Coupe du monde 2022 : Joao Cancelo, le football pour oublier le traumatisme de la mort de sa mère

Un joueur, une histoire. Joao Cancelo, qui affrontera l’Uruguay lundi soir avec le Portugal, a perdu sa mère à l’âge de 18 ans. Plutôt que d’abandonner le football, le latéral y a trouvé un refuge.
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De notre envoyé spécial à Doha - Denis Menetrier - franceinfo: sport
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Joao Cancelo lors du match de la Coupe du monde entre le Portugal et le Ghana au stade 974 de Doha, le 26 novembre 2022. (JOSE BRETON / NURPHOTO)

Sur la pelouse du stade 974, Joao Cancelo peut souffler un grand coup. Sa mauvaise performance contre le Ghana, jeudi, n’a pas empêché le Portugal de s’imposer (3-2). La Seleção s’est fait peur et les deux buts ghanéens sont venus du côté du latéral droit de Manchester City. Lundi 28 novembre, Cancelo aura l’occasion de se racheter, cette fois face à l’Uruguay, pour le deuxième match du Portugal dans cette Coupe du monde.

Malgré cette mauvaise prestation, Fernando Santos comptera bien évidemment sur lui pour cette rencontre. "C’est le meilleur latéral du monde", jugeait le sélectionneur portugais en novembre 2021. Reconnu par ses pairs, mais aussi par son entraîneur en club, Pep Guardiola, Cancelo (28 ans) aurait pu passer à côté de ce destin. Un tragique accident il y a dix ans l'a poussé à envisager de mettre un terme à sa carrière de footballeur.

En janvier 2013, Cancelo est un joueur important et l'un des grands espoirs de la réserve de Benfica, club mastodonte du football portugais. Pour subvenir aux besoins d’une famille encore loin d’imaginer que le gamin de 18 ans effectuera une grande carrière de footballeur, le paternel José travaille en Suisse. La mère Filomena, de son côté, fait les allers-retours entre la maison, les terrains d’entraînement et l’aéroport.

"Plus rien n'avait de sens"

Lors de l’un des trajets entre l’aéroport et le domicile des Cancelo après avoir déposé José, celle-ci s’endort. La voiture percute une barrière, elle meurt sur le coup. Joao est à l’arrière aux côtés de son petit frère Pedro, qui joue aujourd’hui dans l’équipe réserve du club portugais de Maritimo. Le premier s’en sort avec des douleurs au cou et le second avec le bras fracturé. Miraculés, le cœur des deux garçons est en revanche brisé.

"Il disait que le football, ce n’était plus pour lui", se souvient Luis Norton de Matos, entraîneur de l’équipe réserve de Benfica au moment où Cancelo a vécu ce drame. Formateur de longue date, aujourd’hui à Seraing en Belgique, l’homme de 68 ans se souvient de cette "certitude incroyable" quant au talent du jeune Cancelo. Ce dernier envisage d’abandonner le football, "parce que plus rien n’avait de sens", a-t-il expliqué dans le magazine officiel de la Ligue des champions en avril dernier.

Le club de Benfica décide de lui venir en aide en prenant la charge du loyer, permettant au père de rentrer au pays dans ce contexte difficile. Luis Norton de Matos joue également un rôle. "Je lui ai dit qu’il avait une grande responsabilité, se remémore le formateur. Qu’il avait les moyens de faire en sorte que son père ne travaille plus s’il devenait le meilleur du monde à son poste." Après plusieurs longues semaines "au fond du trou", Cancelo réapparaît progressivement à l’entraînement.

Un épisode qui l'a fait grandir

Il ne rejouera que deux matchs cette saison-là, mais "pendant une heure d’entraînement avec ses coéquipiers, il oubliait tous ses problèmes", assure Luis Norton de Matos. "Mon amour pour le jeu a commencé à revenir petit à petit, mon sourire est lentement revenu. C’est ça, la vie. Quelle que soit l’ampleur de nos pertes, nous devons continuer", expliquait Cancelo en avril dernier.

Le drame vécu permet au latéral de gagner en maturité dans la vie, mais également sur le terrain. "Avant, il était un enfant terrible, un peu sauvage. Mais il a été obligé de grandir et ça s’est vu. Il est devenu plus concentré dans la vie de tous les jours, plus à l’écoute et plus collectif sur le terrain", se souvient son ex-formateur. Latéral droit, Cancelo ne marque pas souvent. Mais quand il le fait, il lève les doigts au ciel. Au nom de la mère.

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