu son premier tweet, publié en 2006, lors d'enchères qui sont montées à plus de 2 millions de dollars. La chanteuse canadienne Grimes a vendu près de 6 millions de dollars sa collection numérique d'œuvres d'art, baptisée WarNymph, dont chaque œuvre a été certifiée par un NFT. Sans oublier l'artiste Beeple, dont la vente de son œuvre Everydays : The First 5 000 Days a atteint jeudi un record inégalé dans la vente d'art numérique. 

Ces jetons rencontrent également un certain succès dans le monde du sport. La plateforme NBA Top Shot, encore indisponible en France, offre la possibilité à ses 200 000 inscrits de collectionner et d'échanger des vidéos d'actions d'un match de basket à l'aide des NFT, détaille Le Monde. En France, Sorare, une plateforme numérique consacrée au football, doit prochainement proposer aux collectionneurs des cartes numériques de "fantasy football". Chacune, produite en édition limitée, sera associée à un NFT, détaille L'Usine digitale.

Un autre domaine s'ouvre enfin aux NFT : les jeux vidéo. "L'un des jeux qui s'y prêtent le plus est certainement Pokémon, où chaque monstre de poche a déjà ses particularités plus ou moins uniques. Intégrer le principe des NFT à la licence de Nintendo pourrait révolutionner le principe du jeu en rendant chaque créature réellement unique", anticipe Manuel Castejon, le rédacteur en chef de Frandroid.

3Son certificat de propriété vaut de l'or

Mais pourquoi acheter une séquence de vidéo, un tweet ou encore une chanson alors qu'ils sont librement consultables sur internet et peuvent être copiés à l'infini ? Parce que le fichier original de l'objet dématérialisé possède, grâce au NFT, un certificat de propriété qui le rend unique. Celui-ci prouve que vous en êtes bien le propriétaire.

Outre la valeur monétaire, la richesse d'un NFT repose sur toutes les informations que contient son certificat : la traçabilité du propriétaire, du créateur, de la date de création ainsi que l'historique de toutes les transactions sont inscrits en dur dans la blockchain.

Arnie, un Français expatrié en Australie, raconte ainsi au Monde comment une carte envoyée par le basketteur français Rudy Gobert a pris de la valeur pour être estimée à environ 500 dollars aujourd'hui : "Ce qui est cool, ce n'est pas tellement l'aspect monétaire, c'est le fait que ce soit offert par Rudy Gobert. Ce geste est certifié par la blockchain, c'est ancré à vie et, de mon point de vue, c'est ce qui a le plus de valeur. C'est comme un autographe." 

4Le marché des "NFT" est en pleine expansion spéculative

En 2020, plus de 250 millions de dollars ont été échangés sur le marché des NFT, contre 63 millions de dollars en 2019, d'après un récent rapport de l'Atelier BNP Paribas. La valorisation de ce marché, trusté par une communauté de connaisseurs, a bondi de 138% entre 2019 et 2020, selon ce rapport, pour atteindre 338 millions de dollars. L'arrivée des artistes, des personnalités sportives ou encore d'influenceurs sur ce marché semble ouvrir de nouvelles perspectives financières.

Ainsi certains objets numériques pourraient devenir des bulles spéculatives, mettant de côté la valeur de l'objet en lui-même au profit de son NFT. Comme dans l'art numérique, "où pour beaucoup de collectionneurs, l'aspect artistique est superficiel", constate Steven Sacks, propriétaire de la galerie new-yorkaise Bitforms : "l'important pour eux est la rareté."  Mais comme pour beaucoup de placements, la valeur d'achat d'un NFT n'est pas garantie. Si vous vous lancez, mieux vaut y mettre l'argent que vous êtes prêts à perdre.

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