Coupe du monde 2022 : au Qatar, finale de la Coupe arabe et maintien de pressions de plus en plus fortes

Alors que la finale de la Coupe arabe va se dérouler samedi au Qatar, à un an de la finale de la Coupe du monde 2022, les oppositions au Mondial se font de plus en plus entendre.

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Le stade Al Bayt lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe arabe, le 30 novembre (MOHAMMED DABBOUS / ANADOLU AGENCY)

Qui de la Tunisie ou de l'Algérie va remporter la première Coupe arabe organisée depuis 2012 ? La réponse, les supporters l’auront samedi 18 décembre au soir, à l’issue de la finale qui va se dérouler dans le stade Al Bayt, inauguré le 30 novembre au tout début de la compétition. Situé à Al-Khor, au nord de la capitale Doha, il est l’une des huit enceintes où auront lieu les matchs du Mondial 2022 au Qatar (21 novembre-18 décembre 2022).

Depuis son coup d’envoi il y a deux semaines et demie, cette Coupe arabe fait office pour le petit émirat du Moyen-Orient de répétition générale avant la Coupe du monde. "L’événement offre une excellente occasion aux participants et au public de découvrir l’ambiance au Qatar et les magnifiques stades qui accueilleront la Coupe du monde 2022", expliquait la FIFA, organisateur de cette Coupe arabe et du prochain Mondial.

Trente-deux matchs auront donc eu lieu lors de cette Coupe arabe et les premiers résultats semblent probants pour le Qatar : une belle cérémonie d’ouverture, un public au rendez-vous, des pelouses dans un parfait état, des stades flambants neufs qui ont fière allure... Sur le terrain, tout semble rouler. Et pour faire monter la sauce, la FIFA a décidé de faire jouer la finale le 18 décembre, un an jour pour jour avant la finale de la Coupe du monde 2022.

6 500 morts sur les travaux de la Coupe du monde

Le 18 décembre est également symbolique pour deux autres raisons. Il s’agit de la fête nationale du Qatar et voir cette finale se dérouler ce jour-là vient consacrer les efforts du petit émirat en termes de "sport-power" pour exister sur la scène internationale. Mais il s’agit également de la journée internationale des migrants. Au Qatar, ces derniers représentent 95% de la main d'œuvre, venue notamment d’Inde, du Pakistan, du Bangladesh et du Népal.

Le chantier du stade Lusail, qui accueillera la finale de la Coupe du monde 2022, en décembre 2019 (GIUSEPPE CACACE / AFP)

C’est précisément le sort de ces travailleurs migrants qui provoque l’ire de plusieurs associations de défense des droits humains. En février dernier, le quotidien britannique The Guardian publiait une enquête dans laquelle il soutenait que 6 500 travailleurs migrants étaient morts au Qatar sur les travaux d’infrastructure (stades, hôtels, routes, hôpitaux…) prévus pour la Coupe du monde 2022. Des chiffres démentis par le Qatar, qui ne recense de son côté que trois accidents mortels depuis 2014.

À un an jour pour jour de la fin de la Coupe du monde 2022, la pression continue de monter sur le Qatar, quand bien même la réussite de la Coupe arabe préfigure une belle fête lors du Mondial 2022. Et les actions sont de plus en plus nombreuses. Mercredi 15 décembre, le siège de la Fédération française de football s’est vu recouvrir d’une bâche préparée par Amnesty International : "Des milliers de morts au Qatar et la FFF ne siffle toujours pas". Le tout accompagné du slogan : "Ramenez la Coupe à la raison", subtile référence au titre "Ramenez la coupe à la maison", succès musical post-Mondial 2018.

"Le Comité suprême fait tout pour détourner l'attention"

Le même jour, Amnesty International organisait conjointement avec les ONG Human Rights Watch et FairSquare une visioconférence de presse pour dénoncer, une fois de plus, les abus du Qatar en matière de droits humains. "Cela fait onze ans que la Coupe du monde a été attribuée au Qatar et quatre ans que l’émirat a expliqué vouloir mettre fin à la kafala (système de parrainage qui met sous tutelle les travailleurs, ndlr) mais la majorité des travailleurs migrants continue d’être victimes d’abus, sans que personne ne soit tenu pour responsable", déplore Hiba Zayadin, chercheuse pour Human Rights Watch.

Malgré le volontarisme du Qatar, qui a fait évoluer ses lois depuis 2017, "la réalité du terrain est qu’aucune avancée n’a été constatée pour les travailleurs", regrettent les ONG. "Les progrès stagnent", dénonçait Amnesty International dans un rapport de 48 pages publié le 16 novembre dernier. "Lors de la Coupe du monde l’année prochaine, chaque fan qui assistera à un match ou chaque joueur qui sera sur la pelouse côtoiera ces travailleurs migrants, dont les droits ont été bafoués", souligne Hiba Zayadin.

En plus du sort des travailleurs migrants, les trois ONG dénoncent le traitement des femmes dans le petit émirat. Malgré ces abus en termes de droits humains, tout est orchestré par le Qatar pour que les regards s’en détournent, selon Nicholas McGeehan, chercheur pour FairSquare : "Le Comité suprême (l’organe de gouvernance supervisant les préparatifs de la Coupe du monde au Qatar), qui est très important, fait tout pour détourner l’attention de ce qui se passe vraiment dans le pays."

Alors que la FIFA est également visée par les ONG, les actions se multiplient chez les acteurs de la société civile pour contester l’accueil de la Coupe du monde par le Qatar. Le 26 novembre, des supporters du Bayern Munich en Allemagne - où la frange de supporters opposés au prochain Mondial est importante - ont perturbé l’Assemblée générale du club pour contester contre les sponsors qataris du club.

Le patron du Mondial se défend

En Norvège, le club de Tromsø a récemment joué avec un maillot à QR code qui, une fois scanné, renvoie vers un site qui dénonce les pratiques du Qatar. La sélection norvégienne de la star Erling Haaland avait, en mars dernier, porté un t-shirt à l’échauffement qui mettait en exergue la violation des droits humains par le petit émirat. Malgré ces initiatives, 480 clubs norvégiens avaient voté, en juin dernier, contre un boycott de la Coupe du monde au Qatar.

Signe que la FIFA et les organisateurs du prochain Mondial ont encore de la marge. Mardi, ils ont tenté de désamorcer le sujet, en compagnie d'institutions politiques, lors d’une conférence sur les droits humains au Qatar. "Dès le premier jour, nous nous sommes engagés à faire en sorte qu’un héritage soit laissé avant le tournoi et que cet héritage perdure au-delà du tournoi, en particulier sur la réforme du travail, mais aussi sur d’autres sujets", s’est alors défendu Hassan Al-Thawadi, responsable de l’organisation de la Coupe du monde.

Une déclaration de la part du patron du prochain Mondial qui ne convaincra certainement pas les ONG, qui ont pour projet d'accentuer la pression au fur et à mesure que la date du début de la compétition approche. Le Qatar s’apprête à vivre une année 2022 charnière. De quoi gâcher la fête ce samedi, pour la finale de la Coupe arabe ? On semble encore en être loin.

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