À Londres, le musée du Design se déconfine en "supermarché de l'art"

Devant le succès de sa campagne de vaccination, l'Angleterre a entamé son plan de déconfinement. Mais si les salles de sport, coiffeurs et terrasses de pubs ont pu rouvrir leurs portes, les musées devront eux attendre le 17 mai. Pour contrer la fermeture des lieux culturels, le musée du Design a cependant trouvé une solution. 

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France Télévisions Rédaction Culture
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Les produits vendus dans ce musée londonien sont pensés comme des "oeuvres d'art abordables". (JUSTIN TALLIS / AFP)

Dans la plupart des musées, il est strictement interdit de toucher et d'acheter les oeuvres, mais pas au Design Museum de Londres, qui a trouvé la parade et transformé sa boutique de souvenirs en "premier supermarché au monde conçu par un artiste" pour rouvrir et proposer des produits essentiels, malgré les restrictions liées au Covid-19. Riz, café ou encore masques de beauté sont ainsi empaquetés dans des emballages conçus par dix artistes.

Bocaux et boîtes de conserve aux couleurs vives sont soigneusement alignés sur les étagères, formant des lignes épurées. Les recettes de cette exposition, qui a ouvert ce 21 avril et se terminera le 25 avril, alimenteront un fonds pour les artistes et designers.

Une cliente arpentant le "premier supermarché au monde conçu par un artiste". (JUSTIN TALLIS / AFP)

La créativité "essentielle"

Alors que les magasins non-essentiels ont pu, eux, rouvrir le 12 avril, le directeur du Design Museum, Tim Marlow, souligne que l'exposition permet de questionner ce qui est jugé essentiel dans la vie quotidienne. "La créativité n'est-elle pas essentielle ?", demande-t-il, se disant "déconcerté que les commerces, les salles de sports et les coiffeurs aient pu rouvrir et que les musées doivent attendre le 17 mai".

Pour soutenir la culture malgré la pandémie, il préconise de venir visiter ce "magasin qui est en fait une oeuvre d'art", vantant une "expérience complètement différente" qui comporte "un élément amusant, un élément critique et un aspect culturel sérieux". "Vous pouvez y acheter des produits alimentaires essentiels à des prix compétitifs", souligne à l'AFP M. Marlow, "Il s'agit de savoir qui profite, qui finance, et d'échanger sur la culture".

Des boîtes de conserve designées par l'artiste japonais Kentaro Okawara. (JUSTIN TALLIS / AFP)

A cause des fermetures successives imposées par la pandémie, le Design Museum a perdu 92% de ses revenus, mais est pour l'instant resté à flot grâce à une subvention gouvernementale de 3 millions de livres (3,4 millions d'euros).

Pour Tim Marlow, qui a réussi à monter en deux mois ce nouveau concept, le secteur culturel aura un rôle important à jouer dans le monde post-pandémie. "Je veux affirmer la pertinence des musées. Nous ne nous limitons pas à un spectacle", assure le directeur. "Notre mission est de rechercher et présenter des solutions aux problèmes que nous affronterons après la pandémie".

Une autre façon d'exposer

"Les budgets sont réduits dans l'industrie de la création, mais la créativité est partout", affirme Camille Walala, une des designeuse au centre de l'exposition, qui vante les mérites de cette "nouvelle plateforme permettant aux artistes de présenter leur travail".

Camille Walala valorise une exposition "joyeuse", une autre manière de présenter l'art. (JUSTIN TALLIS / AFP)

Avec ses vêtements colorés et ses larges bijoux jaunes, rouges et bleus, l'artiste londonienne - dont la devise est "prendre la joie au sérieux" - a clairement donné le ton de cette exposition lumineuse. "Les gens devraient venir parce que c'est excitant de sortir de chez soi, de voir de l'art et d'être inspiré, c'est une exposition joyeuse", plaide-t-elle.

Elle permet en outre "d'intégrer des oeuvres d'art dans des produits de tous les jours: les gens les achèteront et les garderont comme une oeuvre d'art abordable", explique-t-elle, y voyant "une très belle façon de présenter l'art".

La boutique du musée ne propose que des produits essentiels pour contrer le report des expositions. (JUSTIN TALLIS / AFP)

Peter Williamson, 64 ans, est bien de cet avis: "Je passe devant tous les jours et j'ai été intrigué quand ils ont aménagé cette fausse boutique", explique-t-il, en avouant qu'il "adore l'installation du stand de chariots".

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