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Tour de France 2021 : Mûr-de-Bretagne, nouvelle place forte de la Grande Boucle

Arrivée d’étape sur le Tour pour la quatrième fois en dix ans, la côte bretonne s’est imposée comme un point de passage incontournable en Bretagne.

Article rédigé par
De notre envoyé spécial - Adrien Hémard-Dohain - franceinfo: sport
France Télévisions
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Le peloton au pied de Mûr-de Bretagne lors du Tour de France 2018, le 12 juillet 2018. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

On peut mesurer 293 mètres de haut et s'imposer comme un géant du Tour. En 2011, le Tour de France arrivait pour la première fois en haut de Mûr-de-Bretagne au soir de la 4e étape, partie de Lorient. Dix ans plus tard, la Grande Boucle trace pour la quatrième fois une ligne d'arrivée en haut de la côte de Ménez-Hiez - de son vrai nom -, longue de deux kilomètres à 6,9% de pente moyenne, avec des passages à 12%. Le tout constitue une grande ligne droite formée par la RD 767 direction Guingamp, qui fend la forêt et devient un point de passage incontournable dès que le Tour s'aventure dans la péninsule armoricaine.

"Mûr-de-Bretagne, c'est comme un appartement dans lequel on se voit deux ans, et où l'on passe 40 ans. Ce n'était pas prévu à l'origine en 2011, mais depuis, c'est incontournable"

Christian Prudhomme

à franceinfo

La légende de Mûr-de-Bretagne sur le Tour ne date pourtant pas d'hier. En 1947, le local de l'étape, Jean Robic, y attaque lors d'un contre-la-montre record entre Vannes et Saint-Brieuc, alors que le maillot jaune René Vietto y connaît une terrible défaillance. Robic termine deuxième de l'étape et remonte de deux places au général avant d'empocher le Tour à Paris. Mais malgré ce coup de force d'anthologie, Mûr-de-Bretagne reste longtemps dans l'oubli.

Arrivée par erreur, maladresse d'agriculteur

La côte de Ménez-Hiez est empruntée à cinq reprises entre 1997 et 2008 mais c'est à partir de la décennie 2010 qu'elle devient incontournable à l'arrivée"En 2011, on partait de Vendée. On voulait donc une arrivée en bosse en Bretagne. À l'origine ça devait être au Ménez Quelc'h, dans le Finistère", raconte Christian Prudhomme, le directeur du Tour. Mais l'agriculteur qui doit louer son champ pour permettre l'installation de l'arrivée augmente soudainement son prix. "Il voulait nous le louer au prix de vente", rigole aujourd'hui Prudhomme, qui part donc immédiatement à la recherche d'une autre bosse bretonne. ASO prospecte même dans la Sarthe et en Normandie. Finalement, Mûr-de-Bretagne refait surface.

"J'ai appelé Jean-Yves Le Drian, alors président de la région Bretagne. Ça a duré à peine douze secondes, il m'a dit : 'Mur, on comprend que c'est dur, et de Bretagne, c'est chez moi, c'est d'accord'"

Christian Prudhomme

à franceinfo

À 48h du bouclage du parcours officiel du Tour 2011, emballé c'est pesé. Les organisateurs sont soulagés. "À l'ouest de l'axe pays Basque - Alsace, c'est plat. Si on ne va pas chercher des bosses comme Mûr-de-Bretagne, ça finit au sprint à chaque fois. On essaye d'éviter ça" , justifie Thierry Gouvenou, directeur technique du Tour. Dénichée en 2011, l'arrivée à Mûr-de-Bretagne s'est donc imposée comme une évidence à chaque passage de la Grande Boucle.

Cette année, comme en 2018, le peloton l'empruntera même deux fois dans le circuit final où 80 000 personnes s'étaient amassées il y a trois ans, offrant une ambiance qui vaut la comparaison avec l'Alpe d'Huez. Pas mal pour une bosse de deux kilomètres qui culmine à 293 mètres d'altitude.

Le peloton aborde le Mûr-de Bretagne lors de la 6e étape du Tour de France 2018. (DAVID STOCKMAN / BELGA MAG)

"Ce sera une belle fête cette année", promet le maire de la commune, Hervé Le Lu, qui vit sa troisième arrivée en tant qu'édile. "J'étais à peine élu quand Christian Prudhomme m'a appelé pour faire l'étape à Mûr-de-Bretagne en 2015. Il était en Australie avec Cadel Evans, vainqueur en 2011 en haut du mur, comment refuser ?" Difficile en effet de dire non face à l'homme qui a grandement contribué au prestige de cette arrivée. Car en gagnant en 2011, avant de remporter le Tour, Cadel Evans a été le premier futur vainqueur à s'imposer en première semaine de la Grande Boucle depuis Bernard Hinault. De quoi hisser Mûr-de-Bretagne dans la légende.

L'Alpe d'Huez de Bretagne

"C'est une côte atypique toute droite, mais pas insurmontable. Elle est mythique grâce à Evans en 2011. A chaque fois les favoris se jaugent dedans, comme Froome en 2015", se souvient Thomas Vœckler, qui précise : "S'ils y gagnent quelques secondes, c'est surtout un avantage psychologique pour marquer les esprits". Au-delà de son intérêt sportif qui promet à chaque fois un final enlevé entre puncheurs, Mûr-de-Bretagne est surtout une étape "bien née", explique Christian Prudhomme : "Que ce soit le duel Evans-Contador en 2011, la victoire de Vuillermoz en 2015 après une attaque de Froome, ou celle de Dan Martin en 2018, à chaque fois il y a eu du spectacle".

En 2011, la première arrivée au sommet du Mûr-de Bretagne avait offert un duel spectaculaire entre Alberto Contador (à gauche) et Cadel Evans (à droite), vainqueur de l'étape sur le fil puis du Tour.  (NATHALIE MAGNIEZ / AFP)

Du spectacle et un nom qui claque. "Mûr-de-Bretagne c'est un nom formidable qui parle à tous les amoureux du vélo maintenant", se réjouit le patron du Tour. À tel point que la nouvelle commune de Guerlédan, sur laquelle se situe la côte, garde le nom "Mûr-de-Bretagne" pour les événements publics. "Quand on a fusionné nos communes en 2017, entre Mûr-de-Bretagne et Saint-Guen, on n'a pas pu garder notre nom pour que tout le monde soit content, on a pris Guerlédan, mais chacun garde son identité donc l'arrivée du Tour, c'est Mûr-de-Bretagne", résume le maire Hervé Le Lu.

Ce nom taillé dans le granit, la commune Guerlédan a décidé de miser dessus pour développer le tourisme. En témoigne son jumelage avec la ville de Grammont, en Belgique, où est localisé le mur homonyme, autre haut lieu du cyclisme, ou encore les pourparlers en cours pour en établir un autre jumelage avec Huy, toujours dans le plat pays, et son fameux mur de Huy. "Mûr vient du breton 'Meur', qui veut dire grand ou muraille, donc ces jumelages sont logiques", clarifie le maire. 

"On arrive presque dans un champ. Il a fallu s'affranchir des contraintes techniques et trouver des solutions, par exemple on n'avait pas d'espaces, pas de parking."

Thierry Gouvenou

à franceinfo

Il n'empêche qu'en dehors de sa réputation, il s'agit de la plus petite arrivée du Tour (2400 habitants). Outre les problèmes logistiques que cela implique, un soutien financier est nécessaire. "On n'aurait pas les moyens sans l'aide de la région Bretagne et du département des Côtes-d'Armor. Ici, les gens aiment le vélo et veulent des arrivées qui sont un spectacle sportif avant tout, pas seulement un sprint, c'est pour ça que l'arrivée à Mûr-de-Bretagne séduit les Costarmoricains. Elle correspond bien aux qualités de notre Bernard Hinault à l'époque, d'ailleurs", note l'élu, qui apprécie de voir de plus en plus de cyclistes amateurs venir de toute la péninsule pour se frotter à sa bosse. Mais ce dimanche, c'est un peloton, venu du monde entier, qui défiera Mûr-de-Bretagne.

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