Le camp d'internement de Thol au coeur de l'exposition de Nicolas Daubanes, pour raviver la mémoire sur une page sombre de la guerre d'Algérie

Pendant la guerre d'Algérie, des membres et des sympathisants du FLN furent internés au camp de Thol dans l'Ain. De ce lieu, aujourd'hui à l'abandon, le plasticien Nicolas Daubagne a fait une œuvre éphémère qu'il présente au M2M, l'espace d'art contemporain de Bourg-en-Bresse. Une manière de questionner l'Histoire et l'univers carcéral.

Article rédigé par
Sylvie Adam - Ariane Combes-Savary
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
 

Patience et minutie. Muni d'un simple cutter, Nicolas Daubanes évide une photo de ses espaces blancs pour révéler les contours d'une histoire oubliée. Il travaille sur une image monumentale incrustée dans le mur du M2M, l'espace d'art contemporain de Bourg-en-Bresse. Une photo prise au camp de Thol près de Neuville-sur-Ain dans le département de l'Ain.

Ces bâtiments en ruine, étaient entre 1958 et 1961, un centre d'assignation à résidence surveillée. Des centaines d'Algériens favorables à l'indépendance, sympathisants ou militants du FLN (Front de libération nationale) y vécurent en captivité, sans aucun jugement. De cette page sombre de notre histoire et de la guerre d'Algérie, il ne reste aujourd'hui presque aucune trace. Seule une plaque commémorative à l'entrée du camp aindinois a été posée par la municipalité, à la suite du rapport Stora sur la colonisation et la guerre d'Algérie. Aucun programme de conservation du site n'existe à ce jour. 

De cette mémoire à l'abandon, l'artiste a voulu témoigner. "Ce que j'essaye de faire, c’est de représenter un bâtiment qui est en déliquescence et qui quasiment s'efface", explique le plasticien, son outil à la main.

Le plasticien Nicolas Daubanes ravive la mémoire de la guerre d'Algérie avec une œuvre inspirée du "Camp de Thol"
France 3 Rhône-Alpes : Sylvie Adam, Maryne Zammit, William Vadon, Yasmine Barzilay

Questionner l'enfermement et l'univers carcéral

Cette œuvre en gestation entre en résonance avec une autre de ses installations présentée à la Biennale d'art contemporain de Lyon : Je ne reconnais pas votre tribunal !. Cette oeuvre met en scène le tribunal des forces armées de Lyon à Montluc, un tribunal militaire où furent jugés divers soutiens du Front de libération nationale durant la guerre d’Algérie, femmes et hommes, objecteurs de conscience, insoumis ou encore déserteurs. Certains Algériens, membres des groupes de choc du FLN y furent condamnés à mort et guillotinés à la fin des années 1950 et au début des années 1960. 

Questionner l'univers carcéral ou les jugements expéditifs de l'Histoire, c'est le sens de tout le travail de Nicolas Daubanes. Ce fils d'ouvrier n'a pas oublié d'où il vient. Il aime aiguiser la curiosité des visiteurs.

Je pense que l'art en lui-même n’est pas très intéressant mais l’art qui tout d’un coup vient raconter quelque chose et dire "il s’est passé ça quelque part, on a besoin de comprendre", l’art comme moyen de pédagogie auprès du grand public, ça, ça m'intéresse vraiment.

Nicolas Daubanes

plasticien

A Bourg-en-Bresse, quand le travail au cutter sera terminé, de la limaille de fer sera projetée sur la photo du camp de Thol. Elle viendra s'aimanter et tomber çà et là en poussière, comme un vestige de l'Histoire. A la fin de l'exposition l'œuvre éphémère, incrustée dans le mur, sera détruite.

Exposition "Retourner voir"
du 19 novembre au 19 février 2023 - H2M, espace d'art contemporain de Bourg en Bresse

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